Pour que le bitcoin devienne une vieille blague de mononcle

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Mars 2018

Pour que le bitcoin devienne une vieille blague de mononcle

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Mars 2018

Par Laura O'Laughlin

Le bitcoin se négocie actuellement à moins de la moitié de sa valeur depuis son sommet de décembre 2017. [Photo : 123RF]

Pensez à l'évolution d'une blague sur Internet. La première fois que vous voyez la blague sur Reddit, c'est drôle. Après avoir légèrement ri en la voyant à nouveau sur Twitter, vous cessez de réagir en la voyant dans votre fil Facebook. Un mois plus tard, dans une chaîne de courriels transmise par votre oncle François, la blague devient juste pénible.


Les bulles d'actifs, y compris le bitcoin entre autres cryptobulles, sont un peu comme une blague que tout le monde trouve géniale... sur le moment.


À première vue, l'idée du bitcoin n'est pas si folle. Comme toute monnaie moderne, elle est construite sur la confiance et la conviction, plutôt que sur la valeur de certains actifs sous-jacents. Les détenteurs de bitcoins doivent donc faire confiance aux algorithmes, à la décentralisation et à l'open-sourcing. Les cryptomonnaies, tout comme la technologie qui les soutient, offrent plusieurs avantages. La décentralisation du blockchain améliore, par exemple, la sécurité du système bancaire.


Mais ce qui rend la blague moins drôle, c'est que chacun peut créer sa cryptomonnaie ; nous pourrions tout aussi bien avoir lesaffaires-coin, ou le laura-coin. En effet, avec l'argent virtuel, il n'y a ni gouvernance ni suivi. Plus de 1 500 cryptomonnaies sont échangées actuellement, alors qu'il n'y en avait que 7 en 2013.


L'objectif premier de la gestion macroéconomique d'un pays repose sur la stabilité et la prédictibilité de la valeur relative d'une devise. C'est très loin d'être le cas du bitcoin et des autres cryptomonnaies. En voyant la trajectoire que prend l'appréciation de ces cryptomonnaies, plusieurs gouvernements, notamment la Grande-Bretagne et la Chine, sonnent l'alarme.


Fait aggravant, les start-up peuvent aussi fabriquer leur propre monnaie pour s'autofinancer en passant par un « initial coin offering » (ICO), par analogie à un « initial public offering » (IPO, ou offre publique d'achat). Ces ICO sont actuellement plus populaires que le capital de risque comme source de financement pour les start-up, et se chiffraient à 5,6 milliards de dollars américain l'an dernier, selon un rapport de Fabric Ventures et de TokenData.


Malgré tout, les cryptoéchanges semblent en perte de vitesse depuis la fin décembre. Le bitcoin se négocie actuellement à moins de la moitié de sa valeur depuis son sommet de décembre 2017. En fait, en devenant moins excitant, plus plate, le bitcoin devient finalement une devise comme une autre. Et c'est probablement une très bonne chose.



EXPERTE INVITÉE
Laura O’Laughlin est économiste principale au cabinet de consultation Groupe d’analyse. Elle est aussi fondatrice de l’Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui s’intéresse à l’équité entre les générations.


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