Le tourisme gourmand comme moteur de développement économique régional, Charlevoix et l'Estrie y ont pensé avant la Gaspésie, mais c'est certainement la péninsule qui a créé le modèle le plus novateur du Québec.
Depuis 2004, les producteurs locaux ont uni leurs forces dans Gaspésie Gourmande et se sont alliés avec des complices dans les épiceries, les gîtes et les restaurants pour donner des ailes aux entreprises de l'alimentation.
«Gaspésie Gourmande marque l'abolition du clivage entre terre et mer, entre Nord et Sud, entre grandes et petites entreprises agroalimentaires, entre tourisme et agroalimentaire. Avant, les gens venaient ici pour les paysages, et la Gaspésie avait une réputation quelconque pour ce qui est de la bouffe. Ça a changé», soutient James Atkins (Atkins et frères), qui a présidé l'association Gaspésie Gourmande, de sa fondation en 2004 jusqu'en 2010.
De 31 membres au départ, l'association, financée en partie par des fonds publics, en compte aujourd'hui 139. Il y a de petits maraîchers et de grands exportateurs comme Serres Jardins Nature (deuxième producteur de tomates bios du pays), de grandes entreprises de transformation de poisson et des artisans qui vendent du caviar ou de l'hydromel.
«L'objectif était de mettre tous les gens sous un étendard commun, de faire des actions promotionnelles communes et de créer une synergie d'information et de services afin de faire progresser le carnet de commandes de chacun», explique M. Atkins, insistant sur le volet éducationnel de l'association, qui enseigne aux artisans à commercialiser leurs produits et les aide à développer de nouveaux marchés. «Avant, 85 % de ma production allait hors Québec, raconte Sylvain Tapp, qui produit 40 tonnes de choucroute lactofermentée par année à Gaspé. Maintenant, la proportion des exportations a diminué à 70 %, parce que le marché québécois s'est développé. Depuis un an et demi, grâce à Gaspésie Gourmande, je suis entré sur le marché des restaurateurs, surtout en Gaspésie.»
Une des particularités de Gaspésie Gourmande est d'avoir convaincu des membres complices dans l'hôtellerie, la restauration et les épiceries - même les grandes chaînes d'alimentation installées dans la région - de mettre en valeur la production locale.
Marketing solidaire
«Ils s'engagent à faire un marketing prioritaire de leurs voisins. On est vraiment dans une économie de solidarité et c'est très intéressant», remarque l'expert en tourisme gourmand Jean-Pierre Lemasson, professeur à l'UQAM.
Gaspésie Gourmande est aussi une route gourmande, qu'on a eu l'idée de promouvoir dans un magazine distribué partout au Québec ; initiative sans pareil en province. C'est également devenu une marque de commerce et une vitrine commune dans les salons d'alimentation, pour dépasser ce que chaque individu parviendrait à faire seul.
«L'accès aux épiceries fines et aux restaurants des villes est difficile. Imaginez le petit producteur gaspésien partir avec son bâton de pèlerin faire le tour du Québec... Se mettre ensemble pour des actions promotionnelles facilite les choses», constate James Atkins.
Gaspésie Gourmande fait la démonstration qu'on peut se faire valoir, malgré l'éloignement. La prochaine étape sera de resserrer les critères de qualité, estime Jean-Pierre Lemasson. «L'association peut commencer à exiger plus de ses membres maintenant. Elle est rendue là si elle veut garder son image de marque.»
CE QU'IL FAUT EN RETENIR
Gaspésie Gourmande démontre que les producteurs alimentaires des quatre coins de la province peuvent bâtir une image de marque forte en unissant leurs efforts.
La Gaspésie Gourmande, c'est 62 producteurs, 75 complices (restaurants, épiceries fines, supermarchés et gîtes), 3 complices hors Gaspésie (Boucherie Champfleuri et Marché Jean-Talon à Montréal, J.A. Moisan à Québec) et un magazine publié annuellement.
valérie.lesage@transcontinental.ca









