Pourquoi le Canada doit réinventer son modèle de développement des infrastructures

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Novembre 2017

Pourquoi le Canada doit réinventer son modèle de développement des infrastructures

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Édition du 11 Novembre 2017

[Photo : 123RF]

Selon le Forum économique mondial, le Canada occupe actuellement le 23e rang quant à la qualité de son réseau d'infrastructures. Ainsi, près de 20 % de ses infrastructures de transport et de bâtiment sont dans un état critique. Cette situation réduit le potentiel de croissance de l'économie canadienne et accroît les dépenses de maintenance. Selon notre expérience, ces dépenses peuvent augmenter dans des proportions atteignant plus de 20 % pour les réseaux les plus anciens. La nécessité de réinventer le modèle de développement des infrastructures canadiennes s'impose.


Par Dominique Gautier,MBA,associé principal, Roland Berger Canada, responsable mondial de la pratique Services publics et gouvernementaux et détenteur d’une maîtrise en géopolitique du CEDS (Centre d’études diplomatiques et stratégiques, Paris).


Devant ce défi, le gouvernement canadien a lancé un plan global pour faire des infrastructures un levier de compétitivité et de croissance : d'ici 2028, 185 milliards de dollars (G $) d'investissements publics devraient être réalisés, en particulier dans les transports urbains (29 G $) et les énergies renouvelables (27 G $). Les provinces ont aussi prévu accroître leurs dépenses annuelles, respectivement de plus de 5 % au Québec et de 12 % en Ontario d'ici cinq ans. Le gouvernement fédéral a annoncé la création d'une banque spécialisée dans les infrastructures, dotée de 35 G $ de fonds propres, et étudie la possibilité de lancer un programme de privatisation. Enfin, Ottawa souhaite que les grands investisseurs institutionnels canadiens contribuent au déploiement de cette initiative.


Ces derniers suivront-ils le mouvement ? Sans doute, à condition qu'ils ne se contentent pas simplement d'investir et qu'ils inventent, avec les pouvoirs publics, de nouveaux modèles d'intervention. Au Canada, les 10 plus grands fonds de pension détiennent 8 % de leurs actifs dans les infrastructures (102 milliards de dollars pour 1,3 billion de dollars d'actifs sous gestion), soit un point de pourcentage de plus que la moyenne mondiale des grands institutionnels comparables. Leur portefeuille est aujourd'hui principalement constitué d'actifs qui sont en opération (brownfield) plutôt à l'extérieur du Canada.


Cela n'est pas étonnant, car le niveau de risque est moins grand que dans les nouveaux projets (greenfield) et le rendement est en moyenne supérieur dans les pays émergents. Selon notre expérience, dans le domaine des transports, par exemple, on observe dans ces pays des taux de rentabilité interne parfois deux fois supérieur à ceux des pays avancés - de 18 % à 20 % contre 10 % à 12 %.


Dans ces conditions, c'est la modernisation des modes d'intervention des investisseurs institutionnels qui permettra d'atteindre les résultats attendus. Dans l'environnement d'affaires actuel, elle peut prendre trois directions :


1. Sécuriser très en amont le tandem rendement- risque en s'engageant dans les choix stratégiques des solutions d'infrastructures à développer.


La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui souhaite se renforcer dans les infrastructures - celles-ci représentent seulement 5 % de son portefeuille, soit 15 G $ -, a lancé ici ce mouvement en créant CDPQ Infra pour bonifier le pipeline de projets aux côtés du gouvernement du Québec et pour prendre en charge tout le processus de développement des infrastructures, de la planification à la maintenance. Le Réseau électrique métropolitain (REM) est un banc d'essai ambitieux qu'il faudra transformer.


2. Prendre des positions sur des actifs qui présentent un bon potentiel à long terme dans les technologies de rupture.


La plupart des grands projets d'infrastructures, notamment dans les énergies renouvelables, le transport inter/intra-urbain ou l'électrification de la mobilité, vont créer des ruptures fondamentales. Ces projets s'accordent parfaitement avec l'ambition de certains grands fonds de pension de définir les défis à long terme, de créer les champions globaux de demain et d'obtenir du rendement dans des secteurs économiques où le premier entrant possédera un fort avantage compétitif.


3. Investir dans des projets à fort contenu socialement responsable.


À l'instar du développement de l'investissement responsable chez certains grands fonds de pension globaux, par exemple APG aux Pays-Bas (455 G $ US d'actifs sous gestion), l'allocation d'actifs dans les infrastructures qui répondent à des critères d'investissement socialement responsable (ESG) doit constituer un axe stratégique fort. Les entreprises qui respectent les bonnes pratiques de gouvernance performent progressivement mieux que les autres. Celles qui intégreront ces facteurs créeront à terme un surcroît de valeur, en accord avec les exigences de rendement et de développement durable de leurs parties prenantes.


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