Faire le bien avec son argent ou comment investir avec impact

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Mai 2017

Faire le bien avec son argent ou comment investir avec impact

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Mai 2017

Par Diane Bérard

Étienne Desmarais, président d’Ecotierra, et Guy Gervais, fondateur de HumanID [Photo : Alain Decarie]

Les Affaires rentre de l'Impact Investing World Conference, à Londres. Nous y avons constaté la vigueur de l'écosystème britannique d'investissement d'impact, qui combine rendements sociaux et rendements financiers. Un mouvement qui gagne le Québec.


Guy Gervais est devenu ange financier dans la quarantaine, puis investisseur d'impact au début de la cinquantaine. «Le rôle traditionnel d'ange financier m'a satisfait pendant 10 ans, raconte-t-il. Puis, j'ai cherché un sens plus grand à ma vie. Et j'ai réalisé que j'étais déjà une sorte de travailleur social. J'aidais les entrepreneurs.» Il demeure ange financier, mais sa firme, HumanID, migre vers l'investissement d'impact. Il s'agit d'investissements réalisés avec l'intention de générer un impact social et environnemental positif mesurable, en même temps qu'un rendement financier.


Le Global Impact Investing Network (GIIN) estime qu'en 2016, 77,4 milliards de dollars américains (G$US) d'actifs étaient investis selon les quatre principes de l'investissement d'impact. D'abord, l'intention. Le rendement social et environnemental n'est pas un effet secondaire. L'investisseur choisit ce placement en raison de ce type de rendement. Puis, le rendement lui-même. L'investissement d'impact n'est pas un don. Il vise un rendement, financier ou autre. Ensuite, le spectre de ce rendement et les types d'actifs disponibles sont vastes. Enfin, tout investissement d'impact s'accompagne d'une obligation de mesure, afin d'orienter la connaissance autour du problème social ou environnemental qu'il souhaite résoudre.


L'investissement d'impact est un mouvement mondial. Il gagne le Québec depuis trois ou quatre ans.


Il y a quelques semaines, par exemple, un groupe a lancé l'Institut public pour l'investissement responsable et durable. Christophe Goffoz, cofondateur de Divergent Capital, fait partie de ce groupe. Investisseur d'impact depuis 2016, M. Goffoz a voulu, tout comme Guy Gervais, ajouter du sens à sa vie.


«J'en avais assez de travailler pour un rendement, confie le cofondateur de Divergent Capital. Je voulais travailler pour un impact.» Il poursuit: «J'ai fait carrière dans l'industrie pharmaceutique. Nos produits contribuent au bien de la société, mais je me suis mis à remettre nos méthodes en question. La façon dont on atteint un rendement compte autant que le rendement lui-même.» Christophe Goffoz cumule six investissements d'impact. Il ne reviendrait pas en arrière.


Guy Gervais non plus: «Je ne veux plus encourager des missions purement financières, dit le fondateur d'HumanID. Certains investissements réalisés il y a 10 ans ne passeraient plus mon test aujourd'hui.»


The Gym, la chaîne de mise en forme à impact


Il n'existe pas de secteur type pour l'investissement d'impact. On y trouve des projets en immobilier aussi bien que dans les secteurs manufacturier ou de la santé. C'est ce que Les Affaires a appris en assistant à l'Impact Investing World Conference, à Londres, en mars dernier.


On y a croisé un participant québécois, Marc-André Binette, directeur de portefeuille principal, fonds et immobilier, chez Fondaction. «Nous faisions de l'investissement d'impact avant que ce soit à la mode!» blague-t-il.


Il cite les préoccupations de Fondaction pour le développement durable et la création et le maintien d'emplois dans l'économie locale. L'investissement d'impact ne connaît pas de secteurs précis, mais il vise toujours une amélioration du sort des humains ou de la planète. Ainsi, à l'Impact Investing World Conference, on nous a présenté The Gym, un réseau de centres de mise en forme abordables.


The Gym est une des entreprises britanniques à plus forte croissance. Depuis 2015, elle est inscrite à la Bourse de Londres. C'est un fonds d'investissement d'impact de 450 millions de dollars américains (M$ US), Bridges Fund Management, qui a été le premier à voir le potentiel de ce concept. C'était en 2008. «Un gym à faible tarif s'attaque aux racines des enjeux de santé en permettant la prévention, explique Brian Trelstad, associé chez Bridges Fund Management. Notre premier investissement a permis le démarrage de la chaîne. Notre seconde ronde visait à inciter d'autres investisseurs à emboîter le pas.»


En repérant des failles dans le marché, les investisseurs d'impact ouvrent souvent la voie aux investisseurs traditionnels. Ça a été le cas de Bridges Fund Management et de la chaîne The Gym en Grande-Bretagne. Et de la Fondation MacArthur pour l'immobilier abordable aux États-Unis.


«Nous repérons des sections dysfonctionnelles du marché. Nous proposons des solutions pour les améliorer et attirer des investisseurs qui ne seraient pas venus autrement», résume Alison Clark, directrice associée de l'investissement d'impact pour la Fondation MacArthur.


Elle poursuit: «Nous avons découvert que, pour chaque nouvelle unité d'habitation construite, deux unités existantes sortent du marché immobilier abordable. D'où nos investissements dans la préservation immobilière en milieu urbain. Ils contribuent à la fois à l'accessibilité au logement et à l'emploi. Ils luttent contre l'étalement urbain et fournissent des logements abordables à proximité de l'offre d'emploi.»


