Qui est Mikhail Fridman ?

Publié le 09/12/2009 à 09:23, mis à jour le 28/10/2010 à 16:42

Qui est Mikhail Fridman ?

Publié le 09/12/2009 à 09:23, mis à jour le 28/10/2010 à 16:42

Par Olivier Schmouker

S'attaquer aux entreprises étrangères ne lui fait pas peur. Photo : Bloomberg.

Grâce à une gestion musclée de ses affaires, Mikhail Fridman est devenu le 4e homme le plus riche de Russie, avec une fortune personnelle estimée à 6,3 milliards de dollars américains par le magazine Forbes.


«Au premier abord, il a l’air avenant, posé et sérieux. Son calme apparent dissimule en réalité un caractère vindicatif, qui trahit une forte propension à l’agressivité. Maître de ses émotions, il n’en est pas moins susceptible et rancunier. En affaires, il a tendance à choisir des partenaires moins capables que lui.» Tel est le profil de Mikhail Fridman esquissé dans une note interne des services secrets russes (FSB). Un profil qui explique bien comment il a pu connaître une ascension sociale aussi rapide, alors qu’il partait de rien…


Les services secrets russes sur le dos


Originaire de Lviv, en Ukraine, Mikhail Fridman est allé étudier dans les années 90 à l’Institut de l’acier et des alliages de Moscou et s’est vite orienté vers l’entreprenariat, en profitant des premières fissures de la perestroïka de Gorbatchev. Il a tout d’abord monté une coopérative étudiante de lavage de vitres, puis créé trois sociétés : Alfa-Foto, Alfa-Eco et Alfa-Capital.


Ces sociétés lui rapportaient de l’argent en important en Russie des denrées rares, comme des jeans et des ordinateurs, et surtout des matières premières comme le sucre. Mais voilà, en 1995, la police russe a découvert de la drogue dans des wagons de train stationnés dans une gare sibérienne. Affrétés par Alfa, ils étaient censés contenir du sucre, selon Novaya Gazeta…


À la suite d’une perquisition dans les locaux d’Alfa-Eco, des officiers du FSB ont alors confié aux médias russes qu’ils avaient assez de preuves pour coffrer Mikhail Fridman. Or, rien ne s’est passé. Une note interne du FSB, selon Novaya Gazeta, indique qu’Alfa aurait bénéficié de protections politiques depuis qu’il avait versé 500 000 dollars américains pour la nomination, en 1992, d’Igor Gaïdar au poste de premier ministre de Boris Eltsine…


Devenu un financier influent avec Alfa, Mikhail Fridman a contribué à la réélection de Boris Eltsine en 1996. Un an après, quand l’État russe a décidé de privatiser 40% du capital de la Compagnie des pétroles de Tioumen (TNK), l’un des fleurons de l’industrie pétrolière russe, il a empoché le lot à bas prix. Et il a mis la main sur les 60% restants en 1999, à un prix si indécent que la Douma a adopté une résolution demandant l’annulation de la vente. En vain…


Maître des bras de fer judiciaires


Alfa a ensuite grandi à coups d’acquisitions souvent musclées, recourant à l,astuce de la mise en faillite forcée de sa cible pour racheter par la suite ses actifs à vil prix, selon le témoignages d’officier du FSB aux médias russes. Un exemple est révélateur, celui de Kondpetroleum…


Alfa a créé un groupe de créanciers qui s’est soudain mis à réclamer le paiement immédiat de leur dû. Le gouverneur de la région où se trouvait le siège social de Kondpetroleum, semble-t-il dans la poche des créanciers, a ensuite lancé une procédure de faillite à son encontre, estimant que la société était insolvable, et nommé un administrateur judiciaire choisi par Alfa. Et ce dernier de proposer de céder les actifs, décision approuvée par un tribunal de commerce acquis à la cause du groupe de créanciers mené par Alfa. Le conglomérat de Fridman aurait ainsi mis la main sur Kondpetroleum au tiers de sa valeur.


