Il faut s'attaquer à la fracture numérique pour l'essor de notre économie

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Août 2017

Il faut s'attaquer à la fracture numérique pour l'essor de notre économie

Offert par Les Affaires


Édition du 12 Août 2017

Yves-Thomas Dorval, PDG du CPQ

L'utilisation du numérique est désormais incontournable pour une économie qui veut performer, croître et innover au 21e siècle. Toutefois, cette quatrième révolution industrielle, qui structure et assoit le développement futur de nos entreprises et de nos institutions, nécessite que l'on adapte adéquatement les compétences des travailleurs d'aujourd'hui et de demain.


Au moment où le gouvernement du Québec prépare une stratégie nationale sur la main-d'oeuvre ainsi qu'une stratégie numérique, il importe de garder le cap sur les nouveaux besoins générés par cette transformation dans le marché du travail. Ce ne sont pas que les professionnels des technologies de l'information qui doivent appuyer le virage vers la nouvelle économie, mais la population active dans son ensemble, qui subit de plus en plus les conséquences de l'évolution rapide de la technologie numérique. Tous les secteurs sont d'ailleurs concernés, du manufacturier au commerce en ligne, en passant par la connaissance de base des logiciels, qui n'est pas équivalente pour tout le monde. L'âge du numérique, où tout se fait de plus en plus du bout des doigts, combine en fait la connectivité par Internet avec les outils d'automatisation offerts par les technologies de l'information.


En outre, le numérique ouvre de nouvelles avenues pour innover en éducation et en formation professionnelle, que ce soit dans le développement des contenus, dans leur livraison ou dans les méthodes et les outils d'apprentissage. Pour les enseignants autant que pour les élèves, le numérique offre des possibilités exceptionnelles, plus ludiques, conviviales et interactives, pour les jeunes et les moins jeunes, partout et en tout temps.


Pourtant, selon une analyse de l'OCDE sur l'évaluation internationale des compétences des adultes, le Québec se situe sous la moyenne canadienne et sous celle des 33 pays sondés. Ce qui est étonnant, c'est que les niveaux les plus faibles s'observent dans les métiers de la transformation et de la fabrication, où justement les technologies font déjà partie de l'environnement de travail et ont été intégrées aux processus d'affaires. Une «fracture numérique» a également été relevée chez les Québécois ayant un niveau de scolarité plus bas, chez ceux de 55 ans et plus, ainsi que dans les régions.


Il faut s'attaquer à cette fracture au Québec, puisque la participation efficace au marché du travail dépend de plus en plus des compétences numériques. Les défis en matière de formation de la main-d'oeuvre sont donc particulièrement importants pour que personne ne soit désavantagé. Cet ajustement nécessaire des compétences de base doit se faire tout d'abord à l'échelle des établissements d'enseignement en vue de la formation des jeunes, les travailleurs de demain, mais aussi par une mise à niveau des compétences des travailleurs en emploi à l'aide de la formation continue adaptée.


Cela dit, ce sont probablement les PME qui auront le plus grand défi à relever. En effet, elles devront constamment investir dans les nouvelles technologies et former leurs employés à leur utilisation. Or, les PME qui se servent intensivement du Web ont une croissance et un niveau d'exportation beaucoup plus importants que les autres. Et pour qu'elles puissent participer de façon efficace au nouveau marché numérique, elles doivent prévoir le perfectionnement constant des compétences de leurs employés. Le virage numérique est donc un gage de productivité. Y participer n'est plus une option, mais une nécessité, autant pour les entreprises que pour les travailleurs.


Concrètement, en matière d'organisation du travail, l'avènement de la transformation numérique pourra impliquer une modification du rôle des travailleurs, l'apparition de métiers permettant de coordonner la gestion automatisée de la production, ou encore, l'intégration des procédés de fabrication dans une nouvelle structure organisationnelle et opérationnelle.


N'imaginons pas ici un scénario apocalyptique où le monde serait dominé par les machines et où les hommes seraient pris en otages, comme la littérature et le cinéma nous l'ont bien souvent montré. La réalité, celle de tous les jours et qui représente une évolution irréversible des façons de faire, c'est qu'Internet, la réalité virtuelle, les logiciels, les procédés automatisés et même les réseaux sociaux ont créé de nouveaux modes de travail et que tout le monde participe activement à cette évolution. Cela dit, il reste beaucoup de chemin à parcourir pour combler l'écart inquiétant qui subsiste sur le plan des compétences numériques.


Yves-Thomas Dorval
PDG du Conseil du patronat du Québec


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