Dans leur quête d'efficacité, de nombreux dirigeants entreprennent la " réingénierie " de leur organisation. Leurs intentions sont louables. Cependant, ils abordent parfois ce chantier avec une inconscience et une insensibilité déconcertantes. Ils ignorent la souffrance qu'inflige à leurs collaborateurs cette opération souvent effectuée à froid. Ils ont la naïveté de croire que le rétablissement du système sera rapide et qu'en fin de compte, tout le monde s'en sortira indemne, sinon plus fort.
Avant d'intervenir au coeur d'une organisation, il y a des choses élémentaires qu'on devrait savoir.
Si on effectue une transformation radicale dans une entreprise malade et non performante, les bénéfices se feront sentir rapidement. Par contre, si, par souci de conformité ou de modernité, on entraîne dans la même réforme une entreprise florissante, on risque de faire plus de mal que de bien.
Il y a des coûts énormes à déplacer des personnes d'un poste à un autre et à démembrer des équipes. On défait des liens qui ont mis des mois, voire des années, à se tisser, on sépare des familles, on dépossède des employés d'une partie de leur identité professionnelle. Ces adaptations forcées occasionnent une perte d'énergie importante, sans parler des ressentiments et des décrochages qui en découlent.
Quand on détruit une structure, c'est le niveau intermédiaire qui écope. On y retrouve les étoiles montantes et les coureurs de fond qui détiennent une grande partie du savoir et de l'expérience de l'entreprise. Les premiers risquent de voler vers d'autres cieux, et les derniers, de se retirer prématurément, ou pire, de se résigner à vivoter quelques années en attendant de partir " actuariellement " satisfaits. Privée de l'énergie de sa relève et de la générosité des porteurs de traditions, l'entreprise risque de s'appauvrir considérablement.
Il existe certaines mesures qu'il semble rationnel d'envisager, mais qui, une fois mises en application, s'avèrent déraisonnables parce qu'elles touchent des cordes très sensibles. Par exemple, le fait d'enlever à des vice-présidents leur titre pour les nommer directeurs peut être perçu comme une atteinte à leur dignité, même si, dans les faits, leurs responsabilités et leur rémunération changent peu.
Si les dirigeants ne sont motivés que par des considérations d'ordre économique, la relation de leurs collaborateurs à l'entreprise deviendra, elle aussi, purement alimentaire. De plus, s'ils heurtent impunément les sensibilités, ils mèneront les employés à se désensibiliser et, par conséquent, à se dévitaliser.
Ceux et celles qui doivent transformer leur entreprise devraient sans doute s'inspirer autant des jardiniers que des ingénieurs. Ils comprendraient alors qu'on ne transplante jamais un arbuste ou une fleur sans lui laisser un minimum de la terre qui le soutient. Ils sauraient aussi qu'après avoir réaménagé un jardin, il faut l'arroser abondamment et lui donner des vitamines. Ils sèmeraient en prévision de l'avenir.
* Présidente, Psycho-Logic
nicole@nicolecote.com
Twitter
LinkedIn
Facebook
Digg
Del.icio.us
Friendfeed




Droits de reproduction et diffusion réservés @ 2010 Médias Transcontinental