Louis Vachon réclame un dialogue social

Offert par Les Affaires


Édition du 08 Avril 2017

Louis Vachon réclame un dialogue social

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Édition du 08 Avril 2017

Par Stéphane Rolland

Louis Vachon, pdg de la Banque Nationale

Les changements technologiques dans l'industrie financière auront inévitablement un impact négatif sur certains employés de la Banque Nationale, admet Louis Vachon. L'institution financière et ses employés ne sont pas les seuls concernés. Un «dialogue social» s'impose pour accompagner les laissés pour compte de la révolution technologique, plaide le banquier d'origine beauceronne.


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La cohésion sociale est en péril si on ne se penche pas sur cet enjeu, s'inquiète l'homme d'affaires. L'élection de Donald Trump, poussée par la colère des travailleurs ébranlés par la mondialisation, est un exemple de «l'éclatement du contrat social», selon lui. Or, l'incidence du progrès technologique sera encore plus grande. «Quand tu regardes froidement l'impact de la robotisation et de l'intelligence artificielle sur le marché du travail, c'est certain qu'il y aura des contrecoups.»


Le langage corporel du dirigeant trahit son intérêt pour le sujet. Il s'avance sur son siège, bouge énergiquement les mains et élève la voix. «On peut se dire que, à long terme, les avantages seront plus importants que les désavantages, mais ça ne se fera pas sans qu'il y ait des enjeux importants, poursuit-il. Des gens vont perdre leur emploi. Pour passer au travers, il faut un dialogue social très fort.»


L'homme d'affaires donne l'exemple du débat qu'a entraîné l'arrivée d'Uber dans le paysage québécois. «Ce n'est que la pointe de l'iceberg, commente-t-il. Imaginez ce que ça sera quand on pourra faire rouler les voitures sans chauffeur.»


Le revenu minimum garanti fait partie des solutions possibles, répond M. Vachon, qui ne veut pas promouvoir une voie plus qu'une autre. Il souhaite plutôt encourager la réflexion sur la question. Au final, les élus devront se demander si certains emplois doivent être protégés, ajoute-t-il. «Est-ce qu'on veut vraiment que des robots prennent soin de nos personnes âgées à la place des humains, même s'il devient possible de le faire ? Si on accepte qu'il y ait des camions sans conducteur, veut-on faire une exception pour les matières dangereuses ? Il va falloir se demander si on veut que certains emplois soient protégés. Aussi, il faudra voir comment on forme les gens qui perdent leur emploi pour qu'ils se réorientent vers d'autres types d'emplois qui ne seront pas remplacés par un robot.»


Banque et emplois


Le secteur bancaire canadien n'échappe pas à cette vague. Les clients désertent les succursales et veulent des services «rapides et simples à utiliser» sur le Web. Par exemple, la Banque Nationale planche sur un outil pour vendre et renouveler ses hypothèques en ligne. La plateforme serait accessible dans les 12 à 24 prochains mois. Ce genre de services amène des changements dans la manière de travailler des employés.


En octobre dernier, la Banque Nationale a annoncé une restructuration qui touche plus de 900 postes. De ce nombre, au moins 600 seront abolis et 300 autres seront mutés dans l'entreprise. Au même moment, elle prévoit investir près de 350 M$ dans les technologies.


Cette restructuration ne sera vraisemblablement pas la dernière. «Ce que je dis à mes employés, c'est que la seule chose que je peux leur promettre, c'est plus de changements, raconte M. Vachon. On n'a pas d'autre choix que d'évoluer avec la technologie et les besoins du consommateur. Oui, ça amène des défis importants et des décisions difficiles. Si on ne s'adapte pas au marché, ça va amener des décisions qui seront encore plus difficiles, plus tard.»


Tous les travailleurs n'en sortiront pas perdants pour autant. Bien qu'ils aient diminué cette année, les effectifs de la banque au Canada sont restés stables sur un horizon de quatre ans. «La masse salariale, pour sa part, continue d'augmenter de 3 % à 4 % par année, précise-t-il. Les postes éliminés ont été remplacés par des travailleurs qui ont une expertise scientifique et technique mieux rémunérée.»


L'incertitude vécue par les employés peut-elle les encourager à enfreindre les règles pour atteindre leurs objectifs de vente et protéger leur emploi ? Le scandale de la création de comptes fictifs chez Wells Fargo et les allégations de pratiques de ventes douteuses à la Banque TD rendent la question pertinente.


La diversification des objectifs de la Banque Nationale la protège de ce genre de dérive, soutient M. Vachon, qui se dit prêt à commenter le cas «bien documenté» de Wells Fargo, mais pas le récent cas de la TD. «Chez Wells Fargo, il y a eu une obsession sur le nombre de produits par client, juge le pdg. Toute l'organisation était liée à un seul chiffre. Le problème est parti d'en haut. La direction était obsédée et ça s'est transmis aux employés. Ça a impacté la culture d'entreprise. Moi, en tant que pdg, je dois penser à toutes les parties prenantes. Je dois penser à la satisfaction de notre clientèle, à nos actionnaires et à la mobilisation de nos employés. Je suis évalué sur plusieurs aspects, et non pas sur un chiffre.»


N'est-il pas contradictoire que l'homme qui doit prendre la décision de mettre fin à l'emploi de travailleurs n'ayant plus les compétences recherchées soit celui qui demande qu'on réfléchisse à leur sort ? «Ma responsabilité en tant que pdg de la Banque Nationale est qu'on soit encore là dans 10, 20, 30 ans, répond M. Vachon. Ce n'est pas de gérer la société. Ceci étant dit, dans ma job, je vois quotidiennement des tendances lourdes, des idées et des défis qui peuvent toucher la société en général. C'est mon rôle social d'en parler.»

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