En 16 ans, la Fondation MacArthur a investi 117M$ pour préserver 150000 unités de logement qui auraient été abandonnées jusqu'à devenir insalubres. L'objectif est de 300000 unités pour 2020. Prochaine étape? Servir de catalyseur pour un fonds d'immobilier abordable de 250M$ en compagnie d'une douzaine de partenaires comme Citibank, Charles Schwab et Morgan Stanley. Ce fonds sera inscrit en Bourse pour attirer de nouveaux investisseurs en immobilier abordable.


Christophe Goffoz, de Divergent Capital, et René Bernard, Remorques Apogées [Photo : Alain Decarie]


Remorques Apogée, des emplois à impact


La santé et le logement sont deux besoins humains fondamentaux. Un emploi décent aussi. Un investissement d'impact peut être réalisé dans une entreprise qui offre des emplois de qualité dans un secteur où ils se font rares, comme le manufacturier.


C'est ce qui a poussé Christophe Goffoz à investir dans Remorques Apogée, une PME de Saint-Roch-de-l'Achigan, dans Lanaudière. «Le fondateur, René Bernard, offre des emplois durables, explique l'investisseur. Ses employés ont un contrat annuel assorti d'un salaire annuel. Et non un salaire horaire, comme c'est la norme dans l'industrie. L'investissement d'impact se soucie du comment, pas seulement du quoi.»


Certains projets d'impact attirent l'attention en raison de leur potentiel de massification. Ça a été le cas de Polystyvert pour M. Goffoz. Cette PME, créée par Solenne Brouard Gaillot, a imaginé un procédé pour recycler un des matériaux les plus polluants, le polystyrène (PS). Un concentrateur est installé directement à l'endroit où se situent les résidus de PS. On divise ainsi par 10 l'émission de GES liée à la transformation et au transport du PS. Au contact d'une huile essentielle déposée dans le concentrateur, le PS se dissout comme du sucre dans l'eau.


Un impact environnemental doublé d'un impact social, le tout assorti d'un rendement financier: voilà le rêve de tout investisseur d'impact.


«Ecotierra, c'est la version toute garnie de l'investissement d'impact», dit Guy Gervais en riant. La québécoise Ecotierra permet aux petits producteurs d'Amérique du Sud et d'Afrique de convertir leurs parcelles déboisées à faible rendement en parcelles certifiées biologiques et équitables. Cette PME lutte contre la déforestation tout en créant une économie locale durable. Elle accompagne les producteurs depuis la conversion de leurs terres jusqu'à la mise en marché de leurs produits. Ecotierra génère aussi des crédits de carbone, ce qui crée un actif supplémentaire. Présentée aux membres junior d'Anges Québec (30 ans et moins), Ecotierra a suscité l'intérêt de 15 investisseurs. Reste à voir combien d'entre eux passeront de l'intention à l'action.


Passer de l'intention à l'action


À l'Impact Investing World Conference, on nous a également appris que 61% des citoyens britanniques souhaitent utiliser leur argent pour faire le bien. «Toutefois, il y a du chemin à parcourir pour que l'investissement d'impact dépasse le cercle des fondations et des individus fortunés, commente Robert Hewitt, conseiller senior au groupe d'investissement et de finance sociale du cabinet britannique. Il reste, entre autres, beaucoup d'éducation à faire.» Un des principaux enjeux demeure la confusion autour du rendement et de l'impact.


«D'un côté, on trouve des investisseurs qui affirment viser l'impact, mais qui ne cherchent en fait que le rendement financier. De l'autre, on trouve des investisseurs qui ne se soucient que de l'impact sans exiger de modèle d'affaires pérenne, souligne Farrukh Khan, chef de développement chez Acumen, une fondation spécialisée qui investit la totalité des dons qu'elle reçoit dans des entreprises d'impact. Aucun groupe ne sert la cause de l'investissement d'impact.»


Il poursuit: «Il faut éduquer le marché (les investisseurs, les conseillers, les entrepreneurs, les intermédiaires et les fournisseurs de produits) à propos des risques, des rendements, du temps requis pour générer un impact et de la nécessité de mesures réalistes.»


Qu'est-ce qu'une mesure d'impact réaliste?


Une tension existe entre ceux qui souhaitent en arriver à un nombre limité et uniforme de mesures d'impact (pour rassurer les investisseurs et faire décoller cette pratique) et ceux qui craignent qu'une telle uniformité dénature la pratique. «L'investisseur intelligent comprend que ce qui importe, ce sont des mesures qui ont du sens compte tenu du projet et du secteur, estime Flory Wilson, directrice de l'analyse et de la mesure. Et non des mesures standard imaginées pour le rassurer.»


L'autre tension tient à l'inclusion. Jusqu'où faut-il étendre le concept d'impact? «Apprenons de la bulle techno, répond Andrew Parry, directeur de l'investissement d'impact chez Hermes Investment Management et commentateur pour Bloomberg. Ne dirigeons pas une masse d'actifs vers des projets fourre-tout pour voir ce capital détruit. Et, du coup, pour voir l'investissement d'impact perdre sa crédibilité.» Chez Ethex, une plateforme qui propose des produits et des projets d'économie positive, on croit qu'il faut démocratiser les produits et non l'investissement lui-même. «Les moins de 40 ans sont quatre fois plus susceptibles que leurs aînés d'investir la moitié de leurs placements pour faire le bien, souligne Jamie Hartzell, président du conseil d'Ethex, mais ils sont moins fortunés qu'eux. Pour les aider à passer de l'intention à l'action, évitons les produits financiers coûteux et complexes. Proposons-leur l'investissement d'impact par l'intermédiaire de leur compte chèque et de leur compte d'épargne.»


Dans sa quête de légitimité et de reconnaissance, l'investissement d'impact passerait à côté d'un marché qu'il a déjà conquis. Voilà un impact à explorer.


77,4 G$ US
L'investissement d'impact en 2016


Source : Global Impact Investing Network


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