Le cholestérol, une maladie imaginaire inventée par les pharmaceutiques?

Publié le 14/02/2013 à 06:59, mis à jour le 14/02/2013 à 07:06

Le cholestérol, une maladie imaginaire inventée par les pharmaceutiques?

Publié le 14/02/2013 à 06:59, mis à jour le 14/02/2013 à 07:06

Par AFP

«La Vérité sur le cholestérol», un livre qui pourfend les bienfaits des traitements anti-cholestérol comme le Lipitor, de Pfizer. Photo: Bloomberg

Le Professeur Philippe Even lance une nouvelle offensive contre les médicaments anti-cholestérol, qu'il juge beaucoup trop prescrits, dans un ouvrage qui sort cinq mois après un best-seller polémique sur les médicaments.


«Il n'y a aucun exemple, dans toute l'histoire du médicament d'hier et d'aujourd'hui, d'un dérapage scientifique et éthique comparable et d'une cascade de tromperies aussi moralement choquantes», écrit le pneumologue dans «La Vérité sur le cholestérol», qui sort le 21 février aux Editions du Cherche midi.


Pour lui, le cholestérol pourrait bien être un ennemi imaginaire contre lequel des millions de personnes se battent pour rien depuis des années. «Le cholestérol, affirme-il dans son ouvrage, est sans danger, les statines (médicaments anti-cholestérol) ne servent à rien et l'infarctus ne tue guère qu'après 75 ans».


Il s'agirait tout simplement d'une «maladie de bonimenteurs» inventée par l'industrie pharmaceutique pour engranger des profits colossaux.


Près de cinq millions de Français prennent actuellement des statines, un marché évalué à 2,67 G$ CA pas an, soit un quart du déficit de l'assurance maladie, selon le Pr Even. Au niveau mondial, le marché atteindrait 33,4 G$ CA par an, avec plus de 200 millions de malades traités.


Commercialisées depuis une vingtaine d'année, les statines sont prescrites pour faire baisser le taux de cholestérol et prévenir ainsi les risques cardiovasculaires, notamment en cas d'antécédent cardiaque. Mais elles sont également de plus en plus largement prescrites à titre préventif, dès lors que le taux de cholestérol du patient dépasse certaines normes.


Des sceptiques


Le Pr Even estime pour sa part que le «rôle direct» du cholestérol dans la formation des plaques d'athérome sur la paroi des artères - à l'origine d'accidents cardiovasculaires comme l'infarctus ou l'accident vasculaire cérébrale - n'a pas été démontré à ce jour.


Il dénonce également le mythe du "mauvais" comme du "bon" cholestérol ainsi que les études épidémiologiques «biaisées, biseautés et travesties» et une cinquantaine d'essais cliniques réalisés depuis 20 ans qui n'ont, selon lui, pas permis de conclure à l'efficacité des statines.


Le pneumologue reconnaît toutefois que les statines peuvent être utilisées «au bénéfice du doute» chez les patients ayant un taux de cholestérol égal ou supérieur à 3g/l, un taux très élevé.


Le débat sur l'intérêt des statines n'est pas nouveau : dès 1997, le Pr Marian Apfelbaum, un nutritionniste, affirmait que le cholestérol était «injustement promu au rang d'ennemi public». Le cardiologue Michel de Lorgeril, chercheur au CNRS à Grenoble clame lui aussi depuis près de 15 ans que le cholestérol «n'est pas une maladie», mais «une invention» des laboratoires pharmaceutiques.


Ebranlés par des études qui contestent les bénéfices de statines, notamment sur les patients ne présentant pas d'antécédent cardiaque, 98 chercheurs internationaux indépendants se sont regroupés en 2002 au sein du Thincs (the International Network of Cholesterol Skeptics).


Dans son ouvrage précédent, «le Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux» écrit avec le Pr Debré, le Pr Even avait déjà lancé une salve contre la sur-prescription de statines en France en dépit de leurs complications musculaires ou hépatiques.


Mais les prises de position du Pr Even sont largement contestées par les cardiologues. Selon le Pr Nicolas Danchin, chef du service des maladies coronaires de l'hôpital européen Georges Pompidou, interrogé jeudi par France Info, il y a des «preuves absolument incontestables que non seulement elles (les statines) diminuent le risque de faire un accident cardiaque, mais aussi qu'elles augmentent l'espérance de vie».


Le Pr Claude le Feuvre, président de la Fédération française de cardiologie, reconnaît pour sa part dans le Nouvel Observateur que le cholestérol n'est qu'un des nombreux facteurs impliqués dans les maladies cardiovasculaires. Mais il estime également «bien établi» qu'en réduisant le taux de cholestérol chez les patients ayant déjà connu des incidents coronariens «on réduit leur probabilité de rechute, ce qui semble corroborer un lien de causalité direct» entre le cholestérol et la formation des plaques d'athérome.

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