Frustration et inquiétude chez les employés de Bombardier

Publié le 08/11/2018 à 14:09

Frustration et inquiétude chez les employés de Bombardier

Publié le 08/11/2018 à 14:09

Par Martin Jolicoeur

«C'est l'incertitude de ne pas savoir qui est le plus difficile», affirme David Chartrand, représentant de l'AIMTA, affilié à la FTQ, l'un des syndicats qui représentent les employés de Bombardier au Québec et en Ontario. [Photo: courtoisie]

Les employés de Bombardier n’ont pas manqué d’exprimer leur frustration et de vives inquiétudes à la suite de la dernière annonce de ventes et de mises à pied de la multinationale québécoise.


«Nous sommes frustrés et profondément déçus de l’annonce et de la façon dont cette dernière nous a été communiquée, a réagi David Chartrand, représentant syndical de milliers de travailleurs de Bombardier. À défaut de mieux, on se retrouve aujourd’hui avec plus de 15 000 employés qui se demandent, à deux mois de Noël, s’ils sont à la veille de perdre leur travail.»


À l’occasion de la présentation de ses résultats financiers du troisième trimestre, Bombardier a annoncé ce matin la vente de son programme de fabrication des avions Q-400 à une filiale de Vicking, de même que la vente de l’ensemble de ses activités de formation à la multinationale CAE


La direction en a profité pour annoncer 5 000 nouvelles mises à pied parmi ses employés, dont 2 500 au Québec. Les trois-quarts de ces coupes se feront dans sa division aéronautiques et la plupart prendront effet au cours des 18 prochains mois, a précisé la direction en entretien avec Les Affaires.


« C’est une très mauvaise nouvelle, a indiqué pour sa part Renaud Gagné, directeur général du syndicat Unifor au Québec. Cela lance un message inquiétant pour l’avenir de l’industrie alors même que ce secteur est en pleine pénurie d’employé.» 


Ce syndicat représente 1 900 travailleurs du Centre de finition des avions Global de Bombardier, ainsi que ceux de l’assemblage de ses turbopropulsés de Série Q, situés dans la région de Toronto. Bien que les résultats financiers de Bombardier soient positifs, les compressions (5 000 emplois dans le monde, dont la moitié au Québec) soulèvent de nombreuses inquiétudes.


Dans le noir


Le syndicat Unifor comme l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA) se plaignent de ne pouvoir, faute de plus d’informations, rassurer leurs membres.


« De ce que nous comprenons, c’est qu’il s’agit principalement d’emplois reliés à l’ingénierie. Mais rien n’est certain, car nous n’avons reçu aucun détail. Globalement, ces annonces nous laissent donc dans le noir quant à la suite des choses », a indiqué M. Gagné, représentant d’Unifor. 


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Et le même problème se pose en ce qui a trait à l’avenir des travailleurs d’unités, comme celles liées à la Série Q en Ontario, aujourd’hui vendue. Il importe de noter à ce propos que les centaines d’employés de ces usines et centres de formation, lesquels passent aujourd’hui aux mains de nouveaux propriétaires, ne sont pas pris en compte dans les 5 000 mises à pied annoncées.


Du nombre des employés qui changent d’employeurs, combien perdront prochainement leur emploi? «À ce moment-ci, déplore M. Gagné, nous n’avons aucune idée de ce que cette vente implique pour nos consoeurs et confrères. C’est inquiétant.»


David Chartrand, représentant de quelque 4 500 travailleurs de Bombardier, membres de l’AIMTA, affilié à la FTQ, abonde dans le même sens, parvenant difficilement à contenir la frustration et l’inquiétude de ses membres. «Qu’est-ce qu’on peut leur dire? Nous ne savons à peu près rien. À quoi pensez-vous que ressemblera le moral des travailleurs dans les prochains 18 mois. Ce sont eux qui devront vivre avec cette inquiétude. Ce n’est pas drôle.» 



Évidemment, les travailleurs de Bombardier ont encore frais en mémoire la vente du programme CSeries à la multinationale Airbus. Cet appareil a été rebaptisé depuis A220 par la direction européenne, basée à Toulouse, en France.


Viennent aujourd’hui s’ajouter la vente de ses centres de formation et de toutes ses activités de conception, fabrication et d’assemblage de ses turbopropulsés de la Série Q. Et cela va sans compter le flou entourant l’avenir de son programme d’avions régionaux CRJ.


En entrevue avec Les AffairesBombardier a admis jeudi réfléchir aussi au sort qu’elle réservera à ce programme, longtemps considéré comme le porte-étendard et vache à lait de sa division aéronautique. Ce programme d’avions assure à lui seul un boulot à quelque 2 000 travailleurs chez Bombardier à Montréal. 


«Est-ce que le CRJ sera le prochain? À chaque fois on se dit que ce n’est pas possible, explique David Chartrand. Est-ce que ces annonces vont finir un jour? C’est l’inquiétude de ne pas savoir qui est le plus difficile dans tout cela.»


Pénurie et perte de compétitivité


Ce qui inquiète aussi les syndicats est le risque que ce type d’annonce détourne les étudiants de leur projet d’études dans l’un ou l’autre des domaines liés à l’industrie aéronautique. 


Le Québec dispose de programmes de niveaux secondaire, collégial et universitaire, dont certains peinent à intéresser une clientèle étudiante suffisamment nombreuse pour assurer sa survie. 


Selon Aéro Montréal, le secrétariat de la grappe aéronautique de la métropole, l’industrie aérospatiale regroupe toujours 40 000 travailleurs au Québec. Cela, malgré les nombreuses difficultés vécues par Bombardier ces dernières années. 


Et selon les prévisions du CAMAQ, le comité sectoriel de main-d’oeuvre de l’industrie, encore 30 000 emplois seront à combler dans le domaine au cours des dix prochaines années au Québec.


Si l’on continue à vivre des annonces pareilles, les représentants de l’industrie craignent que le Québec ne parvienne pas à maintenir le bassin de main-d’œuvre qualifiée qui fait la richesse et l’attractivité de l’industrie sur la scène internationale.


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