De l'idée au produit : quatre stratégies


Édition du 24 Septembre 2016

De l'idée au produit : quatre stratégies


Édition du 24 Septembre 2016

Par Claudine Hébert

Le HiTrainer est un tapis roulant sans motorisation permettant aux entraîneurs de mesurer la vitesse d’accélération et la puissance des athlètes. Plusieurs équipes des ligues professionnelles l’utilisent déjà.

Voici l'histoire de quatre produits mis au point par des Québécois, pour lesquels ceux-ci nourrissent de grandes ambitions.


1. Pour s'entraîner comme les pros


C'est une chose de convaincre les préparateurs des équipes de sport professionnel d'adopter un nouvel appareil d'entraînement. C'en est une autre de pouvoir le vendre aux centres d'entraînement grand public et à Monsieur et Madame Tout-le-Monde. L'équipe de Développement Sportif HiTrainer peut en témoigner.


Depuis déjà cinq ans, cette entreprise de Bromont travaille à commercialiser son appareil de musculation à haute intensité, une innovation créée en 2008 par Brian Robinson, un préparateur physique de Sutton. Doté d'accessoires de mesure et d'un logiciel d'analyse de performance, ce tapis roulant sans motorisation permet aux entraîneurs de mesurer la vitesse d'accélération et la puissance des athlètes de manière inédite. «On offre une technologie qu'aucun autre appareil ne propose actuellement sur le marché», dit Guillaume Paré, vice-président, ventes et marketing, de l'entreprise.


Il est également possible de mesurer séparément la force produite du côté gauche et du côté droit, un élément essentiel pour établir des programmes d'entraînement mieux adaptés.


«Plusieurs équipes des ligues professionnelles et des formations universitaires utilisent déjà notre appareil. Les Tiger Cats d'Hamilton ont été les premiers. Ils ont été suivis des Alouettes de Montréal et du Canadien, qui possède trois appareils», indique Karl Hamilton, président de l'entreprise. Quelques équipes de la Ligue nationale de football (NFL), dont les Buccaneers de Tampa Bay, font aussi partie des clients.


Au total, une trentaine d'appareils de la version Pro 100, vendus à plus de 15 000 $ l'exemplaire, ont trouvé preneur auprès de grands clubs. Mais c'est loin d'être suffisant pour une entreprise d'une dizaine d'employés qui a consacré plus de 2 millions de dollars à la R-D. «Nous avons dû revoir le design et l'ergonomie du HiTrainer ainsi que son prix, qui était trop élevé pour les gymnases grand public», concède Karl Hamilton. L'entreprise, aidée du programme Mitacs, a bénéficié d'un investissement de 80 000 $ pour obtenir un coup de main de l'École de design de l'UQAM afin de rendre l'appareil plus accessible au grand public. Les mises au point ont été effectuées de 2013 à 2015.


«En plus d'en améliorer le look, nous avons fait en sorte que l'appareil soit aussi confortable pour une utilisatrice mesurant cinq pieds que pour un colosse de six pieds huit», indique Steve Vezeau, professeur de l'École de Design de l'UQAM qui a dirigé les travaux, assisté de trois étudiants.


L'investissement en a valu le coup. Le lancement du modèle HiTrainer ATP en novembre 2015, une version sans logiciel d'analyse offerte à partir de 7 000 $, a permis de vendre plus de 70 appareils. «On a réalisé trois fois plus de ventes en un an qu'on en avait effectuées pendant quatre ans. Et ce n'est qu'un début. On vise le cap des 500 appareils vendus d'ici décembre 2017», signale M. Hamilton.


2. Des nanorobots pour traiter les cellules cancéreuses


La solution pour venir à bout une fois pour toutes des cellules cancéreuses pourrait bien provenir d'un laboratoire québécois. Le professeur Sylvain Martel, de l'École Polytechnique de Montréal, travaille depuis 15 ans à mettre au point un propulseur d'agents thérapeutiques qui permettra d'éliminer des tumeurs cancérigènes de manière plus ciblée que les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie actuels. Ce propulseur acheminera le médicament directement dans les cellules malades.


«Actuellement, explique M. Martel, les traitements se butent à trois obstacles. La navigation des agents thérapeutiques dans le corps humain est hors de contrôle, ce qui entraîne des effets collatéraux comme la perte de cheveux. De plus, la pression interne des tumeurs limite la pénétration des quantités d'agents qui l'atteignent. Enfin, une tumeur n'est pas homogène. Il est difficile d'attaquer avec précision la zone qui est responsable des métastases.»


L'expert en nanotechnologies a mis au point une plateforme qui utilise des champs électromagnétiques pour guider avec plus de précision les agents thérapeutiques vers les tumeurs. Cette innovation a nécessité plus de 15 M$ en recherche et développement ainsi que la contribution de plusieurs dizaines d'étudiants. «Ces agents deviennent des nanorobots qui répondent à nos commandes», précise M. Martel.


Les tests effectués sur des rats et des souris ont été concluants. L'équipe de Polytechnique a donc pu passer à l'étape suivante : la conception d'un propulseur à grandeur humaine, une première mondiale. L'appareil a été inauguré en août dernier au sein du nouveau Laboratoire de nanorobotique de Polytechnique. Cet équipement a nécessité un investissement total de 4,6 M$, auquel ont participé la Fondation canadienne pour l'innovation, le gouvernement du Québec ainsi que les entreprises Siemens Canada et Mécanik.


La plateforme, selon le chercheur, présentera une solution inédite pour traiter les cancers localisés, soit près de 85 % des cancers diagnostiqués de façon précoce.


