Jeu en ligne : le pari risqué de Loto-Québec

Publié le 22/09/2010 à 00:00, mis à jour le 22/09/2010 à 10:46

Jeu en ligne : le pari risqué de Loto-Québec

Publié le 22/09/2010 à 00:00, mis à jour le 22/09/2010 à 10:46

Malgré des revenus potentiels difficiles à évaluer et des coûts sociaux encore plus impondérables, Loto-Québec va de l'avant avec son offre de jeu sur Internet.


La société d'État lancera cet automne, à une date non dévoilée, des jeux en ligne de poker, de blackjack ainsi que des paris sportifs.


Le marché du jeu en ligne, qui a connu une forte croissance au cours de la dernière décennie, est plus que jamais convoité par les gouvernements de nombreux pays. Loto-Québec imite ainsi la Colombie-Britannique et les quatre provinces de l'Atlantique, qui offrent déjà des jeux sur Internet. L'Ontario emboîtera le pas en 2012. Les Pays-Bas, la Suède et l'Australie ont créé des sites de jeu en ligne au cours des dernières années, et la France, cet été.


Un goutte d'eau par rapport au bénéfice total


Loto-Québec évalue " de façon prudente " que les Québécois dépensent environ 80 millions de dollars (M$) par an dans les jeux en ligne. La société d'État se fonde sur une analyse réalisée en 2009 par le cabinet Boston Consulting Group pour le compte des sociétés de loterie de la Colombie-Britannique et de l'Atlantique. Selon cette étude, le marché du jeu en ligne atteindra un milliard de dollars (G$) en 2011 au Canada.


Loto-Québec prévoit que les dividendes annuels du jeu en ligne s'élèveront à 50 M$ de dollars en 2012. Cela équivaut à 2,5 % du dividende total de 1,25 G$ versé par Loto-Québec dans les coffres publics cette année.


" Ce n'est pas avec le jeu en ligne qu'on augmentera de façon importante les dividendes que Loto-Québec remet au Conseil du Trésor ", admet Marie-Claude Rivet, porte-parole de Loto-Québec.


Il est encore impossible de calculer le rendement potentiel de cet investissement, car la société d'État annoncera au moment du lancement de son site le montant qu'elle a consacré à cette opération.


" Les gouvernements ont tenté sans succès de contrer le jeu illégal, dit Mme Rivet. Ils ont décidé de combattre le feu par le feu et d'aller chercher, pour la société, des revenus qui sont actuellement entre les mains d'entreprises douteuses. "


Le nouveau produit de Loto-Québec étonne plusieurs observateurs. En septembre 2009, dans le magazine Reflets de société, le porte-parole de la société d'État, Jean-Pierre Roy, affirmait que Loto-Québec n'avait pas l'intention d'ouvrir un casino virtuel. " Les jeux en ligne ne seraient pas très rentables au Québec, notamment en raison de la taille modeste du marché ", soutenait-il.


Or, trois mois plus tard, le ministre des Finances, Raymond Bachand, et le président et chef de la direction de Loto-Québec, Alain Cousineau, annonçaient la création d'un site de jeu en ligne.


L'appât du gain ne serait pas la première motivation de la société d'État. Pas plus que le recul de 8 % de ses bénéfices au cours de son dernier exercice financier. " Nous voulons canaliser une offre de jeu qui existe déjà de façon illégale ou douteuse ", insiste Mme Rivet. Les Québécois ont accès à plus de 2 000 sites de jeux de hasard que Loto-Québec considère comme illégaux.


Pourquoi tant de presse ?


Si les espoirs de bénéfices ne sont pas mirobolants, pourquoi Loto-Québec est-elle si pressée d'aller de l'avant avec le jeu en ligne ?


" On n'aurait pas dû aller aussi vite ", juge le chercheur indépendant Jean Leblond, spécialiste des questions liées au jeu pathologique. " Nous manquons d'information sur les conséquences du jeu en ligne ", dit Isabelle Giroux, directrice du Centre québécois d'excellence pour la prévention et le traitement du jeu. Ces propos font écho aux 18 directions de la santé publique qui avaient réclamé, au printemps dernier, un moratoire sur le jeu en ligne.


Les intervenants en matière de jeu pathologique craignent qu'en transformant chaque foyer québécois en casino potentiel, ces tables virtuelles de poker ou de blackjack n'attirent de nouveaux joueurs : ceux qui n'auraient jamais osé miser sur un site illégal.


" Le débat ressemble à celui qu'il y a eu lorsque Loto-Québec s'est intéressée aux loteries vidéo, dit Mme Giroux. Quand Loto-Québec a installé des machines de loterie vidéo, elle a attiré une clientèle différente. Par exemple, le jour où cela a été géré par une société d'État, de plus en plus de femmes ont commencé à jouer aux loteries vidéo. " Parmi ces nouveaux adeptes se cachent de nouveaux joueurs compulsifs, ajoute Mme Giroux.


Quant aux coûts sociaux du poker virtuel légalisé, on ne les connaîtra que dans quelques années.




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