Pétrole : attention aux troubles en Iran !

La Presse Canadienne . les affaires.com . 23-06-2009

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La manifestations sont quotidiennes depuis le 12 juin. Photo : Bloomberg.

Son secteur pétrolier, vital, est en effet en voie de connaître une stagnation, avec une production et des investissements en berne.


Dans d'autres circonstances, Mahmoud Ahmadinejad, dont la réélection annoncée est dénoncée par les partisans de l'opposition, aurait pu profiter de la main tendue de Barack Obama pour tenter de mettre progressivement un terme à l'isolement international de l'Iran, dont l'industrie pétrolière a largement souffert.



Avec les sanctions américaines et les inquiétudes liées au programme nucléaire de Téhéran, nombre de compagnies pétrolières étrangères évitent l'Iran. Et la crise actuelle, mettant en lumière une fracture au sein de l'élite dirigeante, ne va pas arranger les choses.



L'économie était au coeur de la campagne électorale. Ses adversaires accusaient Ahmadinejad d'avoir gaspillé les revenus record du pétrole du premier semestre 2008 pour financer des projets populistes destinés à apaiser son électorat rural.



Le pays, qui, selon l'Administration américaine d'information sur l'énergie, abrite les troisièmes réserves pétrolières recensées au monde, reste confronté à une inflation approchant les 25% alors même qu'elle a chuté chez les autres grands producteurs de la région.



Le chômage reste à près de 20% de la population active et l'effondrement des prix du pétrole lors de la deuxième moitié de l'année dernière, menace d'entamer fortement la capacité du gouvernement à maintenir le programme de subventions qu'il utilise pour garder les faveurs de sa base électorale.



Le plus gros problème de l'Iran, c'est le déclin de la production pétrolière, dont la baisse annuelle est comprise entre 4 et 8%, soit environ 200.000 à 350.000 barils/jour, selon les analystes.



Pour relancer la croissance, l'Iran doit augmenter ses capacités de production par des investissements et un développement technologique, ce qu'il n'a pu suffisamment faire jusqu'ici à cause des sanctions.



Aujourd'hui, "la situation politique place le pays en suspens", explique Raja Kiwan, analyste basé à Dubaï au sein de la firme de consultants PFC Energy. "On peut tous voir que c'est une situation temporaire, mais cela ne rend pas service au pays au moment où il doit déjà faire face à des prix du pétrole bas".



Dans d'autres circonstances, Mahmoud Ahmadinejad aurait pu poursuivre ses efforts pour attirer les firmes russes et chinoises sur de grands projets d'exportation, comme le gigantesque champ gazier de South Pars.



De tels accords ont non seulement permis de montrer que le président extrémiste tenait tête aux Occidentaux, mais aussi compensé un peu l'absence des sociétés occidentales. L'Iran a ainsi annoncé que le Chinois CNPC remplacerait Total comme investisseur principal, le géant pétrolier français ayant préféré prendre ses distances.



Mais la situation actuelle pourrait décourager encore les investisseurs. Même s'ils ne font pas machine arrière, la participation active de compagnies comme CNPC pour la Chine ou Petronas pour la Malaisie dans la Phase 11 du projet South Pars, ne pourra pas combler le manque de technologie "downstream", c'est-à-dire de raffinage et de retraitement, de l'Iran.



Selon les spécialistes, près de 70% de cette technologie, comme la construction d'usine de liquéfaction pour le gaz, repose entre les mains de firmes américaines.



Le secteur pétrolier iranien souffre déjà de ce manque, comme l'illustrent les difficultés de l'énorme projet d'injection de gaz sur le gisement d'Aghajari: le projet, inauguré au début du mois, consiste à injecter environ 60 millions de mètres cube par jour, en provenance de plusieurs secteurs de South Pars, pour repressuriser le vieux champ pétrolier d'Aghajari, dont la production a chuté de près d'un million de b/j, à environ 200.000.



Les experts, toutefois, doutent que la production puisse remonter très au-dessus des 300.000 b/j, et beaucoup pensent que les retards accumulés dans les phases 6 et 8 du projet South Pars signifient que le projet ne sera pas pleinement opérationnel avant octobre.



Même les phases du projet South Pars impliquant des firmes européennes souffrent de retards et d'après des experts, le manque d'installations pour traiter le gaz sur le site signifie qu'une partie de la production doit être brûlée ou écartée. Ce qui aurait pu être évité si le pays avait pu obtenir les investissements et la technologie nécessaire des Occidentaux. Et la crise ne va sans doute pas arranger les choses: "Les Iraniens vont être très centrés sur eux-mêmes pendant un moment", souligne M. Kiwan, "et cela pose la question de la façon dont ils vont attirer le niveau d'investissement dont ils ont besoin".

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