« Il est temps que politique rime avec service public »

Diane Bérard . Les Affaires . 20-03-2010

Tags : Corruption, Gouvernement

Malgré l'état des finances publiques québécoises, vous militez pour réformer la politique plutôt que l'économie. Pourquoi ?


Soyons réalistes, aucune réforme économique ne durera tant que les politiciens pourront la briser sous la pression des divers lobbys. Notre appareil étatique ne fait pas son devoir parce qu'il y a trop de corruption. La population le sait, surtout les jeunes. Ils ont décroché de la sphère publique. L'été dernier, j'ai rencontré plus de 500 jeunes de 20 à 35 ans dans 19 villes. Ils m'ont tous répété la même chose : nous ne croyons plus au gouvernement. Les jeunes s'engagent donc ailleurs, là où ils sentent qu'ils peuvent faire la différence : entrepreneuriat social, coopération, missions à l'étranger... Il faut les amener à redevenir actifs dans la sphère publique.


Qu'entendez-vous par " réformer l'État "?


Je vais établir une comparaison avec l'univers du droit. Jadis, on pouvait acheter les juges et leurs jugements. Puis, on a établi le principe de l'indépendance de la magistrature. On a créé, entre autres, le Conseil de la magistrature, un type d'ordre professionnel des juges qui pose des balises et sévit s'il y a lieu. C'est ainsi qu'on a ramené la confiance dans le système judiciaire. Un mouvement équivalent existe dans le monde des affaires : la gouvernance. On se soucie de maintenir la confiance des investisseurs à l'égard des entreprises. Le pdg doit travailler dans l'intérêt de l'entreprise, mais l'État, lui ? On protège le public dans tous les domaines sauf le plus important,celui de la gouvernance collective ! Nos politiciens québécois gèrent un budget de 70 milliards de dollars, mais aucun syndic ne les encadre. Il est temps que politique rime avec service public.


Comment suggérez-vous de réformer l'État québécois?


Je suggère plusieurs solutions dans mon livre. Par exemple, on devrait abolir les contributions aux partis politiques. Du coup, le politicien devient exempt d'influence financière ou d'apparence de conflits d'intérêts. Pourquoi accepterait-on qu'une entreprise participe aux cocktails de collecte de fonds d'un parti politique, alors qu'on pousserait des cris si les juges finançaient leur salaire à même des cocktails où pourraient contribuer avocats et criminels !


Paul St-Pierre Plamondon


Âge: 33 ans


Fonction: Avocat


Entreprise: Delegatus


Il a cofondé le groupe Génération d'Idées, qui vise à susciter l'engagement des 20 à 35 ans, et publié le livre Des jeunes et l'avenir du Québec, rêveries d'un promeneur solitaire, en février dernier.

2 commentaires

yvonstlouis le 25-03-2010

Je retrouve dans cet article les bases même de mon essai "l'état entrepreneur" dont j'ai publié les prémices sur Facebook. À la base je crois plutôt qu'on ne définit pas ce qu'est un état. J'irais jusqu'à dire que nous essayons en fait de reproduire l'empire romain dans nos usages. Cela peut paraître farfelu comme affirmation pourtant quand on lit sur la vie privé de cette époque et que l'on compare avec aujourd'hui, la différence est mince. En fait ce que je vois c'est des politiciens qui sont chargé de mettre à la disposition de leurs amis tout les biens de l'état pour qu'ils fassent encore plus d'argent. Un peu comme les Triumvir à l'époque de César. Un état entrepreneur dans mon livre à moi, serait indépendant des groupes de pressions et aurait une connaissance pratique du domaine sur lequel il veut légiférer. Il faut quand même un porte parole de la collectivité. C'est difficile d'en conceptualiser un. La démocratie apparaît comme une bonne chose. Pourtant elle n'est que le pouvoir de l'ombre. Selon "les carnets du midi" publié par les secrétaires d'Hitler, Hitler se voyait comme un acteur qui débitait un discours auquel il ne croyait pas...Si c'est vrai est-ce que l'on a changé aujourd'hui?

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