L'immeuble vert de Marc Dutil

Publié le 03/10/2008 à 18:59

L'immeuble vert de Marc Dutil

Publié le 03/10/2008 à 18:59

Par lesaffaires.com
Vendre des édifices écologiques ? C'est le nouveau pari de Canam. S'il y parvient, ses concurrents seront verts... de jalousie !

Fabriquer en usine un immeuble permettant d'économiser les deux tiers des dépenses traditionnelles en énergie et l'" installer " sur un terrain industriel pourrait ressembler à de la science-fiction. C'est pourtant ce que veut réaliser et populariser Marc Dutil, PDG du Groupe Canam, au cours des prochaines années.

Le défi : être champion de l'immeuble "vert" 

À partir d'un concept de fabrication en usine qui chemine depuis 25 ans au sein de l'entreprise beauceronne, le jeune PDG entend pousser plus loin et devenir le champion de l'immeuble " vert " avec sa division Murox. " Ce concept nous a donné des avantages inattendus, comme une plus grande qualité de la construction. Au cours des années, Murox a toujours eu un axe de vente qui promettait que sur deux bâtiments identiques, le sien conserverait mieux la chaleur. "

Mais au fil des ans, le concept Murox Énergie nécessitait davantage de raffinement. Il a fallu mieux comprendre le phénomène des pertes de chaleur, la construction des murs et l'isolation. " Quand le client comparait les coûts, il nous disait : "Vous me coûtez plus cher et j'économise un peu d'énergie. Mais je reste sur mon appétit. Si j'achète un bâtiment à haute efficacité énergétique, il me faut plus que de meilleurs murs". "

Travaillant autrefois en silo, les gens de Canam se sont lancés dans un mouvement d'intégration. Ils estiment maintenant pouvoir livrer des bâtiments dont les économies en coûts énergétiques se chiffrent à plus de 50 %. Ils utilisent notamment des techniques de géothermie ainsi que de gestion de l'éclairage. Pour obtenir ces résultats, il a fallu investir dans les ressources humaines et mener de nombreux tests. Au total, on parle d'investissements de trois à cinq millions de dollars depuis quelques années, sans compter les agrandissements d'usines et les autres développements prévus.

Un futur prometteur 

Pour l'instant, Canam compte déjà le fabricant montréalais de scènes mobiles Stageline comme client. Mais elle n'entend pas s'arrêter là. Après des ventes totales de 35 millions de dollars en 2007, la division Murox pense pouvoir augmenter son chiffre d'affaires à 200 ou 250 millions dans les prochaines années. Cela ferait d'elle un chef de file de son secteur.

Un autre marché important n'attendrait que l'occasion de se faire courtiser. " Il faut comprendre que pour chaque nouveau bâtiment construit, dit Marc Dutil, 15 autres existent déjà. Ils pourraient peut-être bénéficier de ces technologies. Je ne sais pas encore si c'est réalisable, mais cela mérite certainement d'être exploré. "

Les gouvernements peuvent aussi agir à titre de catalyseurs dans ce domaine, pense Marc Dutil. Déjà, le gouvernement fédéral s'intéresse à l'efficacité énergétique, et celui de la Colombie-Britannique veut faire certifier ses édifices LEED " or ". Pourtant, les technologies vertes sont coûteuses. Et Marc Dutil l'admet. " Je suis capable de dire à un client qu'il paiera 100 000 dollars de plus maintenant, mais qu'il économisera 25 000 dollars par an. Après quatre ans, cela fait 25 000 dollars d'économies annuelles dans ses poches. " Ces coûts peuvent grandement varier. Une usine de 50 000 pieds carrés peut coûter trois millions de dollars, et les aménagements verts, eux, coûter entre 10 000 dollars et 1,5 million de dollars.

L'exemple de l'industrie automobile fait dire au PDG qu'il est sur la bonne voie. " Quand Toyota s'est mise à travailler sur le moteur hybride, c'étaient des fous dans un laboratoire. On voyait des publicités à la télévision, mais pas de véhicules sur la route. Regardez aujourd'hui la croissance des voitures hybrides en Amérique du Nord. On constate un réel décollage. C'est la même courbe de croissance que pour les certifications LEED. " De plus, les coûts volatils des matières premières, comme le pétrole et le charbon, rendent l'énergie très chère ailleurs qu'au Québec. Ce qui porte Marc Dutil à conclure que son concept est exportable. Les prix imprévisibles de l'énergie raccourciraient aussi la période de rentabilisation des acheteurs hors Québec.

