Voici venu le temps des Jeux olympiques. Ils en auront fait couler de l'encre, ces Jeux ! On a beaucoup parlé, entre autres, du fait que les athlètes ont été pris en otage. En fait, ce n'est qu'à moitié vrai. La vérité est qu'on fait erreur sur les vilains. Ce ne sont pas ceux qui ont réclamé que les chefs d'État boycottent la cérémonie d'ouverture qui ont pris les athlètes en otage. Non. Ce sont plutôt les décideurs du Comité international olympique (CIO). Après tout, ce sont eux qui, en juillet 2001, ont attribué les Jeux à la Chine sans penser à la situation impossible dans laquelle ils plongeraient les athlètes. Une situation dont aucun de ces sportifs n'avait besoin. En choisissant Toronto, le CIO aurait évité que nos athlètes soient confrontés à un dilemme moral. Cela étant dit, quand on s'attarde à la gouvernance du CIO, on comprend pourquoi cette décision a été prise. Cet organisme est une aristocratie, le dernier vestige d'une époque révolue.
Le CIO réunit 115 membres cooptés parmi lesquels
se trouvent quelques Canadiens, dont l'avocat Dick Pound. Comme les
membres sont admis par cooptation, ils ne sont pas élus par
les gouvernements. Ils doivent plutôt gagner l'appui de
membres qui siègent déjà au comité.
Seul un système de ce genre - lire : un système
fermé - a pu nommer, en 1980, Juan Antonio Samaranch
président, malgré son passé de ministre sous
la dictature du général Franco. Faut-il ajouter que
personne n'a été étonné lorsque des
accusations de corruption ont été lancées
contre certains membres du CIO ?
Quel processus a mené au choix de la Chine comme terre
d'accueil des Jeux olympiques de 2008 ? Le rapport
d'évaluation réalisé par la commission du CIO
afin de comparer les candidatures révèle qu'aucun
critère relatif au respect des droits de la personne n'a
été pris en compte lors de l'analyse, laissant
à chacun des 115 membres du CIO le soin de " parvenir
à leurs propres conclusions " sur " certaines questions
politiques telles que les droits de l'homme ". Aucune
évaluation des avantages et des inconvénients
présentés par le choix de la Chine sur le plan de
l'amélioration des droits de la personne n'a donc
été faite par les membres du CIO. Pas plus qu'ils
n'ont tenu compte du point de vue des athlètes.
Les grandes organisations internationales ne fonctionnent pas
ainsi. Qu'il s'agisse du Conseil de sécurité de
l'ONU, du Fonds monétaire international (FMI) ou de la
Banque mondiale, ces organisations sont gouvernées par des
représentants élus par des pays souverains. Par
exemple, pour conserver son siège au Conseil de
sécurité, le Canada devra gagner l'appui des autres
pays souverains et non celui d'une petite aristocratie. Il est
temps de nettoyer le CIO en réformant sa gouvernance.
On dit que l'attention que reçoit la Chine depuis plusieurs
mois, parce qu'elle accueille les Jeux, fera progresser ce pays sur
la route des droits de la personne. Nous pourrions en
débattre longtemps... Mais une chose est sûre : le
choix de ce pays est loin de profiter aux athlètes.
François Rebello s'intéresse aux questions
d'investissement responsable et a été PDG du Groupe
investissement responsable jusqu'en mars 2007. En 2005, il a
voté dans plus de 500 assemblées
d'actionnaires.