Si l'industrie de la finance n'était pas si mal
réglementée, nous n'aurions pas eu de crise. Mais
qu'attendons-nous pour mettre les financiers au pas ?
En partie grâce à l'informatique et à Internet,
le milieu de la finance a inventé ces dernières
années de nombreux nouveaux produits, tous très
payants pour les émetteurs (frais d'administration,
commissions de vente, primes d'assurance, etc.). Beaucoup d'entre
eux ont été très utiles aux acheteurs,
d'autres leur ont nui. Sans certaines de ces innovations et de
leurs risques connexes excessifs, la présente crise
financière aurait sans doute pu être
évitée complètement, ou à tout le moins
plus facilement circonscrite.
Avant de lancer un nouveau médicament, les
sociétés pharmaceutiques doivent se soumettre
à plusieurs années d'essais cliniques pour en prouver
l'efficacité à la Food & Drug Administration,
sans compter l'obligation d'en divulguer les effets secondaires, le
cas échéant. Malgré ces exigences, si de
nouveaux problèmes surviennent (par exemple, avec le VIOXX),
ces sociétés peuvent faire l'objet de recours
collectifs qui mettent en jeu des milliards de dollars.
Par contre, le secteur de la finance est pratiquement
déréglementé. Comme nous l'avons vu avec la
crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA)
au Canada et avec les créances titrisées aux
États-Unis, sans oublier les prêts
hypothécaires à risque, le tort causé peut
avoir des répercussions financières sur des millions
de personnes à l'échelle planétaire et
pourrait, sans l'intervention des gouvernements (habituellement aux
frais des contribuables), entraîner l'effondrement complet du
sys-tème bancaire. Pourquoi le secteur financier est-il si
peu réglementé, exception faite de l'obligation de
remplir des formulaires ? La réglementation et la
surveillance ont brillé par leur absence au moment
même où on en avait le plus besoin.
Au Canada, la crise du PCAA illustre à quel point les
banquiers et les investisseurs peuvent être stupides.
Après avoir examiné ce produit, nous nous sommes
posé une simple question : à la date
d'échéance, qui nous remboursera ? Comme chaque titre
était adossé à des centaines de prêts
hypothécaires, de créances de cartes de
crédit, etc., nous ne savions pas à qui nous adresser
pour réclamer le remboursement de nos fonds. Et les banques
s'étaient dégagées de toute
responsabilité, bien qu'elles nous aient vendu ces titres et
que leur personnel de vente nous ait garanti qu'ils étaient
aussi sûrs que les titres publics.
Le plan actuel, qui laisserait de nombreux titulaires
complètement dépourvus en dépit du fait que
les banques leur ont vendu ce produit en leur promettant une
qualité irréprochable, est une farce. De nombreuses
personnes innocentes qui investissaient dans des bons du
Trésor se sont laissé convaincre d'acheter du PCAA
par des banques qui leur en vantaient la sécurité et
le revenu légèrement supérieur ; elles sont
aujourd'hui laissées pour compte, tandis que des
employés et des administrateurs de banque qui en ont
acheté se font rembourser par ces mêmes banques. La
banque a recommandé d'acheter du papier commercial à
un de nos nouveaux clients, qui gardait 20 millions de dollars en
bons du Trésor. Aujourd'hui, parce que ses fonds
étaient détenus dans une société de
portefeuille entièrement privée plutôt qu'au
nom d'un individu, la banque refuse d'annuler la transaction. Le
client n'avait pas demandé à la banque d'acheter le
papier commercial. Non. C'est la banque qui lui avait
recommandé cet achat et qui l'avait assuré d'une
sécurité pratiquement équivalente à
celle des bons du Trésor. Et tout cela en épargnant
ses administrateurs et ses employés, une négation
totale de sa responsabilité fiduciaire et
éthique.
Stephen jarislowsky est président du conseil
de Jarislowsky Fraser