«On associe les bras croisés à la puissance et à la détermination. Rien n'est plus faux.»

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Décembre 2016

«On associe les bras croisés à la puissance et à la détermination. Rien n'est plus faux.»

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Décembre 2016

Par Diane Bérard

«On associe les bras croisés à la puissance et à la détermination. Rien n'est plus faux.» - Amy Cuddy, professeure, Harvard Business School, et auteure de Presence: Bringing Your Boldest Self to Your Biggest Challenges.

La conférence Ted de l'Américaine Amy Cuddy a longtemps figuré dans le top 3 des plus téléchargées (à regarder absolument à la fin du texte). Elle traite de l'influence du langage corporel sur la confiance en soi. En novembre 2015, Amy Cuddy a lancé Presence: Bringing Your Boldest Self to Your Biggest Challenges. Je l'ai rencontrée à New York, où elle était conférencière au World Business Forum 2016.


Diane Bérard - Vous affirmez qu'il faut «feindre ce qu'on veut être jusqu'à ce qu'on le devienne» [«fake it until you become it»] et non «feindre ce qu'on veut être jusqu'à ce qu'on obtienne ce qu'on désire» [«fake it until you make it»]. Quelle est la différence ?


Amy Cuddy - Dans le second cas, vous portez un masque qui vous permet de parvenir à vos fins. Mais vous ne devenez pas une autre personne. À l'opposé, lorsque vous «feignez ce que vous souhaitez être jusqu'à ce que vous le deveniez», vous devenez une meilleure version de vous-même. Vous y parvenez en sollicitant des parties enfouies de vous. Vous prétendez qu'elles se trouvent déjà à la surface pour les aider à émerger. Vous devez vous faire croire que vous avez suffisamment confiance en vous pour affronter une situation stressante. Que vous avez le contrôle. L'essentiel dans mon message est qu'il faut feindre la confiance à soi-même, pas aux autres.


D.B. - Trop de confiance en soi peut mener à l'abus de pouvoir...


A.C. - Je crois à la citation du journaliste et historien Robert Cairo, «Le pouvoir ne corrompt pas nécessairement. Mais il agit toujours comme un révélateur». Le pouvoir révèle ce que nous sommes vraiment.


D.B. - Faut-il nécessairement occuper un poste de pouvoir pour développer notre confiance en nous ?


A.C. - Non, c'est une question de pouvoir intime, pas de pouvoir public. Je parle du pouvoir qu'on se donne. De l'influence qu'on estime posséder pour contribuer à ce que les situations se dénouent. De la conviction qu'on saura faire appel à nos talents et à nos compétences lors des situations stressantes.


D.B. - Comment arrive-t-on à la conviction qu'on possède un pouvoir intérieur et à s'y connecter ?


A.C. - Cela se fait de façon incrémentielle. Et on ne fait pas appel à la logique. On ne peut pas «se parler». Je propose plutôt de solliciter notre corps. Il peut passer un message aussi fort, sinon plus, que nos mots. Que faites-vous lorsque vous vous sentez impuissant en réunion ? Votre corps se replie. Votre dos se courbe. Vos épaules s'affaissent. Vous croisez vos bras. Et lorsque vous vous sentez en contrôle ? Vous adoptez une posture d'ouverture.


D.B. - Qu'est-ce qui vient en premier : la posture de pouvoir ou le pouvoir lui-même ?


A.C. - Ils se nourrissent l'un de l'autre. Selon la croyance populaire, il faut se sentir puissant pour adopter un langage corporel qui dégage de la puissance. Mes recherches disent plutôt que vous pouvez adopter des postures de confiance même si vous ne vous sentez pas puissant. Ces postures peuvent lancer des signaux à votre cerveau qui font émerger votre confiance en vous.


D.B. - Où commencer ?


A.C. - Débutez en privé. Trouvez une cabine de toilette ou un ascenseur vide, et déployez-vous pendant quelques minutes. Avant d'amorcer une conversation difficile, adoptez la pose de la victoire, par exemple, avec les mains sur les hanches ou les bras dans les airs. Ou une pose de yoga qui vous fait vous sentir bien. En ouvrant votre cage thoracique, vos épaules, vos paumes, etc., vous vous préparez à accéder au meilleur de vous-même. Lorsque vous entrerez dans la salle, vous vous sentirez un peu moins fermé, un peu moins timide. Vous serez moins tenté de vous replier dès la première objection qu'on vous présentera. D'une fois à l'autre, l'effet s'allongera. Votre moi confiant restera à la réunion de plus en plus longtemps. Et vos interventions suivront votre langage corporel.