Difficle de croire qu’un tel scénario puisse se produire, assorti d’actes de corription à tous les niveaux? Pas du tout. Le 21 octobre 2009, le président russe Dmitri Medvedev a convoqué plusieurs oligarques russes au Kremlin pour les sermonner à ce sujet. «Je soupçonne que nombre de gens d’affaires payent des pots-de-vin aux tribunaux de justice pour que des décisions soient prises en leur faveur. Je tiens à vous dire que désormais tout acte de ce genre sera durement réprimé par la loi», leur a-t-il lancé sans ambage!


Une compagnie canadienne victime de ses agissements


Une entreprise canadienne a fait les frais de l’appétit insatiable de Mikhail Fridman : Norex Petroleum. En 2002, elle a intenté un procès devant un tribunal de New York à Alfa pour s’être emparée d’une compagnie pétrolière russe, Yugraneft, dont elle détenait 60% des parts.


Que s’est-il passé? Les 40% restants de Yugraneft étaient détenus par Tchernogorneft, une filiale de Sidanco, alors l’une des plus importantes compagnies pétrolières russes. Or, Alfa est parvenue à mettre la main sur Tchernogorneft pour une bouchée de pain, après l’avoir mise en faillite, au détriment des actionnaires de Sidanco. Et selon le même procédé, pris le contrôle de toute la compagnie, selon la direction de Norex.


La poursuite en justice de Norex contre Alfa n’est toujours pas terminée, la cause allant d’appel en appel depuis toutes ces années.


Plus fort que BP


Un tel bras-de-fer avec des compagnies étrangères impressionne nullement Mikhail Fridman, loin de là. Il vient d’en mener un, impressionnant, avec nulle autre que British Petroleum (BP), et a gagné de main de maître!


En 2003, dans le cadre d’un accord énergétique bilatéral signé pat Tony Blair et Vladimir Poutime, est née une coentreprise entre TNK et BP, tout simplement dénommée TNK-BP. Considérée alors comme la troisième compagnie pétrolière russe derrière Rosneft et Lukoil, elle appartenait à 50% à la compagnie britannique et à 50% aux milliardaires russes Mikhail Fridman (Alfa), Len Blavatnik (Access Industries) et Viktor Vekselberg (Renova Group), réunis au sein du consortium AAR. Dès le départ, les dirigeants britanniques de la coentreprise s’attendaient à un partenariat difficile, car Poutine avait lancé une vaste opération de reprise de contrôle par l’État des principaux actifs pétroliers et gaziers du pays.


Très vite, TNK-BP a dû céder à Gazprom, géant gazier dirigé par des hommes de main de Poutine, l’immense gisement gazier de Kovikta, sur le lac Baïkal. Puis, elle s’est retrouvée dépourvue de projets conséquents sur le territoire russe.


Une guerre des actionnaires a ensuite pris forme, qui a éclaté au grand jour en 2008 quand les trois oligarques se sont ouvertement opposés aux dirigeants de BP sur la stratégie à suivre. Ils ont réclamé la tête du directeur général, Robert Dudley, qu’ils accusaient de travailler au profit de BP seulement et non des autres actionnaires.


Résultat : Dudley a dû plier bagage avec son équipe quelques mois plus tard, les services d’Immigration russes affirmant que leurs contrats de travail étaient expirés. Et c’est nul autre que Fridman qui a pris son poste. En bout de ligne, les Britanniques auraient perdu quelque 7 milliards de dollars américains investis en pure perte dans leur tentative de partenariat avec les Russes.


«Sa passion pour l’accumulation de richesses est insatiable. Et en même temps, il a une peur panique de perdre ce qu’il possède», indique la note du FSB qui dresse son profil psychologique. Il faut croire que l’homme que Forbes considère comme le 71e plus riche de la planète a pour stratégie de faire aux autres ce qu’il n’aimerait pas qu’on lui fasse…


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