Les malheurs du Fonds des générations

Jean-Paul Gagné . 23-02-2010

Tags : Budget provincial, Caisse de dépôt, Québec

Blogue. Lorsqu’il a été présenté dans le budget 2006-2007 du gouvernement du Québec, le Fonds des générations a été vu comme une sorte de merveille de créativité.


Au lieu de rembourser sa dette, le gouvernement du Québec verserait dans un fonds destiné aux générations futures les redevances hydrauliques perçues d’Hydro-Québec et des producteurs privés. On pensait y verser 700 millions de dollars (M$) par année, mais il a reçu plus que cela.


La mécanique était la suivante : la Caisse de dépôt gèrerait ce fonds de façon à obtenir un rendement supérieur au coût de la dette du gouvernement, d’où un gain net au profit des générations futures, puisque l’on compte ne pas toucher à ce fonds avant 30 ans.


Pendant ce temps, le Québec continuerait d’emprunter. Il aurait pu utiliser les redevances hydrauliques pour réduire sa dette ou emprunter moins, mais ce n’est pas ce qu’il a fait.


Il a au contraire fait ce que la Caisse dépôt a fait : utiliser l’effet de levier pour espérer faire de l’argent. Malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est produit.


Le fonds sans fond


En effet, il s’avère, après quelques années, que le Fonds coûte plus cher aux contribuables qu’il ne rapporte. Résultat net : une perte sèche.


Voici le rendement que la Caisse de dépôt a obtenu sur les sommes confiées au Fonds des générations : 0,99 % en 2006-2007, 1,6 % en 2007-2008 et -21,88 % en 2008-2009.


Pendant ce temps, le taux d’intérêt moyen pondéré payé sur la dette du gouvernement a été de 5,47 %, 5,04 % et 4,16 % respectivement pour chacune de ces années. Ces chiffres viennent d’être publiés par le Vérificateur du Québec.


Risque élevé


L’opération était hautement risquée et elle s’est avérée un échec.


En réalité, le gouvernement a fait exactement la même chose qu’une famille qui, au lieu de rembourser ses dettes avec les allocations familiales qu’elle reçoit, place cet argent à la Bourse en espérant obtenir un rendement supérieur à l’intérêt payé sur ses dettes. S’il est chanceux, il fera un gain net. S’il perd de l’argent à la Bourse, il essuiera une perte.


Or, la Caisse de dépôt a fait encore pire que cette famille puisqu’elle a investi une partie du Fonds des générations dans du papier commercial non bancaire et non garanti par les banques.


Qu’en reste-t-il ?


Officiellement, le Fonds des générations avait une valeur comptable de 1,9 milliard de dollars au 31 mars 2009. Or, sur les 58,8 M$ de papier commercial non bancaire détenu par le Fonds, seulement 0,9 M$ de radiation avait été inscrite au 31 mars 2009. Une somme additionnelle de 27,6 M$ avait été prise comme provision pour perte éventuelle, mais elle n’avait pas été déduite de la valeur comptable du Fonds à cette date.


Il faudra attendre les données financières publiées dans les documents annexes au budget du ministre Raymond Bachand en mars prochain pour connaître la vraie valeur du Fonds des générations.


 

8 commentaires

nanana le 01-03-2010

Bonjour. @monsieur crobi. Mon père répétait constamment qu'il était mieux de mettre du steak sur la table à tous les soirs que d'acheter une oeuvre d'art de quelques milliers de dollars en supposant qu'elle prendra de la valeur. Vous conviendrez que sur une période de 30 ans nous sombrons dans la spéculation. La dette du Québec et une chose concrète sur laquelle nous connaissons le pourcentage des intérêts à payer. Ce n'est pas, je crois, en mettant de l'argent de côté lorsque nous sombrons sous les dettes qu'il s'agit d'une bonne stratégie. Si nous payons plus d'intérêts sur nos dettes que nous obtenons sur nos placement ce n'est pas une bonne stratégie. Tous s'entendent que le taux directeur augmentera très lentement et prendra des années à vraiment donner un rendement. Aussi bien payer nos dettes contractées à des taux élevés que de mettre de l'argent à des taux farfelus, ne croyez vous pas. Merci et bonne journée

Tous les commentaires >

Quiz : le Québec dans le monde