Expansion régionale de Sail: danger pour les marchands indépendants?

Publié le 04/01/2019 à 14:33

Expansion régionale de Sail: danger pour les marchands indépendants?

Publié le 04/01/2019 à 14:33

Par Martin Jolicoeur

Photo: Sail

Les dizaines, peut-être même la centaine de commerçants indépendants, spécialisés dans la vente d’articles de plein air, de chasse et de pêche, dans toutes les régions du Québec, ont probablement raison de s’inquiéter des visées expansionnistes de Sail Plein Air. 


Après avoir inauguré coup sur coup, au cours des derniers mois, des magasins à Chicoutimi et Lachenaie, il semble que l’entreprise de Laval prépare maintenant l’ouverture d’un troisième magasin régional, cette fois rue Jean-Paul-Perrault,à Sherbrooke.


L’entreprise privée, propriété entre autres du Fonds FTQ de solidarité du Québec, ne cache d’ailleurs pas ses intentions. En octobre, son PDG annonçait qu’après s’être surtout concentrée dans les régions de Montréal et de Québec, Sail Plein Air entendait démultiplier sa présence dans les régions moins populeuses de la province. 


Une stratégie qui pourrait durement affecter les propriétaires de commerces régionaux plus petits, souvent situés non loin des territoires traditionnels de chasse, de pêche, et de villégiature en général. 


Un concept nouveau


Celle qui possède aussi l’enseigne Sportium, concurrente entre autres de Sports Experts et Atmosphère, a développé pour ce faire un nouveau concept de magasins mieux adapté à la réalité de ces marchés plus petits et au potentiel encore mal exploité.


D’une superficie de 41 000 pi2, plutôt que les 70 000pi2 auxquels Sail nous avait habitués, le nouveau magasin Sail du boulevard Talbot, à Chicoutimi, propose un éventail d’articles de plein air, de chasse et de pêche, pensé spécifiquement pour les besoins de la clientèle de l’endroit.


«Cette région propose des attraits naturels exceptionnels. La population du Saguenay-Lac-Saint-Jean en tire avantage et a de ce fait des besoins et intérêts qui diffèrent souvent des clients d’autres endroits, explique Norman Décarie, président et chef de la direction de Sail Plein Air. En conséquence, celle-ci profitera sensiblement de la même offre de produits qu’on retrouve dans les magasins plus grands, mais avec un accent plus développé du côté de la chasse, de la pêche (sur glace, notamment) et de la motoneige, plus populaires qu’ailleurs.»


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Le magasin de Lachenaie, inauguré le 12 décembre dernier, s’inscrit dans la même stratégie. Situé dans Lanaudière, en bordure de l’autoroute 40, le magasin de 50 000 pi2 représente un investissement d’une dizaine de millions de dollars.


Comme ça a été le cas à Chicoutimi, son ouverture a nécessité pour Sail un investissement de 1,2M$ en aménagement intérieur et quelque 6M$ en marchandises. Comme l’immeuble est loué par le détaillant, la construction du bâtiment est assumée par son propriétaire.


À titre de comparaison, un magasin traditionnel de 70 000 pi2 nécessite généralement des investissements de 2,5M$ (après construction du bâtiment) et un volume de marchandises variant entre 7,5M$ et 8 M$.


Cette dernière ouverture porte à sept le nombre de magasins Sail au Québec, et à six en Ontario. Dans la province, outre ceux de Chicoutimi et de Lachenaie, Sail compte des magasins à Beloeil, Brossard, Laval, Québec et Vaudreuil. 


Sail ne compte encore aucun magasin sur l’île de Montréal; seul un Sportium a été implanté le mois dernier à Kirkland dans un ancien Sears du West Island.


Abitibi, Charlevoix, Bas-St-Laurent?


Malgré le potentiel, la direction de Sail n’entend pas développer ce nouveau concept de magasin en Ontario pour le moment. Disciplinée, l’entreprise préfère pour l'heure se concentrer sur le Québec où le potentiel de développement commercial dans les régions et sous-régions de la province demeure encore bien souvent sous-exploité.


Photo: Sail


Son PDG confirme que d’autres magasins régionaux ouvriront dans les prochaines années. Au printemps, probablement. Mais pas question pour M. Décarie d’identifier des régions précises, ni le bassin de population nécessaire pour soutenir l’arrivée d’un magasin Sail de 40 000pi2.


«Avec le succès que nous connaissons actuellement à Chicoutimi, je peux vous assurer qu’il y aura d’autres ouvertures. Où? L’Abitibi, Charlevoix, l’Estrie, le Bas-Saint-Laurent? Je préfère ne pas m’avancer. Il faut penser bassin de population, mais aussi à sa concentration. Au Saguenay, 90% de la population que nous visons se trouve à moins de 90 minutes de route. Outre la population, leur densité est donc aussi une donnée importante à considérer avant de promettre une ouverture. On n’improvise pas.»


Stratégie défensive ou numérique?


Quoi qu’il en soit, cet apparent empressement à étendre sa présence sur tout le territoire du Québec (trois ouvertures en trois mois) serait-il lié à la multiplication ces dernières années de nouveaux détaillants concurrents? Outre MEC (Mountain Equipment Coop), La CordéeAtmosphère, on pense surtout ici à la multinationale française Decathlon.


L’entreprise, souvent comparée à un Ikea du sport, a fait beaucoup parler lors de son ouverture sur la Rive-Sud de Montréal au printemps dernier. En 2019, celle qui ne cache pas ses visées continentales, prévoit ouvrir d’autres magasins à Québec, Blainville et au centre-ville de Montréal, notamment.


En entrevue avec Les Affaires, le président de Sail Plein Air rejette cette hypothèse du revers de la main. S’il y a empressement, laisse-t-il entendre, ce serait plutôt pour supporter la croissance importante que Sail soutient connaître actuellement sur sa plateforme numérique. Depuis un an, l’entreprise permet l’achat et la livraison de produits à partir d’un nouveau site transactionnel.


Le succès de cette nouvelle plateforme serait tel que l’entreprise vient de signer un bail pour l’aménagement d’un entrepôt de 70 000pi2 à Longueuil, dédié uniquement d’abord aux commandes en ligne de son enseigne Sail. Les ventes de son enseigne Sportium viendront s’ajouter par la suite.


En développant une plus grande présence en région, Sail fait donc le pari qu’elle pourra aussi susciter d’importantes nouvelles ventes sur sa plateforme web. «Un client de la Côte-Nord pourra profiter d’un séjour à Chicoutimi pour visiter notre magasin. (…) Mais une fois de retour à la maison, il pourra revenir nous voir électroniquement. Les magasins physiques donnent de la crédibilité à notre présence web. Pour nous, le web est vraiment un prolongement de l’expérience vécue en magasin.»


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