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Samedi 04 juillet 2009
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Pour ceux qui s'apprêtent à accrocher
leurs patins, l'effondrement des marchés boursiers suscite
de l'inquiétude et beaucoup de questions. Voici nos
réponses.
Chaque fois qu'un client anxieux se présente à son
bureau de la Place- Ville-Marie, Brigitte Felx ressort son
graphique qui montre l'ascension opiniâtre des cours
boursiers, malgré les multiples corrections,
récessions, chocs et krachs. "Mes clients sont inquiets, car
ils n'ont qu'une vague idée de leurs projets de retraite,
des moyens dont ils disposent pour les réaliser et de ce que
cela va leur coûter. Le seul fait de clarifier ces aspects
réduit leur stress", explique la planificatrice de RBC
Banque Royale.
Toutefois, les gens qui s'apprêtent à quitter le
marché du travail et dont le portefeuille vient
d'enregistrer une baisse de 10, 20 ou 30 % pourraient bien manquer
la reprise. Ils se demandent s'ils auront assez d'argent pour
assurer leurs vieux jours. Ils s'inquiètent de leurs
placements, mais aussi de leur régime de retraite. Dans ces
circonstances, faut-il modifier sa stratégie de placement ?
Revoir ses projets ? Réduire ses dépenses ? Repousser
le moment de la retraite ?
"Les réponses à ces questions diffèrent selon
les cas", dit Brigitte Felx. Nous tenterons tout de même d'y
répondre et de vous fournir les outils
nécessaires.
Quelles sont mes sources de revenu à la retraite
?
Bonne nouvelle : vous aurez d'autres sources de revenu que votre
épargne pour vivre quand vous serez à la retraite.
Les retraités québécois ont droit à la
Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) du
gouvernement fédéral à partir de 65 ans, et
à la rente de retraite du Régime de rentes du
Québec (RRQ), disponible à partir de 60 ans. Les
personnes à faibles revenus ont aussi droit au
Supplément de revenu garanti (SRG), versé dans le
cadre d'un programme fédéral.
La mauvaise nouvelle, c'est que ces revenus sont insuffisants. Par
exemple, un célibataire de 65 ans qui touchait un salaire
moyen de 50 000 dollars aurait reçu en 2008 près de
19 000 dollars des régimes publics s'il n'avait aucune autre
source de revenu. Avant impôt, ce montant équivaut
à 38 % du revenu moyen durant la vie active.
Vous faites peut-être partie des 42 % des travailleurs
québécois qui participent à un régime
complémentaire de retraite (RCR), le fameux fonds de pension
d'un employeur. L'argent accumulé dans un tel régime
procure une rente dont le montant varie selon les conditions du
régime. Les autres devront compter sur leur REER ou sur un
REER collectif comme appoint à leurs revenus de
retraite.
Pour obtenir une estimation de vos revenus de retraite, la
Régie des rentes du Québec offre sur son site
(www.rrq.gouv.qc.ca/fr/planification/simulation/) un outil qui vous
permettra de connaître vos sources de revenus à la
retraite.
Aurai-je assez d'argent à la retraite ?
"C'est la première question que les gens nous posent",
souligne Brigitte Felx. Le problème, selon elle, c'est que
bien peu de gens ont pris le temps de définir leurs projets
de retraite de manière réaliste et d'en
évaluer le coût.
Il existe plusieurs courants de pensée en planification
financière. Dany Provost, planificateur financier et
actuaire chez DELTA Services actuariels, estime que les gens ont
tendance à se fixer des objectifs élevés sans
évaluer leurs besoins réels. Consultant en
régimes de retraite et en planification financière,
il a développé une approche originale de la retraite.
Selon lui, au moment de planifier cette étape de notre vie,
il faut veiller à maintenir le même niveau de vie. "On
doit planifier de telle sorte qu'au moment de la retraite, il n'y
ait pas de marche à monter ou à descendre sur le plan
du revenu", dit-il.
Hélène Gagné, planificateur financier et
gestionnaire de portefeuille chez PWL Capital, croit qu'on
sous-estime souvent le coût de la retraite. "On a alors
beaucoup de moments libres ; on voudra donc jouer au golf, voyager.
Et lorsqu'on se retrouve en perte d'autonomie, on doit payer les
médicaments et les soins de santé", dit-elle.
Les deux planificateurs financiers sont d'avis qu'une personne ne
doit pas se fier à la règle des 70 %, selon laquelle
une personne à la retraite a besoin de l'équivalent
de 70 % de ses revenus d'emploi. "Pour connaître vos besoins
financiers, vous n'avez pas le choix : vous devez définir
clairement vos projets de retraite et faire un budget", dit
Hélène Gagné.
