Les aciéristes canadiens sont en colère


Édition du 23 Novembre 2013

Les aciéristes canadiens sont en colère


Édition du 23 Novembre 2013

Par François Normand

Exaspérée de se faire exclure de projets d'infrastructures à l'étranger et au pays, l'industrie canadienne de l'acier demande au Canada de menacer ses partenaires commerciaux d'imposer des exigences de contenu local. Une stratégie pour les forcer à ouvrir davantage leur marché, surtout aux États-Unis.


«Nous ne voulons pas d'un Buy Canada, précise Martin Lavoie, directeur des politiques, productivité et innovation chez les Manufacturiers et exportateurs du Canada (MEC). Nous voulons simplement qu'Ottawa traite les entreprises étrangères de la même manière que leurs gouvernements traitent nos propres entreprises !»


Si un pays limite l'accès à nos aciéristes dans ses projets d'infrastructures, le Canada devrait faire la même chose avec les sociétés de ce pays voulant faire des affaires sur le marché canadien. Mais si un pays ouvre son marché, ouvrons le nôtre. «Nous demandons la réciprocité», résume Martin Lavoie.


Dans une lettre envoyée au gouvernement Harper, le 7 octobre, trois lobbys représentant l'industrie de l'acier - les MEC, l'Institut canadien de la construction en acier et l'Association canadienne des producteurs d'acier - exhortent d'ailleurs Ottawa à se servir de ses futurs investissements en infrastructures au pays comme d'un levier de négociation avec les Américains.


Depuis 2007, le gouvernement fédéral a investi plus de 33 milliards de dollars au pays par l'intermédiaire du programme Infrastructure Canada. Et dans les 10 prochaines années, Ottawa investira 53 G$ supplémentaires. Une manne pour les aciéristes, peu importe où ils se trouvent dans le monde.


Selon les trois lobbys, en mettant ces investissements dans la balance, le gouvernement pourrait s'assurer que «les entreprises canadiennes compétitionnent, sur une base équitable et réciproque, avec des concurrents internationaux dans la fourniture de biens, de services et de nouvelles technologies pour des projets d'infrastructures, et ce, au Canada et dans le marché d'exportation».


Joint par Les Affaires, le cabinet de Denis Lebel, ministre de l'Infrastructure, des Collectivités et des Affaires intergouvernementales, n'a pas voulu commenter. «Je peux vous confirmer que la lettre a été reçue et qu'une réponse sera transmise prochainement», s'est contenté d'indiquer la porte-parole, Marie-Josée Paquette.


Exigences de contenu local


Si les aciéristes canadiens saluent l'ajout de 53 G$, ils grincent toutefois des dents à l'idée que des fabricants d'acier étrangers décrochent une part importante de ces contrats au Canada, alors qu'ils se voient, eux, refuser une partie du marché des infrastructures en Asie et aux États-Unis, en raison de la clause du Buy American Act.


«Ces pratiques limitent le potentiel des entreprises canadiennes de profiter de ces occasions d'affaires, ce qui empêche les manufacturiers canadiens de croître, d'innover et de compétitionner à l'international», peut-on lire dans la lettre envoyée au gouvernement Harper et dont Les Affaires a obtenu copie.


Au Canada, des clauses telles que le Buy American Act - imposant des retombées locales - n'existent pas dans les programmes d'infrastructures. Par contre, pour certains projets de transport public, il peut y avoir des exigences de contenu local. L'acquisition de nouvelles voitures du métro de Montréal en est un bon exemple. Le consortium Bombardier-Alstom - qui a des usines au Québec - a décroché le contrat.


Robin Lapointe, vice-président de Structal-ponts, une division du groupe Canam, affirme que le gouvernement fédéral devrait également imposer des exigences de contenu local pour les projets d'infrastructures, au premier chef pour le prochain pont Champlain, reliant Montréal à la Rive-Sud. «Ce serait assurément dans notre intérêt de voir certaines clauses assurant des retombées locales dans le futur appel d'offres», explique-t-il.


Pour illustrer ce qui cloche selon lui au Canada, il cite deux projets de ponts dans l'Ouest canadien, dont les contrats de fourniture d'acier ont été octroyés à des aciéristes asiatiques ; Camam faisait partie des soumissionnaires. Or, il est difficile pour des entreprises canadiennes de réaliser des contrats en Asie.


Le premier projet, au milieu des années 2000, consistait à construire un pont à Vancouver, le Golden Ears Bridge. C'est le manufacturier chinois de structures d'acier, ZPMC, qui a gagné l'appel d'offres.


Le deuxième projet de pont, le Walterdale Bridge, à Edmonton, a été décroché par l'aciériste sud-coréen Daewoo International. Un contrat qu'il a remporté conjointement, ce printemps, avec le constructeur espagnol d'infrastructures Acciona Canada.


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