Les libéraux doivent contrôler les déficits qui se profilent à l'horizon, sinon...


Édition du 19 Décembre 2015

Les libéraux doivent contrôler les déficits qui se profilent à l'horizon, sinon...


Édition du 19 Décembre 2015

Par Jean-Paul Gagné

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Les électeurs canadiens ont confié la gestion de leur pays au Parti libéral pour plusieurs raisons, mais aucune d’elles n’a prévalu dans leur décision prise le 19 octobre.


En effet, les deux tiers des Canadiens ne faisaient déjà plus confiance au gouvernement Harper. Ils désiraient du changement, ils voyaient que l’équipe de Justin Trudeau en offrait davantage que celle de Thomas Mulcair et ils ne leur répugnaient pas d’avoir à vivre avec quelques années de déficit budgétaire. Un déficit qu’on allait contrôler grâce à un retour à l’équilibre budgétaire lors de la dernière année du mandat du gouvernement.


Or, nous avons déjà la confirmation que le gouvernement fédéral est ou sera bientôt en déficit indépendamment des promesses libérales. Selon les données présentées par le ministre des Finances, Bill Morneau, le déficit de l’exercice qui se terminera le 31 mars 2016 atteindra 3 milliards de dollars. À l’opposé, le directeur parlementaire du budget, qui est neutre, prévoit un surplus de 1,2 G$ pour l’exercice en cours et un déficit de 3 G$ en 2016-2017. Lequel a raison ? Difficile à dire, mais on sait que la tendance est négative et qu’il faut déjà s’en préoccuper.


L’équipe Trudeau nous avait dit que la baisse du taux d’impôt de 22 % à 20,5 % pour la tranche de revenu imposable allant de 45 282 $ à 90 563 $ allait réduire les recettes fiscales d’un montant équivalant au gain résultant de la hausse de 29 % à 33 % du revenu imposable supérieur à 200 000 $. Néanmoins, il est maintenant manifeste que ces mesures produiront plutôt un manque à gagner net de 1,43 G$ en 2016-2017, montant qui croîtra jusqu’à 1,72 G$ en 2020-2021. En ajoutant l’effet de la baisse du plafond du CELI de 10 000 $ à 5 500 $ par an, en rajustant le crédit d’impôt pour dons de bienfaisance et en tenant compte de modifications corrélatives, on en arrive à un coût net final pour l’État de 1,27 G$ pour l’exercice 2016-2017. Le coût de ces mesures restera à peu près stable au cours des quatre années qui suivront. Au total, le manque à gagner du gouvernement devrait atteindre 6,6 G$ d’ici au 31 mars 2021, ce qui est suffisant pour mettre en échec le plan financier envisagé par l’équipe Trudeau.


Des engagements très coûteux


Le programme libéral comprend des engagements coûteux : une allocation pour les familles avec enfants qui gagnent moins de 150 000 $, qui débutera en juillet 2016 et dont le coût est estimé à 4 G$ par année ; un programme de financement de 125 G$ en 10 ans pour des infrastructures dans le transport collectif et d’autres équipements ; un programme d’accès à l’éducation pour les Premières Nations de 2,6 G$ en quatre ans ; des mesures d’aide aux anciens combattants de 300 millions de dollars par année, deux programmes d’aide à l’innovation et à la recherche industrielle qui totalisent annuellement 300 M$, une révision des transferts aux provinces pour les dépenses de santé ; une baisse du taux d’impôt sur les bénéfices des petites entreprises de 11 % à 9 % ; une hausse de 150 M$ du financement annuel de Radio-Canada ; une majoration de 180 M$ du budget annuel du Conseil des arts.


La future commission d’enquête sur les assassinats et les disparitions de femmes autochtones coûtera plusieurs dizaines de millions de dollars. L’accueil des 25 000 réfugiés syriens (il est maintenant question de porter leur nombre


à 50 000) coûtera des centaines de millions. Ottawa versera également 100 M$ au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Ottawa récupérera toutefois 2 G$ par année en éliminant le fractionnement du revenu pour les familles avec enfants.


S’ils sont tous réalisés rapidement, ces engagements risquent de faire exploser les déficits de plusieurs exercices à venir, d’autant plus que les prévisions de croissance du PIB nominal ont été revues à la baisse, ce qui réduira les recettes du gouvernement. Pourtant, l’effondrement du prix des métaux et du pétrole canadien à environ 30 $ le baril laissent croire que les revenus de l’État continueront d’être touchés.


Quand les libéraux ont proposé de porter le déficit du gouvernement à 10 G$ pendant quelques années et de revenir à l’équilibre budgétaire à la dernière année de leur mandat, il n’était pas prévu que le ralentissement de la croissance allait se répercuter aussi durement sur les finances de l’État. Au moment où l’horizon s’assombrit, Bill Morneau soutient que le retour à l’équilibre était un « objectif » et non un engagement. Il avance aussi le critère du ratio de la dette par rapport au PIB, actuellement à 31 %, que son gouvernement veut porter à 27 %. Cependant, Ottawa pourrait se permettre d’accroître la dette significativement en ne portant ce ratio qu’à 29 % si l’économie croissait raisonnablement.


Mais celle-ci peut plutôt ralentir davantage. Selon trois économistes de l’Institut Fraser, une telle éventualité ajouterait annuellement de 10 à 15 G$ aux déficits de 10 G$ déjà envisagés.


Si cette possibilité se concrétisait, la crédibilité du gouvernement Trudeau s’en trouverait détériorée, ce qui pourrait menacer sa réélection. Cela fait beaucoup de « si », mais ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir ?


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J’aime


Les raffineries de Suncor à Montréal-Est et de Valero à Lévis sont alimentées par du pétrole canadien, un avantage important pour notre économie. Ce pétrole est acheminé par oléoduc, un moyen de transport plus sécuritaire que le chemin de fer, et par des navires à double coque et compartimentés, conduits par des pilotes québécois expérimentés. Cette solution n’est pas sans risque, mais elle est préférable à l’importation de pétrole pour alimenter ces raffineries.


Je n’aime pas


Malgré l’avertissement de la Commission des relations du travail, selon lequel leur grève serait illégale, des cols bleus de Montréal ont débrayé le 8 décembre. Ce geste marque le retour des actions illégales et de l’intimidation commises à l’époque où ce syndicat était dirigé par Jean Lapierre. Heureusement, la Ville a décidé de sévir pour freiner l’escalade qui semble s’annoncer.


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