Quand vous aurez terminé cet exercice, vous devrez comparer
vos besoins à vos revenus. Pour connaître le montant
d'épargne nécessaire, sachez qu'il vous faudra de 300
000 à 350 000 dollars pour tirer de vos placements un revenu
net de 10 000 dollars (par an, en dollars d'aujourd'hui), et ce,
pendant 25 ans. Pour nombre de retraités, cette
épargne, combinée aux revenus venant des
régimes de retraite publics et privés, suffira, alors
que d'autres devront épargner davantage.
L'organisme Question Retraite et l'Autorité des
marchés financiers mettent à votre disposition un
calculateur simple et rapide pour évaluer vos besoins en
matière d'épargne :
www.questionretraite.com/calculateur_web/index.html.
Vous trouverez sur le site de la RRQ une feuille à
télécharger qui vous aidera à établir
un budget adapté à votre situation actuelle et
à votre retraite : www.rrq.gouv.qc.ca.
Dois-je modifier ma stratégie de placement ?
Au moment de prendre sa retraite, on doit répartir son
épargne dans trois paniers, conseille Gaétan
Veillette. "Dans le premier panier, il faut déposer
l'équivalent de deux ans de revenus dans des placements
sûrs, pour les besoins à court terme. Dans le
deuxième, on place les provisions dont on aura besoin dans
trois à cinq ans. Ce montant peut être investi dans
des actions privilégiées et dans des titres valeurs.
Et dans le troisième, on mettra les placements à long
terme investis à la Bourse", explique le planificateur
financier chez Groupe Investors. C'est là une autre
façon de concevoir la répartition d'actifs.
Les gens dont le premier panier était bien garni ont moins
souffert de la chute des cours boursiers. "Ces liquidités
leur donnent plus de temps pour profiter d'un rebond des
marchés boursiers", dit Hélène Bronsard,
planificatrice financière et vice-présidente de
Raymond Chabot Gestion privée. Les plus touchés sont
ceux qui devront vendre des titres (actions, parts de fonds
communs) à perte pour faire face au coût de la
vie.
Quelle que soit leur exposition au marché boursier, beaucoup
d'investisseurs ressentent une forte envie de se réfugier
dans des placements financiers sûrs. "Ne succombez pas
à la tentation", prévient Hélène
Gagné. Selon elle, trois risques guettent notre capital de
retraite : les marchés financiers, l'inflation et la
longévité. "On peut éliminer le premier risque
en optant pour des placements garantis, dit-elle. Mais on sera
alors plus exposé aux deux autres, qui sont plus sournois."
En vous réfugiant dans des titres sûrs, vous
cristalliserez vos pertes, et vos nouveaux placements ne vous
offriront pas des rendements qui vous assureront un revenu
suffisant à la retraite.
Les conseillers financiers suggèrent donc de procéder
à un rééquilibrage de votre portefeuille.
C'est le moment de redonner à votre portefeuille la
répartition d'actifs que vous aviez déterminée
avant la tempête boursière. Comme les actions ont
baissé, la place relative qu'elles occupent dans votre
portefeuille est réduite. Vous devez l'augmenter. "Il faut
vendre les actifs de votre portefeuille qui se sont le mieux
comportés et racheter ceux qui ont connu le moins bon
rendement, explique Michel Marcoux, conseiller en épargne
collective et auteur de plusieurs livres sur les fonds communs de
placement. Autrement dit, il faut aller à l'encontre de ce
que vos émotions vous dictent, et acheter des actions. Votre
portefeuille profitera ainsi davantage de la reprise.
Qu'adviendra-t-il de mon "fonds de pension"
?
En matière de régimes complémentaires de
retraite, les gens ne naissent pas "égaux". La
majorité des Québécois n'en ont pas. Il y a
ceux qui contribuent à un régime à cotisation
déterminée (CD) et ceux, de plus en plus rares, qui
disposent d'un régime à prestations
déterminées. La différence entre les deux est
simple, mais de taille. Dans le premier cas, le montant de la rente
n'est connu qu'au moment de la retraite, et il est calculé
en fonction du rendement du régime. Dans le second, le
montant de la rente est connu d'avance et établi en fonction
des années de service, quel que soit le rendement.
Ceux qui encaisseront leur régime CD pour toucher un revenu
de retraite dans l'année qui suit doivent prévoir une
baisse de leur rente équivalente à la baisse de la
valeur du régime. "Ceux qui s'apprêtent à
utiliser leur régime doivent tenir compte de cette baisse
dans leurs calculs de revenu de retraite", dit Jean-François
Magloire, directeur, Gestion personnalisée, Banque
Nationale.
