Notre économie est en santé, mais des enjeux nous interpellent

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Juillet 2017

Notre économie est en santé, mais des enjeux nous interpellent

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Juillet 2017

Qu'en est-il de la santé économique du Québec? Voilà la question que s'est posée Alain Robichaud, associé et expert en stratégie et en gestion du changement au sein de PwC à Montréal.


Pour y répondre, il s'est associé à l'économiste François Delorme, professeur à l'Université de Sherbrooke, ex-économiste en chef d'Industrie Canada et ex-économiste principal à l'OCDE. Pour s'assurer de bien faire les choses, M. Robichaud a consulté huit autres experts, parmi lesquels figurent Jean-Pierre Aubry(CIRANO), Pierre Fortin(ESG-UQAM) et Henri-Paul Rousseau(Power Corp).


Leur première tâche a été la construction d'un indice formé de 26 variables observées sur une période de 35 ans, soit de 1980 à 2015. Le fait d'étudier cet ensemble sur une aussi longue période, qui a connu des phases de croissance et de récession, permet de mesurer les forces et les faiblesses de notre économie.


Il s'agit d'un indice structurel qui intègre les principaux déterminants de l'évolution de l'économie du Québec. Selon les auteurs, il n'existerait rien de comparable en Amérique du Nord. Cet outil permet d'établir un diagnostic rigoureux de la santé de l'économie du Québec et constitue une base pour découvrir de nouvelles pistes de réflexion, pour analyser plus en profondeur les facteurs déterminants de l'évolution de l'économie québécoise et pour nous amener à nous interroger sur les politiques publiques, les actions de nos institutions et les comportements de l'entreprise privée.


Qu'a-t-on découvert?


Le premier constat de cette analyse est la découverte d'une amélioration de 24% de la santé de l'économie québécoise au cours de la période étudiée. C'est un résultat réjouissant, mais on ne sait pas si c'est mieux ou moins bien qu'ailleurs au Canada, puisqu'il n'existe pas de tel indice pour les autres provinces. Il faut espérer que les auteurs ou d'autres experts colligeront les variables permettant de reproduire cet indice, tâche facilitée par le fait que ce dernier est déjà construit.


Autre découverte, 60 % de l'amélioration de la santé économique du Québec au cours de cette période est due à trois variables principales : la croissance de la population des 15-64 ans, le taux de diplomation post-secondaire et les dépenses de recherche et développement (R-D). A contrario, le vieillissement actuel de la population aura un effet inverse. Pourra-t-on compter sur l'immigration pour remédier à la baisse de la population en âge de travailler?


On apprend aussi, dans cette analyse, que l'économie québécoise est résiliente puisque l'indice de sa santé a continué de progresser pendant les récessions de 1989-1993 et de 2008-2009. Cette résilience est principalement due à la diversification des industries et des exportations du Québec. Dans les autres parties du Canada, au contraire, l'économie repose sur des industries spécifiques.


Enjeux et pistes d'étude


Fait étonnant à première vue, la reprise économique qui s'est amorcée en 2010 n'a pas permis d'accélérer la croissance de l'indice de santé de notre économie. Bien au contraire, celui-ci a progressé plus lentement entre 2010 et 2015 en raison de la faible croissance de la population active, de l'insuffisance des investissements dans les technologies de l'information et des communications (TIC) et de la faiblesse du ratio capital-travail, une indication du manque d'investissements industriels.


Il va sans dire que ces lacunes doivent être corrigées et que des politiques doivent être mises en place à cette fin. Les programmes d'aide lancés par l'État pour accroître la productivité, soutenir les nouvelles entreprises technologiques et la R-D, notamment dans les domaines de l'intelligence artificielle, des nanotechnologies, de la robotisation et des sciences de la santé, doivent être maintenus et même bonifiés.


Notre balance commerciale se doit aussi d'être redressée. Alors que les exportations ont contribué à améliorer de 13 % l'indice de santé de notre économie, la croissance des importations l'a fait reculer de 15 %, d'où une perte nette de 2 % pour l'indice global.


L'ampleur de la dette de l'État est également un facteur négatif (impact sur l'indice de -5%), mais le gouvernement Couillard a eu le courage de mettre de l'ordre dans les finances publiques, comme en fait foi le surplus financier de 2,5G$ réalisé pout l'exercice 2016-2017 après un versement de 2G$ au fonds des générations.


D'autres facteurs critiques, tels que le sous-investissement des entreprises, le taux d'emploi des immigrants, la faiblesse de l'investissement étranger, le taux de chômage de longue durée, la valeur des entreprises vendues à l'étranger et la démographie dans les entreprises, devraient interpeller non seulement les décideurs de l'État, mais aussi les chercheurs de nos universités.


J'aime
Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique, veut faire déclarer perte totale tout immeuble dont la valeur des rénovations excéderait 50 % de sa valeur foncière dans les zones de grands courants (dites 0-20 ans), et sa reconstruction sur le même site serait interdite. Cette décision est sensée, compte tenu des inondations de plus en plus importantes et fréquentes causées par les changements climatiques.


Je n'aime pas
Les 10 membres indépendants du conseil d'administration du Centre universitaire intégré de services de santé McGill (CUSM) ont remis leur démission au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, parce qu'ils se sentaient ignorés. D'autres administrateurs du réseau de la santé ont aussi quitté leur poste à cause de l'ingérence du ministère dans les affaires courantes de leur établissement. N'y a-t-il pas lieu de revoir la gouvernance de ces centres de santé ?

À propos de ce blogue

Tour à tour rédacteur en chef et éditeur du journal Les Affaires pendant quelque 25 ans, Jean-Paul Gagné en est l’éditeur émérite depuis 2007. En plus de publier un commentaire hebdomadaire dans le journal et de tenir un blogue dans LesAffaires.com, il participe à l’organisation d’événements et représente le journal dans les milieux d’affaires. Il est aussi appelé à commenter l’actualité dans d’autres médias et à prononcer des conférences. Jean-Paul Gagné a consacré sa vie professionnelle au journalisme économique. Avant son entrée aux journal Les Affaires, qu’il a contribué à relancer pour en faire la principale publication économique du Québec, il a passé une douzaine d’années au quotidien Le Soleil, où il était journaliste économique et cadre à la rédaction. Jean-Paul Gagné est diplômé en économie et en administration. Il a reçu de nombreuses marques de reconnaissance, dont les prix Hermès et Gloire de l’Escolle de l’Université Laval, le prix Carrière en journalisme économique de la Caisse de dépôt et placement et Merrill Lynch et le Prix du livre d’affaires remis par Coop HEC Montréal et PricewaterhouseCoopers. Il siège au conseil d’administration d’organismes sans but lucratif.

Jean-Paul Gagné

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