Courage!

Publié le 01/02/2010 à 00:00

Courage!

Publié le 01/02/2010 à 00:00

Sans lui, il n'y pas de gens qui créent, ni d'organisations qui innovent. Comment et pourquoi en faire une valeur d'entreprise.


Lorsqu'il était jeune, Bill Treasurer était un garçon comme les autres, sauf qu'il était doué pour le plongeon. Mais pour progresser dans ce sport, il a dû surmonter un obstacle de taille : sa peur bleue des hauteurs. " Pour pouvoir obtenir une bourse sports-études, j'ai dû laisser le plongeoir d'un mètre pour plonger de plus haut. J'étais terrifié et je voulais tout abandonner. " Son nouvel entraîneur ne l'a pas laissé faire. Il l'a forcé à se jeter dans le vide. " Je n'ai jamais cessé d'avoir peur des hauteurs, mais j'ai appris à plonger hors de ma zone de confort. "


Des années plus tard, dans son rôle de Capitaine Inferno, au sein d'une troupe de plongeurs professionnels, Bill Treasurer faisait frémir les foules du monde entier en s'élançant d'une plateforme de 100 pieds... le corps en flammes !


" Grâce à cet entraîneur, j'ai découvert mon propre courage, et c'est devenu une inspiration dans tous les aspects de ma vie ", raconte-t-il de sa maison d'Asheville, en Caroline du Nord. Il est même devenu un expert sur le sujet ! Il y a huit ans, cet Américain a quitté un emploi en management et un salaire dans les six chiffres pour démarrer Giant Leap Consulting, la première firme du monde spécialisée dans le développement du courage dans les entreprises.


Et il a du boulot ! C'est que le courage n'est pas un sujet populaire en milieu de travail, où le conformisme est généralement la norme. La notion de courage est occultée, déplore Rémi Tremblay, président d'Esse Leadership, qui a quitté la présidence d'Adecco Canada en 2004 et osé publier Les fous du roi, un pamphlet coup de poing qui dénonçait la tyrannie des actionnaires. " Les organisations sont mécaniques et utilisent une langue de bois où les grands principes de la vie n'ont plus leur place. On parle de vision et de performance, mais pas de rêves ni de courage ! "


En 2008, Bill Treasurer a lancé un pavé dans la mare en publiant Courage Goes to Work, devenu un best-seller... en Chine ! Sa thèse : la réussite d'une entreprise se fonde sur le courage de ses employés, c'est-à-dire sur leur capacité à faire preuve d'initiative, à faire confiance à leurs collègues et à s'exprimer franchement dans leur milieu de travail.


Au moyen d'ateliers, sa firme entraîne les travailleurs à prendre des risques calculés qui permettent à l'entreprise d'innover. " Cependant, pour sortir de sa zone de confort, un travailleur doit d'abord se sentir soutenu par son patron ", dit-il. C'est pourquoi Bill Treasurer forme parallèlement les dirigeants à mieux tolérer les bévues potentielles de leurs employés courageux. " Une entreprise grandit si les erreurs sont faites au service de sa mission ", dit-il, rappelant l'échec retentissant du célèbre marketeur Sergio Zyman, qui avait lancé le Nouveau Coke en 1985. " Coca-Cola a toutefois connu les plus importantes ventes de son histoire quand elle a vite relancé le Coke Classique. Elle a plus tard réembauché Sergio Zyman, parce qu'il s'était montré novateur, non pas stupide. "


René Villemure, président de l'Institut québécois d'éthique appliquée, rappelle que le mot courage vient du mot coeur. Depuis une vingtaine d'années, cet ancien conseiller en management est fasciné par la thématique du courage, une valeur essentielle en milieu de travail selon lui. " Sans courage, il n'y a pas de capacité à aller à contre-courant, d'innovation, de ténacité ou d'intégrité. "


