Le mois dernier, j'ai dénoncé tout ce qui
clochait dans les comités de direction. La vie de
gestionnaire n'a pas besoin d'être aussi pénible. Je
vous propose une autre façon de vivre ces rencontres en
sachant que la plus efficace est de réfléchir par
vous-même et d'inventer votre propre modèle en
fonction de ce que vous êtes.
Une réunion du comité de direction doit servir
à se faire entendre, tout en sachant comment se sentent nos
collègues - ces autres dont nous avions parfois peur - et
comment nous pouvons les aider. Ainsi, nous avons le sentiment
d'avoir parlé et dialogué de choses vraiment
essentielles. Si tant de JE sont devenus démesurés,
c'est parce qu'il y a très peu de véritables projets
collectifs. Pourtant, nous avons tous le désir de contribuer
à quelque chose de plus grand que nous-mêmes.
Pour qu'il y ait un projet collectif, il est d'abord capital de
définir le bien commun, notre bien commun. Ainsi, nous
prendrons des décisions non pas en fonction de nous, de
notre service, mais en fonction du bien de tous. Qu'est-ce qui
importe à ce moment dans notre organisation ? Nous passons
tellement de temps à parler de sujets sans importance que
notre intelligence et notre motivation finissent par s'atrophier
!
Cependant, que vaut un projet collectif si ceux qui doivent le
porter n'ont ni la motivation, ni l'énergie de le faire ?
Ainsi, toute rencontre du comité de direction devrait
débuter par une question : "Comment ça va ?" Si les
vice-présidents ou le président ne vont pas bien,
l'avenir de l'organisation m'inquiète. Et si personne ne
peut en parler, cela m'inquiète encore plus ! Le patron du
Réseau de transport de Québec, Normand Carrier, a
d'ailleurs instauré les déjeuners "Comment ça
va ?" du DG pour se rapprocher de ses 1 000 employés et
saisir le climat qui règne dans son entreprise. Robert
Dutton, président de RONA, mange tous les midis à la
cafétéria. Il veut savoir comment va son
personnel.
Les organisations, doit-on le rappeler, sont composées de
personnes. Les comités de direction aussi. Toutefois, trop
souvent, ce ne sont pas les personnes qui se présentent
à la réunion, mais plutôt leur titre. Dans les
groupes qui ont choisi d'évoluer, les membres en viennent
à oublier leurs titres. Ils se retrouvent entre personnes
intelligentes, au service d'un projet commun où tous les
talents sont mis à contribution.
Martine, cadre supérieure, me disait l'autre jour : "J'ai
hâte d'être à la prochaine rencontre du
comité de direction. Je me sens un peu mal à l'aise
dans mon nouveau rôle et j'aimerais en parler au groupe.
Leurs commentaires m'aideront à devenir une meilleure
leader." Pour elle, le comité de direction est devenu un
espace de partage et de soutien où tous deviennent meilleurs
ensemble. Mais pour que survienne ce revirement, il a fallu un
drame. L'an dernier, deux des membres de ce comité ont
démissionné pour cause d'épuisement
professionnel. Le reste du groupe était atterré.
"Comment avons-nous pu ne rien remarquer alors que nous nous voyons
toutes les semaines ?" Depuis, ils ont choisi d'expérimenter
un autre type de réunion.
La coach Danielle Sauvageau souligne que nous savons souvent
prendre de bonnes décisions, mais plus rarement la
meilleure. Ce discernement exige du temps et la contribution de
toutes les intelligences. Votre comité de direction devrait
être un espace de confiance et de conscience propice à
la créativité. Un environnement favorable à
votre propre évolution et à celle du groupe. Nous
grandissons dans la rencontre de l'autre et ces espaces de
confiance deviennent le plus grand joyau d'une organisation.
À votre prochaine réunion du comité de
direction, serez-vous celui qui osera proposer que ces rencontres
se déroulent autrement ?