Condamnés à dépérir ?

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Mai 2014

Condamnés à dépérir ?

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Édition du 24 Mai 2014

Photo: Shutterstock

Le gouvernement Couillard a annoncé, dès le jour un de son administration, qu'il prendrait des décisions difficiles et que la fonction publique ainsi que plusieurs programmes gouvernementaux seraient durement touchés par des compressions. Ce discours d'austérité n'est pas sans rappeler celui du «déficit zéro» de Lucien Bouchard, celui de la «réingénierie de l'État» de Jean Charest et plus récemment, celui de la «révolution culturelle» de Raymond Bachand : le discours sur la nécessité de réduire les coûts des programmes de l'État est constant et omniprésent depuis que je suis en âge de suivre la politique. Si la nécessité d'atteindre une fois pour toutes l'équilibre budgétaire ne fait aucun doute dans mon esprit, je vais me permettre de poser quelques questions naïves, mais pourtant fondamentales : dans la mesure où notre PIB réel par habitant a connu une croissance de plus de 30 % au cours des 20 dernières années, pourquoi l'État québécois serait-il plus pauvre aujourd'hui, et ainsi condamné à offrir moins de services qu'il y a 20 ans ? Et si nous sommes en période de compressions budgétaires depuis plus de 20 ans, pourquoi ne sommes-nous pas aujourd'hui en situation de surplus budgétaire, au terme de toutes ces années d'austérité ?


Une première réponse me semble évidente : parce que les décisions budgétaires des dernières années ne sont pas fondées sur un diagnostic budgétaire. En effet, plusieurs des compressions exercées au cours des 20 dernières années l'ont été aléatoirement, sans qu'on se soit penché sur les sources réelles de nos déficits. Or, elles touchent indistinctement presque toutes les sphères d'intervention de l'État : l'éducation, les infrastructures, l'investissement en recherche et en innovation, les programmes destinés la jeunesse, etc. Il en va de même pour les hausses de tarifs, qui vont dans toutes les directions : taxe santé, hausse des titres de transport en commun, hausse des frais de garderies, taxes sur l'essence : on essaie de trouver de l'argent un peu partout, où l'on peut. Or, un diagnostic de l'évolution de nos budgets devrait nous faire comprendre que nos déficits récurrents s'expliquent d'abord et avant tout par l'explosion d'un seul poste budgétaire, celui de la santé, et par le déséquilibre fiscal qui en découle. Ainsi, les mesures d'austérité budgétaire devraient être conséquentes avec ce diagnostic.


La santé représente maintenant près de la moitié des dépenses de l'État


On ne compte plus le nombre de rapports et d'interventions publiques qui réitèrent que la croissance des coûts de santé dépasse nettement celle de notre richesse. Ce poste budgétaire, qui représentait 36 % des dépenses de nos programmes au début des années 1990, compte aujourd'hui pour près de la moitié de nos dépenses étatiques. Le vieillissement de la population y est pour quelque chose, mais il y a d'autres facteurs : le budget consacré aux nouvelles technologies (qui comprend les médicaments) est passé de 8,3 % du budget provincial en 1985 à 19,7 % en 2011, soit une augmentation de 137 %. Sachant que les Québécois investissent amplement en santé, soit 4 878 $ par habitant en 2009, par rapport à 3 233 $ par habitant pour la moyenne des autres pays de l'OCDE, on devrait s'attendre à ce que nos politiciens se penchent sur le contrôle de ce poste budgétaire avant d'amputer d'autres programmes dont la croissance est stable.


Or, le budget 2013-2014 du Québec indiquait une hausse du budget de la santé de 4,8 %, hausse de beaucoup supérieure à celle des autres programmes, et surtout supérieure à la croissance de notre richesse. Nous consentons une hausse de rémunération des médecins de 1,1 milliard de dollars alors que leur productivité est à la baisse, et nous nommons au poste de ministre de la santé celui qui a négocié cette augmentation. Les stratégies qui permettraient de contrôler nos coûts de santé, comme l'abandon du système de la rémunération à l'acte pour les médecins et un meilleur régime de contrôle des coûts des médicaments et des technologies, restent au stade des discussions, alors que notre dette se creuse davantage.


Le secteur de la santé n'explique pas seul la diminution des moyens de l'État malgré notre enrichissement : on doit entre autres mentionner un service de la dette monstrueux et le coût de la corruption dans l'octroi de contrats publics. Cependant, l'évolution du budget de la santé, qui empiète sans cesse sur les autres missions de l'État, ne pourra pas durer éternellement.


Voulons-nous gérer adéquatement nos finances publiques en ciblant de manière cohérente les causes de nos déficits, ou encore faire des compressions partout et aléatoirement au nom d'une idéologie, soit celle de la réduction de la taille de l'État tous azimuts ? Avant de vendre Hydro-Québec, de hausser les frais de scolarité et ainsi déboucher sur un autre printemps érable, de démanteler nos programmes de garderie, d'abandonner nos infrastructures ou de faire d'autres compressions, pourrait-on s'attaquer à la cause la plus importante de notre déficit structurel : l'explosion des coûts des soins de santé ?


Paul St-Pierre Plamondon est vice-président de Delegatus services juridiques, une firme de 25 avocats issus des grands cabinets, dont la mission est de servir le Québec inc. Il est chroniqueur politique, entre autres à l'émission Bazzo.tv à Télé-Québec. En 2007, il a cofondé l'organisme Génération d'idées, qui se donne pour mission d'intéresser les 20 à 35 ans au débat public.


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