Le lab: Pas d'innovation possible sans enchantement

Offert par Les Affaires


Édition du 17 Mai 2014

Le lab: Pas d'innovation possible sans enchantement

Offert par Les Affaires


Édition du 17 Mai 2014

Par Olivier Schmouker

«Dis-moi, t'as deux minutes ? J'aimerais te parler d'un truc auquel j'ai pensé en fin de semaine...» Cette amorce de discussion n'a l'air de rien, n'est-ce pas ? Et pourtant, elle procure un bonheur fou, chaque lundi où il l'entend, à Marc-André Lanciault, pdg et cofondateur de Karelab, une firme montréalaise spécialisée dans les programmes de reconnaissance et d'engagement du personnel.


Pourquoi ? «Parce qu'elle est le signe que l'employé qui me dit ça est tellement heureux dans ce qu'il fait qu'il pense à son travail avec plaisir, y compris lorsqu'il est en congé», m'a-t-il confié, aux anges. Et de souligner : «Un tel engagement, c'est la clé pour une créativité qui fait des étincelles !»


Bien entendu, Marc-André Lanciault n'a pas réalisé une telle performance du jour au lendemain. Une anecdote est révélatrice...


En janvier 2013, il a eu l'idée d'une réunion debout, en cercle, durant laquelle chacun communiquerait brièvement aux autres sa priorité de la journée. «Cela permettrait à chacun de mieux cerner où il en est dans son travail, tout en favorisant l'entraide», se disait-il alors. Le hic ? Les employés arrivaient en retard, ou bien n'avaient pas déterminé leur priorité, ou encore trouvaient un prétexte pour ne pas être présents. Après trois mois, découragé, le pdg a failli laisser tomber.


Et puis, ses lectures sur le management lui ont fait prendre conscience de l'importance de la gratitude, à savoir ce besoin vital que nous avons tous de reconnaître les bienfaits d'autrui et, par suite, d'être reconnus pour le bien que nous faisons nous-mêmes. Il a alors décidé d'ajouter autre chose à la réunion : l'impératif d'énoncer une reconnaissance.


Résultat ? «Plus personne n'était en retard, ni même absent en raison de je ne sais quel autre meeting important. Car aucun des employés ne voulait rater le moment où, peut-être, l'un de ses collègues dirait "Ce matin, je suis reconnaissant envers toi, parce que tu m'as donné hier un sacré coup de main pour résoudre tel ou tel problème. Merci. C'est super de travailler avec des gens comme toi"», m'a-t-il illustré.


C'est par de telles mesures que Marc-André Lanciault a su souder son équipe comme jamais. Il s'est servi de la reconnaissance mutuelle comme socle, puis il a ajouté d'autres éléments visant à créer l'engagement. «Cela s'est fait notamment en donnant davantage de responsabilités aux uns et aux autres. Ce que j'ai eu - je dois l'avouer - beaucoup de mal à faire au début, parce que ceux que je recrutais étaient objectivement moins bons que moi pour, par exemple, faire de la programmation informatique. Je me suis forcé à lâcher prise et à accepter qu'ils fassent les choses à leur façon. Ça m'a permis de découvrir des talents insoupçonnés chez les uns et les autres, des talents qui leur ont permis de dépasser toutes mes attentes», m'a-t-il dit.


Libres d'agir à leur guise, les employés de Karelab se sont mis à rivaliser d'ingéniosité pour atteindre des objectifs sans cesse plus audacieux. «Il y a même eu une équipe qui a pris le contrepied de tout ce qu'on faisait normalement dans un pitch et qui a, grâce à cela, réussi à décrocher le contrat», s'est-il souvenu.


L'équation est donc simple : reconnaissance + engagement = enchantement = créativité. Néanmoins, elle n'est valable qu'à condition que la culture d'entreprise soit dotée de valeurs claires et solides, d'après le pdg de 34 ans. Voici d'ailleurs celles de Karelab : care (avoir à coeur le bien-être de tous, en anglais) ; reconnaissance ; connexions ; et un brin de folie. «Tout ça mixé ensemble donne une dynamique folle à une équipe et favorise l'innovation, croyez-moi !» m'a-t-il affirmé, tout sourire.


Aujourd'hui, Karelab a pour principal client Bell. Il a mis en place pour celui-ci, entre autres, un intranet visant à accroître la reconnaissance des employés : chacun a accès à un fil de nouvelles, peut discuter en ligne avec les autres et recevoir des récompenses. Comment ces dernières sont-elles accordées ? «Des points sont attribués en fonction de différents critères liés à la performance, et ces points sont ensuite convertibles en cadeaux (tablettes numériques, téléviseurs, articles de sport ou bons d'achat dans des boutiques)», m'a-t-il dit. Et de préciser : «Pour l'instant, nous ne faisons affaire qu'avec de grandes entreprises, mais nous songeons à viser bientôt les PME».


Karelab est par conséquent un diffuseur d'enchantement. Et ça marche ! L'entreprise montréalaise compte à présent 21 employés, chiffre qui a triplé en un an et demi. Et son chiffre d'affaires a, lui, quadruplé, à 3,5 millions de dollars.


Vous souhaitez que vos employés brillent soudainement par leur ingéniosité ? C'est simple, il vous suffit de les enchanter. Comment ? En reconnaissant mieux leurs efforts quotidiens et en leur laissant davantage les coudées franches pour exprimer leurs talents particuliers.


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