Mais comment vendre ses bâtiments verts malgré leurs coûts d'achat plus importants ?

" Tout est question de marché, répond Marc Dutil, et plusieurs personnes peuvent peser sur les décisions. Au Québec,lesarchitectesontune grande influence. Il y a aussi les propriétaires. Chez Stageline, c'est le propriétaire qui a fait un choix. Un ingénieur-conseil peut aussi jouer un rôle. Il peut recommander certains modes de construction. Je ne pense pas que nous allons acheter une publicité à LCN et inviter les gens à téléphoner à un numéro sans frais ! "

De plus, la réalisation de quelques projets permettrait au concept de faire boule de neige. " La meilleure façon de rejoindre nos publics-cibles est de les laisser observer, toucher le bâtiment et le visiter. Selon le fils de Marcel Dutil, une autre occasion de vente se trouve au sein de la clientèle qui a déjà acheté un de ses bâtiments. " Nos clients deviennent des "missionnaires", ils peuvent en convertir d'autres. Ensuite, les autres clients et ceux qui les influencent commencent à y croire. La Colombie-Britannique donne l'exemple. Il est maintenant possible que [le bâtiment vert] devienne une exigence morale. "

Le PDG de Canam espère aussi que la bonne conscience des entrepreneurs lui donnera un coup de pouce. " Près de 40 % des gaz à effet de serre proviennent des bâtiments. Nous pensons souvent aux voitures et aux camions, mais il ne faut pas oublier l'impact du chauffage, de l'éclairage et de la climatisation. "

Canam sera-t-elle capable d'adapter son concept à toutes les sauces ?

" Nous avons déjà construit des arénas, des bâtiments pour Canadian Tire, de grands entrepôts, des garages municipaux, des gymnases d'école et des hôpitaux. Nous pouvons travailler avec de la tôle, de la brique, une finition de couleur, sans que le client remarque que tout est fait en usine. Nous avons bâti la nouvelle usine Honda en Ontario et le garage municipal à Saint-Gédéon. Le spectre d'application est très large. "

Marc Dutil doit toutefois contrôler la cadence de développement pour ne pas aller trop vite. " Il ne faut pas innover avant que le marché ne soit prêt. Nous aurions pu introduire ce concept-là il y a cinq ou six ans, mais ça aurait été prêcher dans le désert. Il faut savoir synchroniser l'offre avec la demande. "

Que pense Michel Ouellette, vice-président aux acquisitions et au développement du Fonds de placement immobilier Cominar, des édifices " verts " ? Cominar ne possède pas que des tours de bureaux. Elle travaille aussi dans l'immobilier industriel. " La contrainte majeure, quand on construit un immeuble de cette nature, est le coût par rapport à ce que le marché peut donner en retour, souligne Michel Ouellette. Les bâtiments LEED sont beaucoup plus chers et ils nécessitent un loyer beaucoup plus élevé dans le cas d'une location. "

" S'il n'y a pas d'équilibre, les projets sont plus difficiles à réaliser, poursuit le vice-président. Pour l'instant, je n'ai pas assez de données pour savoir si nous approchons de cet équilibre. " Michel Ouellette tient un discours semblable à celui de Marc Dutil sur le " militantisme " en matière de construction à saveur environnementale. " Il faudra des entreprises vertes pour louer des bâtiments verts construits par des verts. Le "militant" devra avoir les moyens de payer. Tout le monde applaudit ces choses-là, mais il faut que le marché puisse absorber le phénomène. Je crois toutefois que cela se produira un jour. "

De son côté, Amélie Plante, porte-parole du gestionnaire de bâtiments SITQ (filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec) confirme qu'à terme, ces propriétés obtiendront davantage de certifications environnementales. SITQ voit donc un potentiel dans les technologies vertes. Si Canam gagne son pari, ses concurrentes pourraient verdir... de jalousie.

Cet article a été publié dans la revue Commerce en février 2008.

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