La prédiction techno de Julien Brault: La fin de l'expérience La Presse +

Publié le 30/12/2014 à 16:16

La prédiction techno de Julien Brault: La fin de l'expérience La Presse +

Publié le 30/12/2014 à 16:16

La Presse + jouit d’un vif succès populaire. Il est bien mérité et n’a rien d’étonnant. Le mal qui gangrène l’industrie des médias n’est pas le reflet de l’intérêt réel des lecteurs pour l’information de qualité. Or, même si l’application a été installée sur 500 000 tablettes, cela ne change en rien à la maladie congénitale de La Presse +.


Ce qui se passera en 2015 selon les journalistes de Les Affaires


Ce qui finira par signer son arrêt de mort, du moins dans sa forme actuelle, c’est son hypothèse de départ. Ce n’était pas réaliste de penser que, pour annoncer sur La Presse+, les annonceurs paieront des tarifs comparables à ceux payés pour les publicités papier, qui sont encore largement surévalués.


Plus que jamais, le marché publicitaire est mondial, et c’en est un où la croissance de l’offre (numérique) fait baisser les prix trimestre après trimestre. En misant exclusivement sur les revenus publicitaires, La Presse + concurrence une ribambelle d’entreprises générant du trafic grâce à du contenu acquis à moindre coût. Et avec son imposante salle de presse, elle affronte ces concurrents avec une structure de coûts insoutenable.


Dans les faits, La Presse+ rivalise avec des géants tels Facebook (contenus générés par les utilisateurs), BuzzFeed (agrégation de contenus) ou encore Flipboard (contenus sous licence).


Plus tôt que tard, la réalité du marché publicitaire mondial va rattraper le média montréalais, qui n’aura d’autres choix que de repenser sa stratégie numérique. Son propriétaire, le conglomérat Power Corporation (Tor., POW) a beau être très rentable, il compte aussi des actionnaires.


PLUS: Où s'en va financièrement La Presse+?


D’ailleurs, l’histoire récente démontre que même les mécènes aux poches les plus profondes et les mieux outillés semblent avoir du mal à créer un modèle d’entreprise autour du journalisme de qualité, qui a le désavantage d’être dispendieux.


Le cofondateur de Facebook, Chris Hugues, s’est impatienté en voyant les pertes annuelles du magazine The New Republic, qu’il avait acheté en 2012, atteindre les 5M$US. Les mises à pied qu’il y a faites récemment ont ainsi mené à une démission massive de ses journalistes.


First Look Media, un projet de 250M$US initié par le fondateur d’eBay, Pierre Omidyar, n’a pas plus rempli ses promesses. La société, qui devait miser sur le journalisme de qualité, a embauché plusieurs journalistes de renom, dont plusieurs ont quitté le navire quelques mois après leur embauche. Le magazine Racket, qui devait être lancé par First Look à l’automne 2014, a implosé avant même son inauguration, en raison du départ de son rédacteur en chef.


Plateforme technologique


Même si La Presse a réussi à convaincre le Toronto Star d’utiliser sa technologie pour lancer son édition tablette, il me semble peu probable que le quotidien de la rue Saint-Jacques se transformera soudain en éditeur de logiciels. C’est d’autant moins vraisemblable que ladite technologie s’adresse à des clients potentiels dont les revenus s’effondrent trimestre après trimestre.


Si La Presse parvenait à créer une division spécialisée dans les logiciels de production de magazines pour tablettes rentable, peut-on s’attendre à ce que cette dernière éponge les pertes d’exploitation du secteur média de l’entreprise ad vitam aeternam? Cette division ne serait-elle pas plutôt essaimée afin de poursuivre sa croissance, qui ne pourrait venir que de l’étranger ?


Bref, si La Presse+ se révélait un succès financier dans sa forme actuelle, l’éditeur de La Presse, Guy Crevier, passerait à l’histoire comme un visionnaire de l’envergure de Steve Jobs. Il aurait ainsi vu quelque chose ayant échappé aux esprits les plus brillants de ce monde. Malheureusement, tout porte à croire qu’on se souviendra de lui comme d’un éditeur audacieux, dont le pari a rallié les lecteurs québécois, mais qui n’avait aucune chance face aux forces qui sont en train de redéfinir l’industrie mondiale de la publicité.


Ce qui se passera en 2015 selon les journalistes de Les Affaires

À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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