On peut atténuer l'impact de cette baisse de valeur en
reportant l'utilisation du régime, dans l'espoir que le
marché boursier regagne du terrain. Il faut savoir que
lorsqu'on est prêt à décaisser,
c'est-à-dire à transformer les fonds du régime
en revenu régulier, deux options se présentent :
transférer l'argent accumulé vers un fonds de revenu
viager (FRV) ou acheter une rente viagère d'une compagnie
d'assurance. On peut également décider de ne pas
toucher à l'argent de son régime de retraite en le
transférant dans un compte de retraite immobilité
(CRI). Si on ne peut pas reporter le moment du décaissement,
mieux vaut opter pour le fonds de revenu viager. Dans un FRV,
l'argent reste investi. On peut donc espérer recouvrer une
partie des gains perdus, ce qui n'est pas le cas quand on
achète une rente viagère (voir le tableau
Régime de retraite amputé, page 21).
"Il est également possible de n'utiliser que la portion
sûre du portefeuille (obligations, CPG, parts de fonds du
marché monétaire) pour en tirer un revenu, et de
laisser le reste croître dans un CRI en attendant la
reprise", explique Richard La Ferrière, chef de la
planification financière pour le Québec chez TD
Waterhouse. L'argent accumulé dans le CRI peut ensuite
être transféré dans un fonds de revenu viager
ou servir à acheter une rente viagère.
Dois-je vendre ma maison ?
"Les personnes qui gardent les mêmes paramètres
qu'avant l'effondrement de la Bourse sont en déni total",
croit Hélène Gagné. Pour une majorité
de retraités, et pour ceux qui se préparent à
quitter la vie active, il faudra réévaluer les
projets de retraite et réduire les dépenses.
Hélène Gagné s'apprête à lancer
un nouveau livre sur la retraite : Ma retraite crie au secours.
Elle y donne des conseils pour économiser sans changer son
train de vie. Par exemple, vendre sa voiture, courir les soldes,
recevoir à la maison, etc.
Mais l'élément le plus important du coût de vie
est le logement, rappelle Yvon Rudolphe, courtier immobilier,
évaluateur agréé et détenteur d'un
certificat en planification financière. "Si un
retraité ne peut pas augmenter ses revenus, il doit
réduire ses dépenses. De ce point de vue, vendre sa
maison maintenant pourrait être une décision logique",
dit-il.
Yvon Rudolphe rappelle qu'une propriété n'est pas un
placement. Le coût financier de cet actif est trop
élevé. "À eux seuls, les frais d'entretien
s'élèvent à 2 % de la valeur de la
résidence. Et cela ne comprend pas les rénovations !"
Ainsi, le propriétaire d'une maison de 350 000 dollars doit
prévoir des dépenses d'entretien de 7 000 dollars par
an.
Selon lui, le moment est propice pour évaluer
l'utilité de la superficie qu'on occupe. "C'est le moment
d'envisager de vivre dans une résidence plus petite",
dit-il. Et pourquoi ne pas vendre sa résidence principale
pour aller vivre dans son chalet? "On ne paie pas d'impôt sur
le gain en capital réalisé sur la vente de sa
résidence principale", rappelle Yvon Rudolphe.
Devrais-je retarder ma retraite ?
L'âge auquel on se retire a un impact déterminant sur
notre bas de laine. Plus on retarde la retraite, plus notre capital
sera important. C'est mathématique. Durant les années
de travail supplémentaires, on continue à
économiser. Et c'est autant d'années au cours
desquelles on ne pige pas dans ses économies. Cela vaut pour
la plupart des sources de revenu de retraite : la Régie des
rentes du Québec, le régime complémentaire de
retraite et le REER.
En 2008, par exemple, une personne qui commençait à
encaisser sa rente de la RRQ à 60 ans avait droit à
une rente mensuelle maximum de 7 430 dollars par an. Celui qui
attendait l'âge de 65 ans avait droit, toujours en 2008,
à une rente de 10 615 dollars par an.
Bien des gens, professionnels comme employés de bureau,
devront envisager cette option. "Un sondage de notre
clientèle révèle que 65 % des personnes
estiment devoir retarder leur retraite d'environ six ans", dit
Jean-Rémy Deschênes, responsable, Affaires,
vice-présidence Gestion des avoirs chez Desjardins. Autres
options : la retraite progressive ou le travail à temps
partiel.
"Entre 60 et 65 ans, nos revenus sont à leur niveau le plus
élevé. L'hypothèque est payée et les
enfants sont partis. C'est le moment de maximiser ses contributions
au REER, mais aussi d'engranger des économies hors REER",
explique Hélène Gagné, qui milite pour le
report de l'âge normal de la retraite à 67 ans.
Sans compter que d'ici cinq ans, vos actions auront eu le temps de
reprendre du poil de la bête.