Une course à obstacles


Aristote affirmait que le courage est la vertu qui ouvre la voie à toutes les autres. Or, pourquoi n'est-il pas favorisé sur les lieux de travail ? À la lumière de sondages menés dans le cadre de ses travaux en éthique, René Villemure constate que la majorité des travailleurs font rarement preuve de courage. " Ils qualifient eux-mêmes leurs décisions de lâches ! Face à la possibilité d'une dissidence, ils choisissent souvent de se conformer, car c'est ce qui est valorisé dans les organisations. "


La littérature et le cinéma nous ont habitués à l'idée que le courage suscite l'admiration chez les autres. Or, en entreprise, c'est une autre affaire. " Le courage des autres est une sorte de confrontation, car il nous place devant notre propre lâcheté. Un de mes patrons m'a dit un jour qu'il m'en voulait parce que j'osais prendre des risques, alors que lui, non ! " raconte Rémi Tremblay, qui, lorsqu'il dirigeait Adecco Canada, n'hésitait pas à remettre en question certaines politiques de la multinationale.


Exprimer haut et fort ce que certains préfèrent ne pas entendre, c'est la marque de commerce de Stephen Jarislowsky. Cet octogénaire milliardaire et philanthrope est reconnu dans le milieu de la finance pour être la bête noire des PDG. " Dans un conseil d'administration, il faut avoir le courage de s'exprimer avec franchise, même si cela ne plaît pas toujours. Je ne vois pas pourquoi je devrais mentir ou dire seulement la moitié de la vérité ! Ma franchise m'a coûté quelques mandats d'investissement, car certains me trouvaient trop critique, mais cela m'a aussi valu le respect du milieu ", dit le président du conseil de Jarislowsky Fraser.


Les plus courageux sont souvent freinés, parfois même punis, remarque René Villemure. " Si vous présentez une décision courageuse dans une ligne d'autorité lâche, on vous traitera de téméraire. Et à force de se faire dire qu'on est téméraire, on devient lâche ! C'est pourquoi être courageux demande de la résilience, ou parfois, de savoir partir là où il y a du courage... notamment en entrepreneuriat. "


Une valeur à reconnaître


Tête forte du Québec Inc., Françoise Bertrand a rempli plusieurs mandats de direction et brassé la cage de bien des organisations. On lui doit, entre autres, la construction des studios de Télé-Québec pendant les années 1990, une initiative qui a modifié la destinée de cette chaîne de télévision aujourd'hui prolifique. " Mes prédécesseurs avaient tous baissé les bras. J'ai repris le bâton de pèlerin et convaincu tout le monde que c'était nécessaire pour l'avenir de l'institution. "


Aujourd'hui présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, elle est heureuse qu'on aborde enfin le thème du courage, dont on discute rarement, mais qui est la qualité fondamentale de ceux qui se lancent en affaires. " Les entrepreneurs doivent être persévérants, audacieux et lucides, tout en sachant reconnaître que le chemin qu'ils ont emprunté n'est parfois pas le bon. On parle beaucoup de tolérance au risque, mais sans courage, elle est impossible ! "


Quand on aborde le sujet du courage en entreprise, " souvent, les gens n'accrochent pas ! " dit René Villemure. Aux États-Unis, Bill Treasurer aimerait que le courage soit un jour évalué dans la performance des employés ; chaque année, leur patron pourrait leur demander si la plus grave erreur qu'ils ont faite a aidé l'entreprise à devenir plus innovante. " Les dirigeants devraient aussi récompenser ceux qui sont sortis de leur zone de confort. "


Pour l'instant, il ne constate qu'une tendance des gestionnaires à reconnaître qu'ils gagnent à former leurs équipes à devenir plus courageuses. " Surtout en période de crise, car les travailleurs agissent plus prudemment. Les entreprises brillantes sont celles qui prennent présentement des risques ", dit-il. Le courage combat le statu quo, la peur et l'inaction. " C'est l'antidote parfait ! "

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