Le MaaS, nouvelle obsession des transports publics

Publié le 14/06/2018 à 06:48

Le MaaS, nouvelle obsession des transports publics

Publié le 14/06/2018 à 06:48

Par AFP

Un nouveau mot est sur toutes les lèvres cette année dans les allées du salon des transports publics: «MaaS», une application mobile réunissant toutes les solutions imaginables pour se déplacer, et qui met la profession en émoi.


«Le MaaS, c'est le Graal du voyageur!», s'amuse Marie-Claude Dupuis, directrice de l'innovation à la RATP. «C'est la mise à sa disposition sur son smartphone d'une offre de mobilité multimodale, de porte à porte, personnalisée, et fluide.»


Le nom est l'acronyme anglais «Mobility as a Service», variante pour la mobilité de tous les services en «aaS» nés avec l'essor de l'infonuagique, les services informatiques dématérialisés en ligne (le plus connu étant sans doute le SaaS, pour l'utilisation de logiciels installés sur des serveurs distants).


Là où les transports en commun, vélos en libre service, taxis ou autopartage... ont progressivement lancé des applications pour leurs propres usagers, le Maas les réunit tous sur une plateforme unique, qui doit permettre de trouver le meilleur itinéraire, payer son trajet, valider son ticket, ouvrir une portière de voiture partagée ou débloquer un vélo.


«L'objectif, c'est de convaincre le voyageur d'abandonner sa voiture individuelle», souligne Mme Dupuis. «Évidemment, il faut que ça soit très flexible, et adapté aux conditions du moment, comme la météo», ajoute-t-elle: «S'il fait beau, je coche le mode marche. S'il pleut et que j'ai mes escarpins, je coche transports de bout en bout...»


Voilà pour la théorie. La mise en pratique va prendre quelques années.


Mulhouse doit lancer en septembre une application qui permettra d'utiliser les transports en commun, de sauter sur un vélo, de prendre une voiture, de se garer...


«On paiera pour tous les services en fin de mois, avec une seule facture et au tarif le plus avantageux», précise Laurent Briant, le directeur général de la société Cityway --une filiale de l'opérateur Transdev-- qui a mis le système au point. Et on pourra bien sûr suivre sa consommation en temps réel. 


Tout compris à Helsinki


Ailleurs en France, des applications offrent une partie de ces services: choix d'itinéraires (à peu près partout), éventuellement achat et validation de billets (comme à Saint-Etienne, Orléans ou Montargis), accès au covoiturage (à Rennes), et même les programmes de cinéma (à Rennes aussi).


«Il y a une dynamique mondiale, on est dans le vent», note Laurent Briant, qui cite Vienne, Hanovre, Dubaï ou Los Angeles.


La Mecque du MaaS reste Helsinki, où une application propose pour 499 euros (750$CA) par mois — c'est-à-dire ce que coûte la possession d'une voiture — transports publics, taxis (jusqu'à 5 km), autopartage et vélo illimités.


Pour créer son MaaS, il faut intégrer les activités d'acteurs publics et privés, arrimer les mobilités nouvelles, intégrer le paiement...


«Il faut récupérer de les données, mais pas que de les données à tout prix. Il faut absolument des informations fiables», souligne Pierre Calvin, président de l'association ATEC ITS France qui fédère les acteurs de la mobilité intelligente.


La ministre des transports Elisabeth Borne a justement annoncé mercredi la prochaine ouverture de l'accès aux données en temps réel des services de transport, une mesure qui sera intégrée dans la loi d'orientation des mobilités (LOM) qu'elle présentera à la rentrée.


«Tout l'enjeu, c'est qu'on sorte de l'effet popcorn, où l'on voit plein de choses intéressantes, pour arriver à une dynamique dans laquelle on arrive à déployer plus massivement toutes ces innovations», observe-t-elle.


Mme Borne veut mettre en avant les autorités organisatrices de mobilité (AOM), les agglomérations et les régions, afin que des services émergent sur l'ensemble de notre territoire d'ici 2021.


«On voudrait arriver à un modèle de Maas à la française dans lequel on fait quand même le choix de donner la main à nos autorités organisatrices, plutôt qu'à Google» et aux autres géants américains de l'internet. «L'idée est de "mutualiser les efforts et encourager les solutions interopérables entre territoires», selon elle.


Un appel à projets va être lancé cet été pour encourager les expérimentations, doté d'environ 15 millions d'euros (23M$).


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