
La main-d'oeuvre issue de l'immigration est
une mine d'or pour faire face aux problèmes d'embauche dans
les PME. Pourtant, moins d'une PME sur cinq a engagé des
immigrants au cours des cinq dernières années. Or,
gérer la diversité est plus simple qu'il n'y
paraît. Explications.
Les faits : plus de 30 000 postes deviendront vacants d'ici 2011.
42 % des PME du Québec sont à la recherche de
personnel technique et spécialisé. Le taux de
natalité est faible.
Les faits : 45 000 immigrants arrivent au Québec chaque
année. Leur taux de chômage est le triple de celui des
Québécois (18 %), et ils représentent le
cinquième des 380 000 bénéficiaires de l'aide
sociale. Pourtant, moins de 20 % des PME qui ont embauché du
personnel au cours des cinq dernières années ont
choisi des immigrants.
La question : est-il si difficile de comprendre que les immigrants
sont une des solutions pour régler le problème de la
pénurie de main-d'oeuvre ? " Les PME s'imaginent que c'est
compliqué d'engager un immigrant. C'est faux ! fustige
Guadelupe Vento, consultante privée en relations
interculturelles depuis 20 ans. Mais heureusement, les choses
changent. " Elle remarque une ouverture " récente et intense
" des PME face à l'immigration.
Même les gouvernements commencent à bouger.
Citoyenneté et Immigration Canada entend prioriser les
demandes d'immigration des travailleurs qualifiés en tenant
compte des besoins sur le marché du travail. Ottawa veut
modifier la Loi sur l'immigration pour faciliter la venue des 600
000 travailleurs qualifiés en attente d'un visa. Et le
gouvernement du Québec agira aussi de son côté
(voir l'entrevue " Québec passe à l'action ",
à la page 14). Bref, on s'agite à tous les
étages.
Bien sûr, les immigrants n'ont pas tous le profil
recherché. Toutefois, comme vous le verrez au fil des pages
de ce magazine, il existe des programmes structurés et des
initiatives privées pour jumeler leurs compétences
aux besoins des employeurs. Par exemple, le Service d'orientation
et d'intégration des immigrants au travail (SOIIT) a
aidé 7 000 immigrants de Québec depuis 1985 et
soutient aussi les PME grâce à sa banque de candidats
qui sont résidents permanents ou réfugiés. Les
compétences de chacun sont analysées selon le
diplôme reconnu par le ministère de l'Immigration. Si
une formation est nécessaire, ils sont orientés vers
une des nombreuses institutions avec lesquelles le SOIIT a conclu
des ententes. " L'immigration ne palliera pas le déficit
démographique, mais elle peut aider à répondre
au problème que pose la pénurie de main-d'oeuvre ",
souligne le directeur, Babakar-Pierre Touré.
Préparer le terrain
Cela dit, intégrer le milieu du travail n'est pas qu'une
question de compétences. Il faut que l'employé
comprenne son nouvel environnement de travail et que l'employeur
apprenne à connaître son nouvel employé. Or,
selon les chiffres fournis par la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), moins du
tiers des PME qui ont engagé des immigrants au cours des
dernières années ont offert un service de mentorat ou
organisé des activités sociales pour faciliter leur
insertion, et seulement 29 % ont donné des cours pour
sensibiliser les employés à d'autres cultures. " Les
conflits éclatent pour des riens ! Quelqu'un qui serre la
main à tout le monde en arrivant au travail ou un
employé trop parfumé peut provoquer un malaise chez
les travailleurs québécois ", dit Babakar-Pierre
Touré. Et dire " Il fait beau dehors, non ? " au
début d'une conversation sans s'enquérir d'abord de
l'état de santé de la personne à qui l'on
s'adresse peut être insultant. Dans certaines cultures, les
gens viennent avant les choses, et la température est une
chose. Il faut aussi comprendre pourquoi un employé qui veut
une faveur réitère sa demande en dépit du
refus de son supérieur. Dans le Sud, tout se marchande, et
la réponse de l'employeur est perçue comme une
contre-proposition. Résultat : l'employé revient
à la charge !
" Quand il y a des conflits, nous faisons appel aux services
d'experts. Il serait pourtant plus facile d'apprendre à les
éviter ", se désole Guadelupe Vento, qui estime que
les PME négligent le travail de préparation
nécessaire en amont. Pas étonnant que les dirigeants
de PME suivent des formations pour y trouver des moyens de
résoudre les problèmes ! Pour Michel Jacob, formateur
au ministère de l'Immigration, " il n'y a pas de recette
miracle, mais certaines attitudes doivent être
adoptées ". Parmi elles, il y a l'acceptation de
l'ambiguïté et de l'imprévu. Certains
éléments d'une situation sont susceptibles de nous
échapper et cela n'a rien de dramatique. Vouloir tout
prévoir est une attitude très nord-américaine.
Par ailleurs, en cas de mésentente, on utilise la "
décentration ". C'est simple : on analyse la discussion avec
du recul, comme le ferait une tierce partie, afin de comprendre la
position de l'autre et de dénouer l'impasse. Bien sûr,
faire preuve d'ouverture, notamment face à la culture de
l'autre, est incontournable. Par exemple, dans la culture
asiatique, la relation interpersonnelle précède toute
relation d'affaires, le patron saluera ses employés
asiatiques, les questionnera sur leur famille, etc.
" Pourquoi ne pas agir ainsi avec tous les employés ? Les
Québécois aussi aiment être reconnus ", dit
Michel Jacob d'un ton rieur. Un dernier truc : l'innovation. Un
employé a besoin de plus de temps le midi pour aller
à la mosquée ? On s'arrange pour qu'il commence sa
journée de travail plus tôt. Face à de nouveaux
défis, les entreprises doivent inventer de nouvelles
solutions. " Les PME gèrent déjà la
diversité. Leurs employés sont des femmes ou des
hommes, des célibataires ou des parents. La diversité
culturelle n'est pas plus complexe ! " conclut Michel Jacob.
Chose certaine, ces efforts se font sur tous les plans. Le SOIIT
soumet les immigrants à une mise à niveau culturelle
et les initie par petits groupes aux rouages des divers milieux de
travail québécois. Pour sa part, la formatrice
Guadelupe Vento suggère d'offrir des cours aux cadres
intermédiaires. " Ils se trouvent en première ligne
face aux employés, et ils assurent le lien entre le patron
et les employés ", explique-t-elle. Le ministère de
l'Immigration est même en train de préparer une
formation sur mesure pour les cadres. " Il existe des ressources
pour faciliter l'insertion des travailleurs immigrants. Le
problème, c'est que les PME ne semblent pas savoir comment
en profiter ", soutient pour sa part le député
d'origine haïtienne Emmanuel Dubourg (voir l'entrevue "
Québec passe à l'action ", à la page
14).
Les chiffres semblent lui donner raison, puisque seulement 16 % des
PME ont eu recours à un programme gouvernemental ou à
une agence de recrutement pour trouver de la main-d'oeuvre
constituée d'immigrants. D'autres solutions existent, comme
vous le verrez dans l'encadré " Trois filières de
recrutement ".