C2 Montréal: le laboratoire mexicain trop clandestin

Publié le 26/05/2017 à 11:14

C2 Montréal: le laboratoire mexicain trop clandestin

Publié le 26/05/2017 à 11:14

Par Matthieu Charest

Vue du Mexique de l'espace [123RF]

Gigantesque et chaotique, Mexico est aux prises avec de sérieux problèmes. La congestion routière et la pollution, notamment, plombent ce qui est sans doute l’une des plus belles et plus vibrantes capitales du monde.


Pour lécher ses plaies, la ville s’est dotée du Laboratorio para la Ciudad [laboratoire pour la ville].


Avec ses 8,9 millions d’habitants, et plus de 20 millions dans la zone métropolitaine, selon l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), Mexico est l’une des plus grandes villes dans le monde. Sa population équivaut plus ou moins à celles du Québec et de l’Ontario, ensemble.


En outre, son altitude élevée et sa situation géographique, sise dans une cuvette entourée de montagnes, font d’elle une candidate idéale pour subir tous les aléas de la pollution atmosphérique.


Et ce n’est là qu’un échantillon des problèmes auxquels la capitale est confrontée. Pauvreté, insécurité et intolérance sont le lot de ses citoyens, les defeños. Du moins, des citoyens qui n’ont pas la chance d’habiter les beaux quartiers de Polanco ou de Sante Fe, en périphérie.


Bien sûr, pour une mégalopole de cette envergure, impossible de faire sans obstacle. Suffit de constater les problèmes de Montréal, qui compte à peine 2 millions de personnes, pour s’en rendre compte.


Mais qu’à cela ne tienne. En 2013, ce qui était alors le gouvernement du district fédéral met sur pieds le Laboratorio para la Ciudad. Un «think tank», ou laboratoire d’idées et d’initiatives expérimentales permanent afin que les citoyens s’impliquent et travaillent avec les instances gouvernementales dans la recherche de solutions novatrices.


À la tête de cette étrange créature: Mme Gabriella Gómez-Mont. Une auteure, artiste visuelle et spécialiste du design urbain, entre autres. De passage à Montréal pour l’événement C2, Les Affaires l’a attrapé au vol.


Des actions concrètes


«Nous sommes une vingtaine de personnes, explique-t-elle d’entrée de jeu. Consciente du côté étrange, ou plutôt insaisissable, de son organisation. Au premier regard, du moins. Nous venons de tous les milieux. J’ai des artistes, des architectes, des activistes, des urbanistes, etc. Toutes sortes de gens! C’est une équipe assez éclatée.»


Une bande hétérogène qui tente de faire le pont entre le gouvernement de la Ville, qui est passée de district fédéral à sorte de «cité état», et les citoyens.


«Nos concitoyens se méfient beaucoup du gouvernement, explique-t-elle. Mais nous réussissons à les impliquer. Nous sommes un lieu de rencontre entre le pouvoir et les gens. Et puisque la moitié de nos fonds proviennent de dons privés, cela nous confère une certaine indépendance», croit-elle.


Et ça fonctionne. En quelques quatre années d’existences, le Laboratorio para la Ciudad a mené plusieurs actions et projets dans la capitale.


Le Zócalo [123RF]


Parmi ses réussites, l’organisme a réuni plus de 4000 citoyens afin de cartographier les trajets des autobus privés qui circulent sur le territoire. «C’est devenu le premier projet de mégadonnées ouvertes quant au transport en commun dans la ville», explique Mme Gómez-Mont.


Le laboratoire a aussi permis de concevoir une application, Traxi, qui permet aux utilisateurs de détecter les taxis illégaux en numérisant les plaques d’immatriculation. À Mexico, ces taxis, conduits par on ne sait qui, seraient au nombre de 20000. De quoi contribuer à réduire le sentiment d’insécurité.


Par ailleurs, l’organisation a réussi à fermer de larges pans d’autoroutes surélevées en plein cœur de la ville. L’idée: permettre aux citoyens d’y circuler à pied ou à vélo afin d’imaginer ce que serait un monde sans voitures.


Autre projet marquant: le laboratoire a convaincu la Ville de permettre aux citoyens de fermer eux-mêmes leurs rues, afin de laisser les enfants jouer en toute sécurité à l’extérieur.


Quant à la congestion routière, Gabriella Gómez-Mont nous sourit lorsqu’on lui parle de trafic au Québec. «C’est vraiment “cute” que vous pensiez avoir un problème. (Rires) À Mexico, c’est absolument infernal. Mais avant de réduire la congestion, nous devons nous attaquer à la sécurité des piétons et des cyclistes. C’est la première cause de mortalité évitable chez nos jeunes.» 


De quoi sonner des cloches chez tous les citadins québécois. Et si la taille de nos villes est insignifiante par rapport à Mexico, peut-être devrions-nous songer à importer leur concept.


«C’est très simple, explique la directrice du Laboratorio para la Ciudad. Nous avons compris qu’il fallait libérer le talent de nos citoyens. Nous permettons aux gens de participer à la recherche de solutions, et ils ont envie de s’impliquer, dans la mesure où ils ont l’espace pour le faire».


 

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