Transport aérien : réduire les effets nocifs du glycol par... le glycol

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Août 2015

Transport aérien : réduire les effets nocifs du glycol par... le glycol

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Août 2015

Par Martin Jolicoeur

Photo: Aéroports de Montréal

Du point de vue environnemental, l’utilisation massive du glycol par les transporteurs aériens pour le dégivrage des avions constitue un problème auquel il fallait trouver une solution. Une entreprise de Montréal pourrait bien avoir découvert une part importante de celle-ci.


C’est en tout cas la prétention d’Aéroports de Montréal (ADM), gestionnaire des aéroports internationaux de Montréal (Montréal-Trudeau) et de Mirabel, et d’Aéro Mag, une société de l’arrondissement Saint-Laurent qui se spécialise depuis un peu plus de 20 ans dans la fourniture de services de dégivrage dans les aéroports.


Essentiel pour assurer la sécurité des appareils pendant l’hiver, le dégivrage des avions est une composante cruciale des activités des aéroports partout en Amérique du Nord. La procédure consiste à vaporiser les appareils avant leur décollage d’une solution d’éthylène glycol, dont la concentration dépend des conditions météorologiques.


Première mondiale à Montréal


Incolore, inodore, visqueux et peu volatil, le glycol permet d’éliminer et de prévenir la formation de glace, de neige ou de givre sur le fuselage et les ailes des appareils en abaissant le point de congélation de l’eau. Le hic est qu’en raison de son niveau élevé de miscibilité avec l’eau, ce liquide hautement toxique se répand facilement dans les écosystèmes, risquant chaque fois d’hypothéquer la santé de la population et de l’environnement.


Or, au terme d’une décennie de R-D et des investissements de 10 millions de dollars (dont 7,1 M$ d’ADM), Aéro Mag n’a pas seulement trouvé le moyen de récupérer le produit hautement toxique – ce qu’elle faisait depuis plusieurs années déjà –, mais elle a réussi à le récupérer par distillation avec une efficacité telle qu’il est maintenant possible de le réutiliser dans ses fonctions d’origine.


Résultat : sans faire beaucoup de bruit, cette avancée technologique majeure a fait de l’aéroport Montréal-Trudeau, en octobre, le premier aéroport du monde à ramener le glycol usé à une concentration minimale de 99,5 % et à pouvoir, de ce fait, le réutiliser comme produit certifié pour le dégivrage des avions. ADM et Aéro Mag ont aussi reçu en juin les grands honneurs des Prix Novae de l’Entreprise citoyenne de l’année, catégorie « Matières résiduelles », grâce à cette innovation.


« Ailleurs, explique Christiane Beaulieu, vice-présidente, affaires publiques et communications d’ADM, on récupère le produit usé pour ensuite en disposer de la manière la moins dommageable possible pour l’environnement. D’autres parviennent à le revendre comme produit antigel dans les industries automobile et minière. Mais nulle part ailleurs on ne parvient comme ici à atteindre un niveau de pureté qui permet le réemploi de ce produit pour le dégivrage des avions. »


Grand intérêt à l’étranger


Forte de ce succès, l’entreprise montréalaise attire l’attention de partout dans le monde, souligne Mario Lépine, président d’Aéro Mag.


C’est qu’en plus de réduire au minimum l’achat de glycol, les frais de disposition de ses résidus usés et les risques pour l’environnement, cette façon de faire parviendrait à diminuer la consommation de deux millions de litres d’eau par année à Montréal et à réduire de 30 % annuellement les dépenses des transporteurs (pouvant constituer plusieurs centaines de milliers de dollars) liés à l’achat d’éthylène glycol et aux activités de dégivrage dans leur ensemble.


« L’intérêt est là, c’est certain. Et je peux vous assurer que je fais plus que le sentir ! » confirme le président d’Aéro Mag, dont les seules installations à Montréal-Trudeau permettent de dégivrer jusqu’à 48 avions à l’heure. Prudent, ce dernier précise que si cette innovation devait avoir des suites – ce qu’il souhaite – elles ne pourraient être espérées du jour au lendemain. Ce sont des développements qui demandent un grand investissement en savoir-faire, temps et argent.


Outre les aéroports de Dorval et de Mirabel, l’entreprise fondée en 1994 est également active dans six autres aéroports canadiens (Ottawa, Vancouver, Toronto Island, St. John’s, Calgary, Edmonton), trois aéroports américains (Cleveland Hopkins, Denver, Newark Liberty) et en Europe, à l’aéroport Heathrow de Londres.


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