«Tout le monde recycle les canettes d'aluminium. On s'occupe des gants en latex» -Tom Szaky, fondateur et pdg, TerraCycle

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Août 2015

«Tout le monde recycle les canettes d'aluminium. On s'occupe des gants en latex» -Tom Szaky, fondateur et pdg, TerraCycle

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Édition du 06 Août 2015

Par Diane Bérard

Personnalité internationale — Les mégots de cigarette, la gomme, l’emballage de biscuits, les gants en latex... TerraCycle recycle tout ce qui a été déclaré « non recyclable ». Son fondateur, Tom Szaky, a écrit trois livres et il est le héros d’une téléréalité (Human Resources, diffusée sur la chaîne câblée américaine Pivot TV). TerraCycle emploie à peine 150 personnes, tous des actionnaires. Mais, par l’intermédiaire de partenariats, elle mobilise 60 millions de personnes dans 121 pays pour collecter ce qu’elle recycle.


Diane Bérard – TerraCycle veut éliminer le concept de déchet...


Tom Szaky – Oui, c’est ce que nous visons par l’intermédiaire de nos programmes nationaux : nous collectons et nous recyclons. Mais en 2007, six ans après notre fondation, nous avons changé notre cible. Des entreprises qui collectent et qui recyclent, il y en a des masses. Mais elles font toutes de la cueillette sélective. Qui s’occupe des cas problèmes, ces déchets qu’on brûle ou qu’on enfouit ? Depuis 2007, TerraCycle collecte et recycle des produits traditionnellement considérés comme non recyclables.


D.B. – Vous êtes un Hongrois élevé à Toronto qui a étudié à l’université Princeton aux États-Unis. Et votre idée d’entreprise a germé à Montréal. Racontez-nous.


T.S. – Au collège, mes amis et moi faisions pousser de la marijuana dans notre sous-sol. Quelques-uns des copains sont allés étudier à McGill. Ils ont poursuivi la culture de ces plantes dans leur petit appartement de la rue Saint-Hubert. Selon leurs courriels, ça n’allait pas très fort. Je suis donc allé leur prêter main-forte pour découvrir, une fois là-bas, que ça allait drôlement mieux ! Les plantes étaient luxuriantes. Le secret ? La crotte de vers de terre liquéfiée ! Mes amis plaçaient des vers de terre dans les plantes et leurs crottes faisaient un engrais formidable. De retour à Princeton, j’ai amassé 20 000 $ pour démarrer un élevage de vers de terre. J’ai convaincu la cafétéria de l’école de me donner leurs restes de table pour engraisser mes vers. Puis, j’ai embouteillé l’engrais et je l’ai vendu chez Home Depot et Walmart. Ce furent mes débuts comme « éco-capitaliste ». Nous vendons toujours cet engrais, mais il ne représente que 1 % de nos ventes.


D.B. – Vous déplorez le manque d’innovation en matière de recyclage...


T.S. – En effet, tous les pays recyclent les mêmes matériaux, seules les quantités changent. Prenez les canettes d’aluminium : l’Allemagne en recycle 95 %, le Canada 30 % et l’Argentine 10 %. Bref, tout le monde recycle un peu ou beaucoup ses canettes d’aluminium. Mais personne ne recycle les enveloppes de jus ou les emballages de biscuits, parce que cela coûte trop cher. Environ 80 % des objets se classent dans la catégorie « trop coûteux à recycler ».


D.B. – TerraCycle emploie 150 personnes. Néanmoins, vous faites des affaires avec 200 marques majeures dans 21 pays et vous recyclez des milliards de produits. Comment y arrivez-vous ?


T.S. – Nous sommes des chercheurs et des entremetteurs. Notre volume et notre impact reposent sur des partenariats. TerraCycle ne collecte pas directement la matière à recycler. Dans les 21 pays où nous sommes présents, 60 millions de consommateurs, de manufacturiers et de détaillants la collectent pour nous. Nous ne transformons pas non plus nous-mêmes les rebuts que nous recueillons. Notre équipe de chercheurs teste constamment de nouveaux matériaux à recycler, et lorsqu’elle en trouve, nous nous associons à des usines qui les transforment pour nous. Nous revendons ensuite la matière recyclée.


