Entrevue n°235: Ayah Bdeir, fondatrice, littleBits

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Février 2015

Entrevue n°235: Ayah Bdeir, fondatrice, littleBits

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Février 2015

Par Diane Bérard

«Il faut résister à la tentation d'accepter le premier investisseur qui veut de nous» - Ayah Bdeir, fondatrice, littleBits.

La Libanaise d'origine canadienne Ayah Bdier est ingénieure et artiste. En 2011, la jeune trentenaire a fondé littleBits, qui conçoit des modules électroniques à assembler. Ils permettent des créations simples, pour les profanes, ou complexes, pour le prototypage industriel. Joi Ito et Nicholas Negroponte, du MIT Media Lab, furent les premiers investisseurs de littleBits. Ayah Bdier sera conférencière à C2MTL en mai 2015.


Diane Bérard - L'entrepreneuriat n'est pas un choix de carrière. Selon vous, ce n'est qu'un moyen. Expliquez-nous.


Ayah Bdeir - Considérer l'entrepreneuriat comme une fin, c'est penser à l'envers. On ne peut pas dire «je vais être entrepreneur». Pas plus qu'on ne devrait dire «je vais être artiste». L'entrepreneuriat est un moyen, parmi d'autres, d'exploiter une idée dans laquelle on croit. Tout comme on devient artiste pour exploiter son talent en musique ou en peinture, par exemple.


D.B. - Pourquoi êtes-vous devenue entrepreneure, alors ?


A.B. - J'avais développé un produit qui vise à démocratiser la technologie, l'électronique plus précisément. Il s'agit d'un jeu de modules électroniques qui se collent les uns aux autres à l'aide d'aimants pour permettre de bâtir à peu près n'importe quoi. J'ai exposé mes pièces à une foire, pour le plaisir. Les visiteurs ont aimé. Ils ont voulu en acheter, j'en ai fabriqué des quantités de plus en plus importantes. Les médias en ont parlé. La demande a explosé. Je suis allée en Chine à la recherche d'une usine. Et je suis devenue entrepreneure.


D.B. - Vous voulez démocratiser l'électronique. Pourquoi ?


A.B. - J'ai étudié en génie informatique parce que je suis douée pour les sciences et les mathématiques. Et parce que ça rassurait mes parents que j'aie un diplôme scientifique ! Mais j'ai toujours aimé autant le design et l'art que la science. Après mon baccalauréat, j'ai découvert le MIT Media Lab, où étudiait ma soeur. Un lieu à la frontière de l'art et de la science, où j'ai choisi de faire ma maîtrise. J'y ai découvert qu'on peut marier les deux univers. Que la science n'est pas que pour les scientifiques. En fait, elle ne doit pas leur être réservée. La technologie a le pouvoir de transformer la société. Mais pour cela, elle ne doit pas être comprise et utilisée uniquement par les ingénieurs et les informaticiens. Pour avoir un véritable impact, la technologie doit sortir du cercle des experts. C'est là ma mission et celle de littleBits.


D.B. - Pourquoi est-ce important que les profanes comprennent l'électronique ?


A.B. - L'électronique est de plus en plus présente dans nos vies. On la retrouve dans notre automobile, dans notre téléviseur, dans notre appareil photo... Mais c'est comme une boîte noire. On n'y comprend rien. La révolution électronique se produit sans les utilisateurs. Par exemple, lorsqu'un appareil casse, on le jette.


D.B. - Vous dites que démocratiser l'électronique est la suite logique de la démocratisation de la conception de logiciels. Expliquez-nous.


A.B. - Depuis que de plus en plus de gens sont capables de développer des logiciels, ceux-ci sont mieux conçus. Ils bénéficient de la contribution pratique des usagers, pas seulement des connaissances des informaticiens. La même situation est en train de se produire pour la fabrication grâce aux imprimantes 3D. Il était logique de démocratiser l'électronique.


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