Donner à l'ESG le statut de l'ÉTS ?

Offert par Les Affaires


Édition du 09 Mars 2016

Donner à l'ESG le statut de l'ÉTS ?

Offert par Les Affaires


Édition du 09 Mars 2016

L'École des sciences de la gestion de l'UQAM (ESG UQAM) consultera les professeurs, les chargés de cours et les étudiants pour connaître leur intérêt sur la possibilité de sortir leur école du giron de l'UQAM.


Cette initiative n'est pas le résultat d'une improvisation. Plusieurs anciens doyens de l'ESG UQAM ont déjà demandé une plus grande autonomie de l'UQAM, mais rien n'a bougé.


Stéphane Pallage, le doyen, s'est fait élire il y a deux ans à la faveur d'un engagement à demander un statut d'autonomie associé à une péréquation, qui permettrait de redistribuer à l'ensemble de l'université une partie des revenus que l'ESG tire de son centre de perfectionnement, de ses programmes de formation continue, de ses activités à l'étranger (elle forme des étudiants au MBA dans 12 pays), etc. Il s'est fait dire non par le recteur, Robert Proulx.


De plus, la présidente du conseil, Lise Bissonnette, lui a même enjoint de ne pas discuter de cette proposition à l'extérieur des murs de l'université, ce qui a déplu à de nombreux professeurs au nom du principe de liberté d'expression, une valeur particulièrement chère au monde universitaire.


Face à ce refus, le doyen a lancé son plan B, qui l'amène à revendiquer la désaffiliation de l'UQAM et l'obtention d'un statut identique à celui de l'École de technologie supérieure (ÉTS), qui fait aussi partie de l'Université du Québec, à laquelle sont affiliées les universités de Trois-Rivières, de Rimouski, de Chicoutimi, de Gatineau et d'Abititi-Témiscamingue. L'ÉTS a son propre conseil d'administration.


Au moment de mettre sous presse, la proposition avait reçu l'appui de plus de 250 professeurs et chargés de cours. Un référendum est prévu à la fin d'avril auprès des professeurs, des chercheurs, des chargés de cours et des étudiants.


C'est un dossier très important pour la communauté uqamienne, auquel doit s'intéresser la société québécoise. Il est d'ailleurs facile de comprendre à la fois les revendications de l'ESG et la position de l'UQAM. L'ESG fournit le tiers des quelque 42 000 étudiants de l'établissement.


Pas seulement une question d'argent


L'ESG a une marge de manoeuvre financière très limitée. La part discrétionnaire de son budget serait de 300 000 $ sur un total de 110 millions de dollars. Les revenus que l'ESG tire de ses programmes de perfectionnement et de formation à l'étranger sont consolidés dans ceux de l'ensemble de l'université. À l'instar des autres facultés, l'ESG reçoit chaque année son budget en fonction des dépenses à répartir et sans tenir compte des revenus qu'elle génère de ses activités hors programme. Ce n'est pas le cas de HEC Montréal ni de certaines autres écoles de gestion, ni d'un nombre de facultés de sciences de l'administration d'autres universités, dont celle de Sherbrooke qui, selon son doyen François Coderre, conserve les revenus gagnés grâce à ses activités de perfectionnement.


L'ESG se sent également coincée au sein de l'UQAM, où ses professeurs et ses étudiants se font traiter de capitalistes et de profiteurs. On les accuse de «marchandiser l'éducation». Le printemps dernier, les étudiants de l'ESG ont refusé de participer au boycottage des cours et aux manifestations de militants de gauche de certaines facultés, appuyés par des professeurs activistes qui, aujourd'hui, supplient la direction de l'UQAM de garder sa tutelle sur l'ESG. Cette dernière est pénalisée en matière d'image, sa marque, ESG, étant ternie par celle de l'UQAM, qui est malheureusement entachée par quelques trouble-fêtes qui ne font qu'y passer le temps, sachant que le marché du travail leur est fermé.


Il est évident que, si l'ESG avait plus de ressources, elle pourrait se développer davantage, embaucher plus de professeurs, devenir plus concurrentielle, regagner des agréments prestigieux. Tout le Québec en profiterait.


Pour l'UQAM, l'ESG est la deuxième vache à lait après le gouvernement qui, cette année, lui demande des compressions de 12,5 M$. Ce sont aussi les employeurs des diplômés de l'ESG qui contribuent le plus aux campagnes de financement de la Fondation de l'UQAM.


Refuser de donner à l'ESG le statut d'indépendance que l'État a accordé à l'ÉTS, qui se développe admirablement bien, ce serait l'empêcher de s'émanciper davantage, d'améliorer son offre de formation et de briller de façon encore plus éclatante au sein de notre société et à l'étranger.


Bien sûr, dans une telle éventualité, l'UQAM se sentirait appauvrie. Mais ne serait-ce pas en même temps une formidable occasion de faire le ménage dans ses programmes de formation et de devenir plus efficace ?


Si le statut d'indépendance de l'ESG proposé dans le référendum à venir reçoit un large appui, le gouvernement devrait considérer cette solution. Empêcher l'ESG de se développer davantage et de faire plus et mieux pour la formation de nos gestionnaires et de nos entrepreneurs équivaudrait à s'avouer vaincu face aux changements nécessaires au lieu de s'attaquer à la poursuite de l'excellence.


J'aime


Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a lancé un projet-pilote auprès de trois cliniques privées pour établir le coût de certaines chirurgies d'un jour et les comparer avec celui des chirurgies effectuées dans le système public.


Je n'aime pas


Ce sont 69 M$ qu'encaisseront les 11 administrateurs et les 8 hauts dirigeants de Rona à la suite de la vente à Lowe's. Une telle somme a placé dans un conflit d'intérêts manifeste les personnes qui ont pris la décision d'accepter l'offre de Lowe's. Ce montant se répartit ainsi : 6,9 M$ pour les actions ordinaires déjà détenues, 40,2 M$ «au terme de l'arrangement relativement aux attributions incitatives», 17 M$ en vertu du régime d'intéressement et 4,9 M$ au titre d'un «programme spécial de maintien en fonction et de primes de transition». Une autre preuve que les systèmes de rémunération sont détraqués.


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À propos de ce blogue

Tour à tour rédacteur en chef et éditeur du journal Les Affaires pendant quelque 25 ans, Jean-Paul Gagné en est l’éditeur émérite depuis 2007. En plus de publier un commentaire hebdomadaire dans le journal et de tenir un blogue dans LesAffaires.com, il participe à l’organisation d’événements et représente le journal dans les milieux d’affaires. Il est aussi appelé à commenter l’actualité dans d’autres médias et à prononcer des conférences. Jean-Paul Gagné a consacré sa vie professionnelle au journalisme économique. Avant son entrée aux journal Les Affaires, qu’il a contribué à relancer pour en faire la principale publication économique du Québec, il a passé une douzaine d’années au quotidien Le Soleil, où il était journaliste économique et cadre à la rédaction. Jean-Paul Gagné est diplômé en économie et en administration. Il a reçu de nombreuses marques de reconnaissance, dont les prix Hermès et Gloire de l’Escolle de l’Université Laval, le prix Carrière en journalisme économique de la Caisse de dépôt et placement et Merrill Lynch et le Prix du livre d’affaires remis par Coop HEC Montréal et PricewaterhouseCoopers. Il siège au conseil d’administration d’organismes sans but lucratif.

Jean-Paul Gagné

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