La guignolée des banques américaines

Publié le 01/12/2008 à 00:00

La guignolée des banques américaines

Publié le 01/12/2008 à 00:00

Financez vos cadeaux de Noël à un intérêt de 35 % ! Voilà ce qu'offrent à nos plus démunis les grandes banques américaines qui ont des bureaux chez nous. C'est ce qu'on appelle un prêt "subprime" : un prêt dont le taux est plus élevé pour les personnes qui sont le moins en mesure de le rembourser. En exigeant de tels taux, les banques prouvent qu'elles n'ont pas de principes. Et en envoyant des lettres de "prêts préapprouvés" à la veille de Noël, elles montrent qu'elles n'ont pas de classe.

Les banques américaines n'ont donc tiré aucune leçon de la crise financière ? N'ont-elles pas appris (compris) que de tels prêts sont non seulement contraires aux principes éthiques mais qu'en plus, ils constituent un risque financier inacceptable pour leurs actionnaires ?

C'est un peu comme si un joueur qui vient de se faire lessiver au casino réussissait à emprunter de l'argent et qu'il le remettait aussitôt dans la machine en espérant cette fois gagner le gros lot. Et qui prête l'argent à ce joueur qui vient de tout perdre ? Le contribuable américain qui refinance les banques en ce moment. Et vous, les cotisants aux caisses de retraite et aux fonds communs de placement, qui avez accepté de prolonger l'échéance sur les prêts qui étaient dus.

Vous ne vous souvenez pas d'avoir approuvé pareille chose ? Pourtant, c'est le contenu du plan Crawford que vos gestionnaires de portefeuille de la Caisse de dépôt, de la Banque Nationale, de Desjardins et autres ont signé en votre nom. L'entente est simple : alors que le papier commercial adossé à des actifs (PCAA) exigeait un refinancement après quelques mois, les financiers ont consenti à attendre quelques années avant de revoir leur argent, dans l'espoir que la valeur des actifs reprendrait du poil de la bête. Entre-temps, les banques américaines qui ont notre argent peuvent l'utiliser comme elles le veulent en espérant gagner au prochain coup !

Pourtant, l'expérience de la crise montre que c'est plutôt une approche responsable qui est payante pour les banques. Ainsi, nos banques canadiennes, qui ont toujours refusé de se livrer à ce jeu, s'en tirent pas mal mieux. Les taux sur les prêts personnels qu'elles offrent ne varient pas selon votre niveau de richesse. C'est ce genre de modèle que les banques américaines devraient adopter.

Qui les en convaincra ? Leurs actionnaires. Le gouvernement américain, qui détient maintenant une part importante des actions des banques, clarifiera sûrement la réglementation. Mais nous devrions nous aussi faire notre part. En fait, ceux qui gèrent notre épargne devraient faire passer le message.

L'ont-ils fait ? Il semble que non. Prenez la Caisse de dépôt. Elle a voté pour les membres du comité de vérification de Citigroup lors de la dernière assemblée, bien que d'autres caisses de retraite lui aient suggéré de voter contre ces mêmes membres pour exprimer son désaccord face aux pratiques de "subprime" de cette banque.

C'est bien beau de vouloir éviter l'autoflagellation en regardant devant soi, mais il faudrait quand même prendre le temps de tirer les véritables leçons de cette crise. Je ne suis pas certain que vous avez envie de continuer à participer à la guignolée des banques américaines. Il faudrait que vos gestionnaires de portefeuille en tiennent compte.

FRANÇOIS REBELLO est consultant sur les questions éthiques et d'investissement responsable pour plusieurs grandes sociétés québécoises.

frebello@videotron.ca

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