Une hausse inévitable des salaires

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Mai 2018

Une hausse inévitable des salaires

Offert par Les Affaires


Édition du 05 Mai 2018

Par Pierre Cléroux

[Photo: 123RF]

Le marché du travail au Québec est toujours en pleine effervescence. Avec plus de 175 000 emplois créés en deux ans, dont 95 000 en 2017, et un taux de chômage qui a atteint un plancher historique de 5 % en décembre, le Québec a maintenant atteint le quasi-plein emploi. Le nombre de chômeurs a d'ailleurs chuté de 25 % l'an dernier, passant de 294 000 à 222 000. Un tel creux ne s'était pas vu depuis 1976 ! À titre de comparaison, il y avait 377 000 chômeurs à la fin de la récession de 2008.


Résultat : les salaires augmentent beaucoup plus rapidement au Québec que dans l'ensemble du Canada, et ce, depuis 2015. En janvier, la rémunération des travailleurs québécois affichait d'ailleurs une croissance annuelle de 4,1 %. Et il y a tout lieu de croire que cette hausse des salaires se poursuivra cette année, voire en 2019.


En effet, la bonne tenue de l'économie québécoise continuera d'alimenter la demande de travailleurs de la part des employeurs, dont l'appétit pour leurs biens et services ne cesse d'augmenter de part et d'autre de la frontière. Les entreprises doivent donc piger dans un bassin de travailleurs et de chômeurs qui se font de plus en plus rares. Le taux d'emploi chez les 25 à 54 ans oscille autour de 85 % et continue d'atteindre des sommets inégalés. La croissance de la population en âge de travailler (bassin des 15 à 64 ans) est même négative au Québec depuis 2014. Sans compter que le vieillissement de la population du Québec, parmi le plus important du pays avec les provinces maritimes, est bel et bien amorcé et continuera de s'accentuer.


Attirer et garder les meilleurs employés


Le problème de la pénurie de main-d'oeuvre s'en trouve du même coup exacerbé : on comptait 92 000 postes vacants au dernier trimestre de 2017. L'offre de travail se fait donc plus rare et entraîne une pression à la hausse sur les salaires.


Dans ce contexte, la hausse du salaire minimum, qui vient de passer de 11,25 $ à 12 $ l'heure, devrait avoir moins d'impact que prévu sur les entreprises, qui doivent déjà payer davantage pour attirer et garder des employés. Cette hausse de 0,75 $ ou de 6,67 % n'est en effet pas si éloignée de la croissance des salaires de 4,1 % enregistrée l'an dernier. Cette augmentation, qui profiterait à 352 900 salariés et seulement quelque 8 % de la main-d'oeuvre québécoise, n'est d'ailleurs pas la plus grande préoccupation d'une majorité d'employeurs, qui sont davantage aux prises avec leur capacité de trouver du personnel.


Or, si les entreprises veulent attirer les meilleurs employés possible et assurer leur rétention, elles n'ont d'autres choix que d'offrir des salaires plus élevés. Elles ont même tout intérêt à le faire puisqu'il en va de leur bonne tenue. Une récente étude de la BDC montre en effet que les entreprises les plus performantes, tant chez les PME que les plus grandes, sont celles qui paient de meilleurs salaires.



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