D.B. - Que faire lorsque notre confiance en nous s'effrite en cours de réunion ?


A.C. - Cela se produira. Personne n'est à l'abri. Notre corps est toujours en décalage avec nos paroles. Ou il prend la place de nos paroles. On croise les bras. On joue avec nos cheveux ou nos bijoux. On touche notre visage ou notre cou à répétition. Tous ces gestes traduisent notre nervosité, notre manque de confiance en nous. En réunion, je suggère de vérifier votre posture toutes les 10 minutes. Êtes-vous ouvert ou fermé ? Êtes-vous de plus en plus affaissé sur votre siège ? De plus en plus en retrait ? Si vous vous affaissez, notez ce qui vient de se passer. À quoi réagissez-vous ? Qu'est-ce qui a provoqué cette réaction ? Cela vous aidera à reconnaître les situations qui vous font sentir impuissant.


D.B. - Que fait-on de nos bras ?


A.C. - Si vous participez à un panel, posez vos bras sur les accoudoirs du fauteuil. Vous lancez ainsi un message d'ouverture à l'animateur, aux panélistes et aux participants. Même chose en réunion. Si vous êtes debout, laissez simplement pendre vos bras de chaque côté de votre corps. C'est naturel et accueillant. Et puis, laissez parler vos mains. Un conseil : apportez une bouteille d'eau, cela vous forcera à ne pas croiser les bras.


D.B. - Chaque fois qu'une personnalité influente apparaît à la Une d'un magazine, on lui fait croiser les bras. Vous refusez qu'on vous photographie ainsi, pourquoi ?


A.C. - On associe les bras croisés à la puissance et à la détermination. Rien n'est plus faux. Quelqu'un qui croise les bras lorsque vous lui parlez se ferme à votre discours. Il bloque ce que vous dites. Est-ce le type de leader qu'on souhaite ? Je ne crois pas. Pourtant, c'est ainsi qu'on les présente au public. Je veux bien me montrer conciliante avec les photographes, mais je n'adopterai jamais une posture de fermeture.


D.B. - Pourquoi un conférencier qui croise les bras n'inspire-t-il pas confiance ?


A.C. - Quand on croise les bras, on se retire. Comme si on n'avait pas envie d'être là. Un conférencier qui croise les bras pourrait laisser entendre qu'il n'est pas convaincu de ce qu'il avance. Ce qui pourrait amener ceux qui l'écoutent à accorder moins de crédibilité à ses propos. S'il n'y croit pas, pourquoi y croirions-nous ?


D.B. - Mais celui qui déploie grand les bras peut avoir l'air de se préparer à une joute, non ?


A.C. - En effet, il n'est pas question de déployer une posture guerrière avec ses interlocuteurs, mais bien une posture d'accueil. Votre message est «J'ai confiance en moi. Je suis intéressé à ce que vous dites. J'ai envie d'être ici».


D.B. - Où faut-il s'arrêter ?


A.C. - On n'entre jamais dans la bulle de l'autre personne. Et on ne pourchasse pas physiquement son interlocuteur pour poursuivre la discussion... comme un certain candidat à la présidence des États-Unis l'a fait avec une certaine candidate à la présidence. C'est un comportement de prédateur. Vous ne prenez pas votre place. Vous prenez celle de quelqu'un d'autre.


D.B. - Vous avez quelques conseils pour les candidats de l'émission Shark Tank [la version américaine de Dans l'oeil du dragon]. Quels sont-ils ?


A.C. - Oh mon Dieu ! Ils ont l'air de petits animaux effrayés. Ils doivent absolument apprendre à gérer leurs bras. Et à bouger. Mieux vaut marcher que de rester en place. Il faut aussi prendre des pauses stratégiques. S'arrêter signifie que ce qu'on vient de dire est important. Qu'on veut que nos auditeurs le retiennent et y réfléchissent.




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