La réforme du Programme des travailleurs étrangers temporaires soulève des inquiétudes

Publié le 29/04/2015 à 16:41

La réforme du Programme des travailleurs étrangers temporaires soulève des inquiétudes

Publié le 29/04/2015 à 16:41

(Photo: Shutterstock)

Ce 30 avril 2015 signe l’entrée en vigueur du nouveau programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), ce qui promet de bouleverser la vie de nombreuses entreprises d’ici.


Limite de 10% de travailleurs étrangers temporaires (TET) à rémunération peu élevée pour les entreprises de plus de 10 employés, obligation pour les entreprises recrutant des TET à haut salaire de soumettre un plan de transition démontrant leurs efforts pour embaucher des Canadiens, hausse des frais administratifs de 275$ à 1000$ pour chaque travailleur embauché, réduction de la durée de certains permis de travail de quatre à deux ans… Les nouvelles exigences du gouvernement fédéral suscitent des craintes chez les entreprises québécoises évoluant dans des secteurs où la main-d’œuvre locale se fait rare.


«On est dans l’incertitude totale car, au départ, la limite des 10% ne devait pas s’appliquer au Québec cette année, explique Dimitri Fraeys, vice-président, Innovation et Affaires économiques, du Conseil de la transformation alimentaire du Québec. C’est un casse-tête pour les entreprises, car certaines comptent jusqu’à 60% de travailleurs étrangers.» Il anticipe des difficultés à faire tourner les usines agro-alimentaires, car les entreprises font déjà le maximum pour trouver des employés au niveau local.


Dans le domaine de la fabrication métallique, on manque de candidats pour combler les postes de soudeurs . «Selon notre dernière enquête, rien que dans les 950 entreprises répondantes, il y avait 1 500 soudeurs à trouver en 2013 alors que le Québec n’a formé que 900 diplômés en 2012, précise Claude Dupuis, directeur général du Comité sectoriel de la main-d’œuvre dans la fabrication métallique industrielle. La limite des 10% va être une contrainte importante pour les entreprises dans les cinq années à venir, surtout en région, où les carnets de commande sont pleins et les départs en retraite importants.»


Selon lui, les nouvelles mesures du PTET occasionneront un surcoût de 10 000$ sur trois ans pour chaque travailleur étranger. «Pour contrer ces difficultés, les entreprises du secteur qui sont déjà implantées aux États-Unis pourraient décider de s’y tourner davantage», estime-t-il.


Autre secteur particulièrement touché : celui des nouvelles technologies, surtout préoccupé par l’exigence d’un plan de transition, par lequel un entreprise devra démontrer les efforts qu’elle mettra en œuvre pour favoriser l’emploi de Canadiens : salaires plus élevés, investissements en formation, démarches plus actives de recrutement… Pour le moment, les détails concernant les exigences d’Ottawa ne sont pas encore connus. «Nous n’avons pas le choix de faire appel à des travailleurs étrangers, car nous avons besoin de ressources très spécialisées. Nous sommes donc inquiets, car on risque de devenir moins compétitifs et de perdre des marchés, indique Maxime Leca, vice-président, Ventes et Opérations, d’Alten Canada, une firme de conseil en technologies. Nous sommes ouverts à effectuer une transition vers plus de main-d’œuvre locale, mais encore faut-il trouver un Canadien possédant les compétences et l’expérience nécessaires.»


Les entreprises concernées ont le sentiment de payer pour des erreurs de gestion du PTET dans le reste du Canada alors que le volet québécois du programme fonctionnait bien. «Cette réforme vient répondre à des abus commis dans d’autres provinces, souligne Martin Goulet, directeur de la Mobilité internationale à Montréal International. Faire venir des étrangers a un coût. Les entreprises le paie, car elles ont vraiment besoin de ces travailleurs.»


Le ministère de l’Immigration espérait négocier des dispositions spécifiques pour le Québec mais les discussions avec Ottawa n’ont pas abouti et le fédéral a annoncé le 16 avril dernier que la réforme serait mise en place au Québec dès le 30 avril. Les entreprises espèrent que Québec pourra obtenir des aménagements auprès du ministère fédéral de l’Emploi. « On continue à essayer de trouver des solutions et à défendre les intérêts des entreprises québécoises », assure Marie-Hélène Paradis, attachée de presse de la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil.


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