D.B. – Expliquez-nous comment fonctionne votre partenariat avec Nespresso.


T.S. – Nespresso paie les coûts pour récupérer et entreposer ses capsules ainsi que les coûts liés à la séparation de l’aluminium et des résidus de café. TerraCycle se charge de faire séparer ces deux éléments chez un sous-traitant. Nous revendons l’aluminium et nous compostons le café. Nous soustrayons les revenus tirés et remboursons cette somme à Nespresso.


D.B. – Quels autres partenariats entretenez-vous ?


T.S. – Nous travaillons avec des détaillants comme Bureau en Gros. Les clients laissent en magasin les objets dont ils ne veulent plus. Bureau en Gros nous les expédie et nous les recyclons. Des villes aussi s’associent à nous. En 2013, Vancouver a lancé le premier programme de récupération de mégots de cigarette du monde. Des réceptacles ont été installés au centre-ville pour collecter les mégots. Des entreprises sociales fournissent des préposés pour vider les réceptacles. [Le programme de recyclage de mégots est aussi financé en partie par Imperial Tobacco. Cela a causé une controverse auprès de certains citoyens qui y voient une tentative d’écoblanchiment. Pour TerraCyle, c’est son modèle habituel de partenariat avec le manufacturier ou le détaillant du produit à recycler.] Nous travaillons aussi avec certains manufacturiers de vêtements, qui installent des conteneurs dans leur usine pour récupérer directement les rejets de fabrication.


D.B. – Pourquoi les entreprises travaillent-elles avec vous ?


T.S. – Les entreprises ne sont pas peuplées de vilains. On y trouve surtout des gens qui veulent bien faire, mais qui composent avec la pression de la création de valeur. Quand j’arrive à leur démontrer que recycler crée de la valeur, nous avons un partenariat. Et j’y arrive généralement. Je préférerais ne pas avoir à faire cette démonstration, pour consacrer mon énergie ailleurs. Mais c’est ainsi.


D.B. – Si votre but est d’éliminer les déchets, au lieu de vous associer à Nespresso, ne devriez-vous pas consacrer votre énergie à éliminer les dosettes de café ?


T.S. – Vous avez raison, la popularité des capsules de café démontre qu’au lieu d’évoluer, l’humanité recule. Près de 40 % du café est désormais consommé sous forme de dosettes. Les gens devraient boire leur café autrement. À défaut de pouvoir changer ce comportement, je suis pragmatique et je tente de limiter les dégâts.


D.B. – Quel est le rôle des consommateurs dans la réduction du gaspillage ?


T.S. – À court terme, on recycle le plus qu’on peut. À long terme, on achète davantage les produits qu’on juge écologiques. Et on ne consomme pas les produits qu’on estime nocifs.


D.B. – Et celui des entreprises ?


T.S. – Elles n’ont pas à attendre que le gouvernement les force à se comporter de manière responsable. Elles peuvent le faire volontairement. Depuis 2014, en Colombie-Britannique, les entreprises qui vendent des produits emballés aux consommateurs souscrivent au Multi-Material BC (MMBC). Leur cotisation finance les programmes de collecte résidentielle d’emballage, de carton et de papier dans plusieurs régions de la Colombie-Britannique.


D.B. – Quel est votre prochain défi ?


T.S. – La croissance de TerraCycle dans les pays pauvres. Notre modèle fonctionne bien dans les pays riches. Les pays pauvres, eux, n’ont pas les moyens d’investir dans le recyclage. Ils ont d’autres priorités. Bâtir des infrastructures, par exemple.


D.B. – Vous n’avez aucun budget publicitaire. Pourtant, TerraCycle a sa propre téléréalité, Human Resources. Comment avez-vous atteint cette notoriété ?


T.S. – Nous sommes des champions de la création de contenu. Et du contenu payant, en plus ! J’ai écrit trois livres, un quatrième sera publié en 2016. Nous produisons des blogues pour une trentaine de médias. Je donne des conférences. Notre logo apparaît sur l’emballage de tous les produits que nous recyclons. Human Resources est diffusée dans 30 pays. À partir de 2016, l’émission sera diffusée sur CBC.


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