La prochaine étape : obtenir l'argent nécessaire pour préparer l'appareil à la commercialisation. «Nous aurons besoin de plusieurs millions de dollars pour poursuivre les tests sur des porcs et des primates. Nous devrons également tester l'appareil avec différents agents thérapeutiques», dit le chercheur.


L'étape la plus décisive consistera à obtenir l'approbation de Santé Canada afin d'effectuer des tests sur des patients. «Les sociétés pharmaceutiques sont encore frileuses à l'égard de nos découvertes. En revanche, l'Hôpital juif de Montréal, le CHUM ainsi que le CHU Sainte-Justine suivent de près le développement de notre produit.»


Bombardier Transport a donné carte blanche à l’étudiant en design Félix Lavoie-Gariépy pour concevoir un support à vélos qui s’intègre aux wagons de train.

3. Des supports à vélo qui prennent le train


Comment faire entrer 40 vélos et autant de passagers dans un wagon de train multiétage sans compromettre le confort et surtout la fluidité de la circulation ? Bombardier Transport cherchait la réponse et l'a trouvée... avec l'aide d'un étudiant en design de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).


«Nous devions inventer ce produit afin de pouvoir soumissionner auprès d'un de nos clients en Amérique du Nord. Ce client, dont on ne peut dévoiler le nom, éprouve actuellement de sérieux problèmes de gestion de vélos et de passagers à bord de ses wagons de train», explique Martin Lessard, designer industriel chez Bombardier Transport.


Le hic, c'est que l'équipe de design industriel de Bombardier Transport manquait de temps pour mettre au point ce nouveau concept. La solution ? Aller cogner à la porte de l'École de design de l'UQAM. C'est ainsi que l'étudiant Félix Lavoie- Gariépy, à qui Bombardier Transport a donné carte blanche pour ce projet, a présenté en juillet 2015 un système de supports à glissement auquel l'équipe de M. Lessard ne s'attendait pas.


«Il a effectué un travail d'expérimentation que nous n'aurions pas eu le temps d'accomplir. Il a pu développer un dispositif de support en angle de 30 degrés, accessible pour tout type de vélos et facile à utiliser par les cyclistes de toute taille. De plus, l'étudiant a pensé à intégrer un système de lumières rouge et verte, qui avertit les cyclistes qu'il y a de la place ou non dans le wagon», indique M. Lessard.


La démarche a totalisé 15 000 $, la moitié du montant ayant été assumée par le programme du Mitacs, un organisme qui appuie la recherche appliquée et industrielle dans le secteur des sciences mathématiques et des disciplines connexes dans les universités canadiennes. «Ce projet, qui a duré six mois, nous aurait coûté au bas mot 100 000 $ si nous nous en étions occupés à l'interne», dit M. Lessard.


Pour l'instant, le produit est encore à l'étape virtuelle. «Nous avons toutefois commencé à le présenter à nos divers clients ici et en Europe. Nous sommes convaincus que ce système de support innovant va permettre de nous distinguer de la concurrence», affirme M. Lessard.


Le support a d'abord été conçu pour un wagon de train multiétage. Mais il pourra être adapté à un wagon de métro ou à tout autre véhicule de transport en commun. «Il pourra même être utilisé dans un stationnement intérieur dont l'espace est réduit», conclut le designer.


4. Le plus petit scanner 3D du monde


Dental Wings, de Montréal, offre une solution innovatrice aux dentistes grâce à son nouveau scanner 3D, le DW IO, le plus petit scanner intraoral du monde.


L'appareil, qui ne pèse que 120 grammes, est doté de 10 caméras d'à peine un millimètre d'épaisseur et de 5 projecteurs. «Le dentiste n'a plus besoin d'utiliser des empreintes en silicone et de les transférer à un laboratoire. Le dispositif miniaturisé permet de lire la surface de la dentition. Le procédé est plus confortable pour le patient. Les informations sont ensuite transmises directement au laboratoire dentaire», explique Naoum Araj, cofondateur de Dental Wings.


L'appareil, qui s'inspire d'une caméra endoscopique, aidera les dentistes à réduire considérablement le temps de production d'un pont, d'une couronne et de toute autre prothèse dentaire. «Ce processus, qui pouvait prendre jusqu'à 10 jours, peut désormais s'effectuer en moins de 48 heures», indique M. Araj.


L'entreprise a investi plus de 10 M$ en R-D au cours des trois dernières années pour créer l'appareil. Dental Wings a retenu les services d'une société de Boston, Continuum Innovation, pour peaufiner le produit. «Continuum Innovation a consulté plus d'une cinquantaine de dentistes pour obtenir leur avis sur les outils actuellement à leur disposition», souligne Naoum Araj.


La technologie existe depuis la fin des années 1980. Pourtant, le taux de pénétration de tels numériseurs miniatures n'a jamais dépassé 2 % au sein du marché dentaire. «L'univers dentaire est très traditionnel. Il n'est pas aisé d'introduire de nouvelles technologies dans les cabinets, explique Robin Provost, également cofondateur et vice-président exécutif. Il faut en outre que ces appareils soient agréables à manipuler. Et les produits de nos concurrents sont trois fois plus gros que notre scanner.»


Convaincue du caractère unique de son innovation, Dental Wings prédit que le nouvel outil sera adopté par un dentiste sur cinq, voire un dentiste sur quatre d'ici 10 ans.


Dental Wings refuse pour le moment d'indiquer le nombre d'appareils vendus depuis sa commercialisation en mars 2016. «Les ventes vont extrêmement bien», se contente de dire M. Araj. L'Europe compte pour plus de 70 % des ventes du nouvel appareil.


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