Jean-François Lisée précise sa vision économique

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Octobre 2016

Jean-François Lisée précise sa vision économique

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Octobre 2016

Par Stéphane Rolland

Jean-François Lisée. [Photo : Martin Flamand]

Si le Parti québécois (PQ) formait le prochain gouvernement, Jean-François Lisée modifierait sensiblement le paysage socioéconomique du Québec. Le neuvième chef du parti souverainiste augmenterait graduellement le salaire horaire minimum à 15 $, mettrait au pas la machine bureaucratique afin qu'elle réduise la paperasse que doivent remplir les entrepreneurs, forcerait le Mouvement Desjardins à abaisser la rémunération de son dirigeant et modifierait le mandat de la Caisse de dépôt et placement du Québec. L'aspirant premier ministre serait également prêt à piger dans le Fonds des générations pour stimuler l'économie, si nécessaire.


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En entrevue éditoriale avec Les Affaires, M. Lisée identifie les inégalités sociales comme l'un des trois «énormes défis du 21e siècle», au même titre que le réchauffement climatique et la montée de l'islam radical.


Pour réduire les écarts de richesse, celui que partisans et critiques qualifient de «machine à idées» vise les deux extrémités de la pyramide. Au sommet, un gouvernement péquiste prêcherait par l'exemple en s'attaquant aux salaires. L'approche pour le secteur privé ne serait pas contraignante, mais le chef de l'opposition officielle exercerait une pression morale sur les hauts dirigeants afin qu'ils modèrent leur appétit. «Aujourd'hui, ce n'est pas choquant de se faire proposer de payer au noir, dit-il. Ça ne disparaîtra pas complètement, mais il faut que ça devienne choquant. De la même manière, il faut que ça devienne choquant que les salaires des dirigeants atteignent des multiplicateurs ahurissants.»


Dans le secteur public, le salaire de tous les dirigeants, à l'exception de ceux de la Caisse de dépôt, serait limité à un seuil de 10 % inférieur à celui du premier ministre. De plus, M. Lisée s'assurerait par législation que les dirigeants des coopératives, dont le Mouvement Desjardins, aient une rémunération qui n'ait pas un trop fort décalage avec celle de leurs salariés. M. Lisée ne risquerait-il pas de priver l'État et les coopératives de professionnels talentueux en agissant de la sorte ? «Ça n'existe pas, un recteur québécois qui a été embauché par une grande université américaine, répond notre interlocuteur. J'ai déjà dit à mon ami Guy Breton [le recteur de l'Université de Montréal] : "Si Harvard veut t'embaucher en t'offrant un salaire de deux millions de dollars, vas-y. C'est bon pour le rayonnement du Québec. On va réussir à te remplacer par une personne efficace qui gagnera 200 000 $".»


Au bas de la pyramide, M. Lisée promet d'augmenter le salaire minimum à 15 $ de l'heure d'ici 2022. Il est actuellement de 10,75 $. Or, cette idée a été accueillie froidement par bon nombre d'intervenants du milieu des affaires. Une telle mesure augmenterait significativement les coûts d'exploitation de nombreuses PME, s'inquiète la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI). Au bout du compte, l'effet se révélerait même négatif pour les travailleurs à faibles revenus, car leurs employeurs pourraient choisir de réduire leurs heures travaillées ou chercher des manières d'automatiser la production. M. Lisée se fait rassurant. Il concède qu'une augmentation soudaine créerait un choc, mais il ajoute que la hausse serait étalée jusqu'en 2022. Il assure qu'il y aurait «une veille» afin d'intervenir si les emplois d'un secteur étaient fragilisés par la progression du salaire minimum.


La guerre à la paperasse


Pendant que le salaire minimum augmenterait, le bureau de M. Lisée veillerait à alléger le fardeau administratif des entreprises pour qu'elles aient plus de marge de manoeuvre, poursuit celui qui a l'intention de s'attaquer à la paperasse.


Les mesures pour réduire le fardeau administratif des entreprises ont porté leurs fruits, mais il reste du chemin à parcourir, selon lui. Pour ce faire, l'ordre doit venir du bureau du premier ministre lui-même, et non pas du ministère des Finances, car «la machine est faite pour créer de la réglementation en silo». L'ex-conseiller politique veut appliquer le principe de «une fois suffit». C'est-à-dire qu'un entrepreneur ne devrait transmettre une information donnée qu'une seule fois au gouvernement. Les ministères devraient se débrouiller pour communiquer entre eux ce dont ils ont besoin.


M. Lisée forcerait également les municipalités à s'enrôler dans sa croisade contre la paperasse. Le pacte fiscal avec les municipalités serait conditionnel à ce qu'elles réduisent le fardeau administratif des entrepreneurs, propose-t-il.


Le mandat de la Caisse révisé


Le chef du Parti québécois veut aussi apporter des changements à la Caisse de dépôt. Il souhaite remettre la contribution au développement économique du Québec sur le même pied que la recherche de rendement pour les déposants, qui, à ses yeux, prédomine actuellement. L'attraction et la rétention des sièges sociaux seraient inscrites à sa mission, mais cette consigne serait subordonnée au double mandat. Si de telles conditions avaient été réunies, la vente de Rona n'aurait pas eu lieu, avance M. Lisée, qui croit que la Caisse a «préparé la mariée pour la vendre».


Un gouvernement du Parti québécois permettrait aux employeurs et aux particuliers de confier leur épargne-retraite à la Caisse. Cette mesure ne pourrait-elle pas nuire au secteur financier montréalais qui doit composer avec la concurrence de Toronto ? «C'est la concurrence, répond-il. C'est un joueur de plus, tant mieux pour le consommateur.»


Finances publiques


Sur le front budgétaire, M. Lisée ferme une porte à droite et une porte à gauche. À l'exception de l'abolition de la taxe santé, il s'oppose à toute baisse d'impôt, car les services ont été malmenés par «l'austérité libérale», plaide-t-il. Il s'oppose aussi vigoureusement à une augmentation d'impôt.


M. Lisée est toutefois favorable à l'idée d'utiliser les sommes versées au Fonds des générations pour stimuler la croissance économique en «période de croissance faible». «C'est une porte que je me permets d'ouvrir, répond-il. On met de l'argent dans le Fonds des générations pour que le ratio dette/PIB descende. C'est un très bel objectif. Si la non-utilisation de ce fonds fait en sorte que le PIB ne croît pas, eh bien le ratio ne s'améliorera pas. Je ne dis pas qu'il faut acheter des bébelles avec, mais il y a une façon de faire des investissements productifs.»


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