Gestion de l'offre: Trump, l'arroseur arrosé

Publié le 19/04/2017 à 16:26

Gestion de l'offre: Trump, l'arroseur arrosé

Publié le 19/04/2017 à 16:26

Par François Normand

Les États-Unis s’attaquent au système canadien de la gestion de l’offre (lait, œufs, volailles), alors qu’ils ont eux-mêmes un système de la gestion de l’offre pour le sucre, souligne l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA).


«C’est un peu paradoxal que les États-Unis critiquent le Canada, alors que les Américains ont toujours été protectionnistes et qu’ils soutiennent leur agriculture », fait remarquer le directeur général de l’UPA, Charles-Félix Ross, en entretien avec Les Affaires.


Ce mardi, le président Donald Trump a critiqué la gestion de l’offre au Canada, alors qu’il s’adressait à des producteurs laitiers du Wisconsin afin d’expliquer son nouveau décret «Acheter américain ; embaucher américain».


Il s’en est pris à l’entente conclue en juillet 2016 entre les producteurs et les transformateurs laitiers canadiens, qui a restreint les exportations américaines de lait diafiltré au Canada. Les transformateurs canadiens utilisaient cette protéine afin de réduire leurs coûts de production.


«Au Canada, des choses très injustes se sont passées contre nos producteurs laitiers. Ce qui nous est arrivé est très, très injuste. C'est le genre d'accord typiquement partial, contre les États-Unis. Et ça ne durera pas», a déclaré le président américain.


Selon Charles-Félix Ross, le Canada n’a fait qu’appliquer les règles de la gestion de l’offre. Elle s’appuie sur la planification de la production pour répondre à la demande canadienne, le contrôle des importations grâce à des tarifs douaniers élevés (de 200 à 300%) et la mise en place de politiques couvrant les coûts de production des agriculteurs.


À ses yeux, les États-Unis n’ont pas de leçons à donner au Canada, puisqu’ils encadrent eux-mêmes la production de sucre sur le marché américain.


Comment fonctionne la gestion de l'offre aux États-Unis


Le système américain s’appuie sur quatre piliers, montre une analyse effectuée en 2014 par l’UPA à propos du système américain (et d’autres systèmes de gestion de l’offre ailleurs dans le monde).


1. Un soutien aux prix intérieurs par l’intermédiaire de la Commodity Credit Corporation (CCC).


2. Une gestion de l’offre, ce qui signifie que les quantités de sucre vendues au pays à des fins de consommation humaine par les transformateurs de betteraves sucrières et de canne à sucre opérant aux États-Unis sont fixées par la loi.


3. Des contingents tarifaires, permettant aux États-Unis de restreindre les importations de sucre sur son territoire.


4. Un programme de transformation de sucre en éthanol pour la production excédentaire de sucre aux États-Unis.


Selon l’analyse de l’UPA, d’autres pays ont aussi mis en place des systèmes de la gestion de l’offre tels que le Japon (le riz), la Norvège (le lait), l’Islande (lait), l’Ukraine (sucre) et Israël (le lait et les oeufs).



Un mauvais système, selon le C.D. Howe Institute


Même si on retrouve des systèmes de gestion de l’offre au Canada et ailleurs dans le monde, cela ne justifie pas pour autant ce type d’intervention dans l’économie, affirme Colin Busby, directeur associé à la recherche à l’Institut C.D. Howe.


«Ce système fait en sorte que les prix au détail sont plus élevés pour les consommateurs», dit-il, en citant une étude publiée en 2015 (Milked and Feathered: The Regressive Welfare Effects of Canada's Supply Management Regime).


Selon cette étude, la gestion de l’offre au Canada engendrerait des coûts supplémentaires moyens d'environ 444 dollars par année pour les consommateurs canadiens.


«Parmi les ménages les plus pauvres, le coût est particulièrement grave, ce qui représente un coût d'environ 2,3 pour cent du revenu annuel (339 dollars), ce qui en fait un système régressif», déplore Colin Busby.


Par ailleurs, l’analyste de l’Institut C.D. Howe affirme que la protection du marché canadien et l’absence de concurrence internationale font en sorte de limiter l’innovation dans ce secteur.


De plus, la gestion de l’offre interdit aussi aux transformateurs laitiers d’exporter leurs produits.


 


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