SAQ : avant de privatiser, libéraliser !

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Mai 2017

SAQ : avant de privatiser, libéraliser !

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Édition du 06 Mai 2017

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[Photo: 123RF]

Privatiser ou ne pas privatiser ? Le questionnement sur le statut de la SAQ refait surface périodiquement, au gré des critiques sur le prix de ses produits, sa gestion ou son efficacité. Une autre critique, moins fréquente mais tout de même importante, est le peu d'espace que le monopole public laisse aux petits entrepreneurs. Cette dernière préoccupation devrait guider le gouvernement dans sa présente réflexion sur la libéralisation du marché de l'alcool, et pourrait mener à une troisième voie entre le statu quo actuel et une privatisation complète.


Ailleurs au Canada, certaines réformes ont vu le jour pour libéraliser les marchés de l'alcool, quoique de façon incomplète. En Alberta, les succursales de l'Alberta Liquor Control Board ont toutes été vendues ou fermées au début des années 1990. Les détaillants privés doivent cependant payer une majoration à l'État, qui contrôle toujours le marché de gros. En Colombie-Britannique, des magasins exploités par l'État cohabitent avec des commerces privés. L'approvisionnement demeure toutefois un monopole public. En Europe, en revanche, des contextes de marchés libres, où des détaillants importent, distribuent et vendent des bouteilles en situation de concurrence et sans avoir à passer par l'État, existent dans la plupart des pays. En Belgique, par exemple, un pays non producteur de vin, des centaines de cavistes se font concurrence. La diversité des bouteilles est presque le triple d'ici, et les prix sont nettement moins élevés.


Au Québec, un premier effort de libéralisation devrait être de permettre à de petits commerçants de vendre librement des vins de toutes sortes. Ces cavistes pourraient importer eux-mêmes leurs vins et les vendre en boutique sans avoir à passer par la SAQ ni à payer la majoration qui y est associée.


On peut s'attendre à ce que ces nouveaux joueurs évitent de concurrencer la SAQ sur certains produits pour lesquels elle détient un avantage - grâce à son image de marque ou à la taille de ses surfaces - et se spécialisent au départ dans des produits de niche. On peut aussi présumer que ces petits cavistes tenteront d'obtenir des parts de marché en vendant des produits ciblés à des prix plus bas que la SAQ, ce qui mettra une pression à la baisse sur les prix. Le consommateur y trouvera son compte, puisqu'au lieu d'y avoir un acheteur unique de vins (la SAQ) choisissant ce qui sera vendu partout dans la province, il y aura plusieurs centaines d'acheteurs sur le territoire, qui laisseront libre cours à leurs préférences et répondront aux demandes de leurs clients pour de nouveaux produits.


L'arrivée de cavistes indépendants dynamisera l'économie locale et créera des emplois, notamment en région, où il existe déjà des producteurs de vins artisanaux et spécialisés.


À l'heure actuelle, les dépanneurs et les épiceries ne peuvent vendre que des vins embouteillés au Québec, ce qui réduit grandement le choix de vins offerts aux consommateurs, leur qualité et l'information sur ceux-ci. Dans une perspective de libéralisation, l'État devrait aussi autoriser les détaillants en alimentation à vendre de l'alcool sans restriction, comme le font les épiceries françaises ou américaines, entre autres. L'accès aux produits en sera amélioré, notamment pour les gens habitant en région.


Le monopole de l'État sur la vente d'alcool a été mis en place à l'époque de la prohibition et ne répond plus à aucun objectif rationnel. Il n'est pas à l'avantage des consommateurs, et il empêche l'entrepreneuriat et l'innovation dans ce marché. Il n'est pas plus justifié quant à son apport fiscal, puisque le gouvernement a d'autres moyens de percevoir des revenus.


L'État devrait permettre à des commerçants spécialisés et aux épiceries de vendre librement des vins de toutes sortes, en concurrence avec la SAQ, qui aurait toute la latitude pour poursuivre ses activités dans le commerce de détail. En plus d'être politiquement réaliste, puisqu'une vaste majorité de Québécois sont en faveur de ces changements, une telle réforme donnerait une chance à des entrepreneurs québécois de réussir dans ce marché, tout en augmentant le choix de produits disponibles et l'accès à ces produits pour les consommateurs.


Par Germain Belzile et Mathieu Bédard, respectivement chercheur associé senior et économiste à l'Institut économique de Montréal (IEDM)


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