Aluminium : les PME qui transforment le métal sont à risque

Publié le 31/05/2018 à 12:00, mis à jour le 31/05/2018 à 15:42

Aluminium : les PME qui transforment le métal sont à risque

Publié le 31/05/2018 à 12:00, mis à jour le 31/05/2018 à 15:42

Par François Normand

Source photo: Getty

Les producteurs d’aluminium du Québec peuvent résister aux nouveaux tarifs de 10% sur l’importation de métal gris aux États-Unis, mais les PME québécoises qui le transforment et le vendent à des consommateurs finaux risquent de pâtir de cette situation.


«Plusieurs d’entre elles ne seront pas capables d’absorber cette hausse de prix», affirme Jean Simard, président et chef de la direction de l'Association de l'aluminium du Canada (AAC).


Selon lui, les États-Unis sont l’endroit dans le monde où le prix de l’aluminium est le plus élevé, car le prix nord-américain comprend le cours mondial et la prime régionale du Midwest (de 400 à 500$US, qui inclut la nouvelle taxe de 10%).


Dans ce contexte, les consommateurs finaux d’aluminium, par exemple l’industrie automobile, pourraient être tentés de refiler une partie ou la totalité de la facture à leurs fournisseurs, dont les PME au Canada et aux États-Unis qui transforment le métal gris.


Un scénario qui inquiète au plus haut point Michel Boudreault, président du Groupe Sotrem-Maltech, un transformateur d’aluminium à Saguenay qui possède aussi Shawinigan Aluminium.


«Nos marges bénéficiaires sont déjà faibles, à environ 5%. Une nouvelle taxe de 10%, c’est beaucoup trop!», confie-t-il, en précisant qu’il va tenter de refiler ce coût à ses clients, dont 60% sont basés aux États-Unis.


Et si les clients refusent d’absorber ce coût supplémentaire, Michel Boudreault affirme que son entreprise -qui a un chiffre d’affaires de 200 millions de dollars – va devoir «négocier fort» pour limiter l’impact financier.


L’entrepreneur n’exclut pas non plus d’exporter davantage en Europe si les tarifs de 10% sur l’importation d’aluminium aux États-Unis restent en place à long terme.


Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) est aussi inquiet de la situation. «Le secteur manufacturier est bien sûr très préoccupé, mais également satisfait de voir le gouvernement canadien se tenir debout», affirme la PDG de l'association Véronique Proulx.


Selon MEQ, les tarifs américains auront un impact négatif sur les chaînes d'approvisionnement «hautement intégrées des industries de l’acier et de l’aluminium, et sur la compétitivité du marché nord-américain».


La compétitivité relative du Canada reste intacte


Même si la situation n’est pas idéale, les trois producteurs d’aluminium du Québec, Alcoa, Rio Tinto et Aluminerie Alouette, resteront relativement compétitifs sur le marché américain, souligne Jean Simard.


«Le niveau de l’eau monte pour tout le monde en même temps», dit-il.


Le Canada (et le Mexique) est en situation de libre-échange avec les États-Unis avec l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Par conséquent, l’industrie canadienne part de zéro, car elle ne payait pas de tarifs sur ses exportations d'aluminium aux États-Unis.


Par conséquent, les entreprises canadiennes paieront seulement un tarif de 10%.


Par contre, ce n’est pas le cas des autres pays qui exportent de l'aluminium aux États-Unis. Selon l’AAC, ces derniers paient déjà actuellement des tarifs qui peuvent grosso modo osciller de 2,5 à 6,5%, voire plus dans certains cas.


Par conséquent, il faut ajouter le nouveau tarif de 10% à ces tarifs existants.


Du reste, la demande pour l’aluminium en provenance du Canada restera élevée aux États-Unis, où la production locale (700 000 tonnes en 2017) ne peut pas suffire à la consommation locale (5,5 millions de tonnes en 2017).


L’an dernier, les exportations québécoises d’aluminium brut aux États-Unis ont d’ailleurs atteint un niveau record en 10 ans pour une valeur de 6,1 milliards de dollars canadiens, soit une hausse de 27% par rapport à 2016, selon l’Institut de la statistique du Québec.


Et ces exportations pourraient bien augmenter encore, car la Russie et des pays du Moyen-Orient vendent de plus en plus leur aluminium en Asie.


 

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