Entrée massive des femmes dans le boys' club

Offert par Les Affaires


Édition du 03 Décembre 2016

Entrée massive des femmes dans le boys' club

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Édition du 03 Décembre 2016

« Même si la parité n’existe pas encore, elle s’en vient », affirme Maude Lavoie, première directrice en certification chez Richter.

Le milieu de la comptabilité, longtemps apparu comme un boys' club, s'ouvre de plus en plus aux femmes. Et la nouvelle génération - hommes comme femmes - souhaite que le secteur évolue pour faciliter une meilleure conciliation travail-famille.


 Avec ses 54 % de femmes parmi ses associés, le cabinet Mazars fait figure d'exception dans le milieu des firmes comptables. Une situation qui s'est installée «naturellement», selon l'associé directeur, Serge Principe. Le cabinet a tout de même mis en place diverses mesures favorables aux femmes, telles qu'une clause permettant aux associés de partir en congé parental sans baisse de rémunération, alors qu'auparavant «ils étaient pénalisés».


Dans les autres cabinets, le taux de féminisation de l'ensemble des associés est généralement plus bas. Ainsi, il s'élève à 17 % chez Richter et à 30 % chez PwC, par exemple.


Les cabinets comptables continuent d'être majoritairement dirigés par des hommes. Cependant, «l'idée du boys' club est révolue», affirme Stéphanie Leblanc, associée en transactions au bureau de Montréal de PwC. Les femmes arrivent en nombre dans la profession. «Dans nos classes, la clientèle est composée en général de 60 % de femmes», souligne Antonello Callimaci, vice-doyen aux études de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.


Cependant, elles sont encore souvent moins nombreuses que les hommes aux postes de direction et dans les assemblées d'associés, une fonction acquise après un long parcours exigeant. «Les femmes réussissent à se tailler une place qui va être de plus en plus importante, juge Geneviève Mottard, présidente et chef de la direction de l'Ordre des comptables professionnels agréés (CPA) du Québec. La réalité, c'est qu'il y a encore un problème, puisque nous n'avons pas encore atteint la parité, mais c'est en train de changer.»


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Un système mis en place par les hommes... pour les hommes


Le problème : «On travaille encore selon un système mis en place par les hommes, puisque ce sont eux qui dirigeaient et ont donc mis en place les règles de fonctionnement», souligne Mirella Pisciuneri, associée chez Richter.


Aujourd'hui encore, ce sont les heures facturables qui sont le critère pour juger des résultats d'un CPA dans les cabinets, et le parcours qui mène à la nomination d'associé «exige beaucoup de sacrifices», reconnaît Antonello Callimaci. Des sacrifices en temps consacré au travail et pas à la famille.


Une réalité qui peut freiner les femmes lorsqu'elles partent en congé de maternité, mais aussi quand elles veulent s'occuper de leurs enfants en maintenant un équilibre avec leur carrière. «L'enjeu est de les garder dans le cabinet pour qu'elles atteignent des postes de direction, qui les mèneront ensuite à des fonctions d'associées», constate Mirella Pisciuneri.


«Ce n'est pas facile de briser les moules, mais on n'est pas obligés de travailler sur le même modèle que celui des 150 dernières années. Le milieu a besoin des femmes. Leur arrivée massive dans la profession sera l'occasion de faire changer les choses de l'intérieur», croit Mme Mottard.


Les habitudes pourraient même être bousculées plus vite que prévu, car aujourd'hui, la conciliation travail-famille et un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle ne sont pas les préoccupations des femmes seulement.


«Dans les nouvelles générations, c'est autant l'homme que la femme qui met l'accent là-dessus», dit Antonello Callimaci. Une réalité partagée par les dirigeants des cabinets, qui misent de plus en plus sur la flexibilité des horaires.


«Ma préoccupation en tant qu'associé directeur est de permettre aux hommes comme aux femmes de pouvoir bien concilier travail et famille. Cela peut vouloir dire de faire en sorte que l'homme soit à la maison pour s'occuper d'un enfant malade afin que la femme, elle, reste au travail», affirme Nicolas Marcoux, associé directeur national, bureau de Montréal et grandes villes, à PwC.


Geneviève Mottard, présidente et chef de la direction de l’Ordre des CPA du Québec.

Les femmes se battent aussi contre elles-mêmes


N'empêche, les femmes se sentent encore souvent un peu seules dans un monde d'hommes.


«Quand on arrive dans une réunion, il n'est pas facile de s'intégrer à une gang de gars qui parlent de hockey», lance en souriant Maude Lavoie, 33 ans.


Célibataire et sans enfant, elle est première directrice en certification chez Richter. Elle a toujours accordé la priorité à son travail. «Je n'aurais probablement pas la même carrière si j'avais une famille. Je pouvais souvent accepter le travail qu'on me proposait ; on me donnait des défis parce qu'on savait que j'étais disponible», précise-t-elle.


Elle reconnaît que des barrières naturelles freinent les femmes dans leur ascension, comme la timidité ou le manque de confiance en elles. «On est parfois notre propre ennemi. Quand je pars à 16 h 30, je culpabilise et j'ai l'impression que tous les regards - désapprobateurs - sont tournés vers moi, alors que le regard des autres a changé. Et quand je reste jusqu'à 23 h, personne n'est là pour le voir», explique-t-elle.


Finalement, les femmes sont optimistes. «Les hommes sont prêts à nous faire de la place, car ils se rendent compte que c'est une bonne stratégie», affirme Stéphanie Leblanc.


«Pour faire du développement des affaires, on a besoin d'équipes dans lesquelles règne la diversité afin de pouvoir s'adresser à tous les clients. Il y a de plus en plus de diversité parmi nos clients qui nous demandent à nous aussi de représenter cette diversité», ajoute-t-elle.


Le mouvement est bien enclenché. Maude Lavoie en est persuadée : «Notre génération ne voit pas de différence entre les hommes et les femmes. Les hommes prennent des congés de paternité et s'occupent des enfants comme les mères. Même si la parité n'existe pas encore, elle s'en vient.»


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