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Coup de poing

Le far west financier

  • par STEPHEN JARISLOWSKY

Si l'industrie de la finance n'était pas si mal réglementée, nous n'aurions pas eu de crise. Mais qu'attendons-nous pour mettre les financiers au pas ?

En partie grâce à l'informatique et à Internet, le milieu de la finance a inventé ces dernières années de nombreux nouveaux produits, tous très payants pour les émetteurs (frais d'administration, commissions de vente, primes d'assurance, etc.). Beaucoup d'entre eux ont été très utiles aux acheteurs, d'autres leur ont nui. Sans certaines de ces innovations et de leurs risques connexes excessifs, la présente crise financière aurait sans doute pu être évitée complètement, ou à tout le moins plus facilement circonscrite.

Avant de lancer un nouveau médicament, les sociétés pharmaceutiques doivent se soumettre à plusieurs années d'essais cliniques pour en prouver l'efficacité à la Food & Drug Administration, sans compter l'obligation d'en divulguer les effets secondaires, le cas échéant. Malgré ces exigences, si de nouveaux problèmes surviennent (par exemple, avec le VIOXX), ces sociétés peuvent faire l'objet de recours collectifs qui mettent en jeu des milliards de dollars.

Par contre, le secteur de la finance est pratiquement déréglementé. Comme nous l'avons vu avec la crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA) au Canada et avec les créances titrisées aux États-Unis, sans oublier les prêts hypothécaires à risque, le tort causé peut avoir des répercussions financières sur des millions de personnes à l'échelle planétaire et pourrait, sans l'intervention des gouvernements (habituellement aux frais des contribuables), entraîner l'effondrement complet du sys-tème bancaire. Pourquoi le secteur financier est-il si peu réglementé, exception faite de l'obligation de remplir des formulaires ? La réglementation et la surveillance ont brillé par leur absence au moment même où on en avait le plus besoin.

Au Canada, la crise du PCAA illustre à quel point les banquiers et les investisseurs peuvent être stupides. Après avoir examiné ce produit, nous nous sommes posé une simple question : à la date d'échéance, qui nous remboursera ? Comme chaque titre était adossé à des centaines de prêts hypothécaires, de créances de cartes de crédit, etc., nous ne savions pas à qui nous adresser pour réclamer le remboursement de nos fonds. Et les banques s'étaient dégagées de toute responsabilité, bien qu'elles nous aient vendu ces titres et que leur personnel de vente nous ait garanti qu'ils étaient aussi sûrs que les titres publics.

Le plan actuel, qui laisserait de nombreux titulaires complètement dépourvus en dépit du fait que les banques leur ont vendu ce produit en leur promettant une qualité irréprochable, est une farce. De nombreuses personnes innocentes qui investissaient dans des bons du Trésor se sont laissé convaincre d'acheter du PCAA par des banques qui leur en vantaient la sécurité et le revenu légèrement supérieur ; elles sont aujourd'hui laissées pour compte, tandis que des employés et des administrateurs de banque qui en ont acheté se font rembourser par ces mêmes banques. La banque a recommandé d'acheter du papier commercial à un de nos nouveaux clients, qui gardait 20 millions de dollars en bons du Trésor. Aujourd'hui, parce que ses fonds étaient détenus dans une société de portefeuille entièrement privée plutôt qu'au nom d'un individu, la banque refuse d'annuler la transaction. Le client n'avait pas demandé à la banque d'acheter le papier commercial. Non. C'est la banque qui lui avait recommandé cet achat et qui l'avait assuré d'une sécurité pratiquement équivalente à celle des bons du Trésor. Et tout cela en épargnant ses administrateurs et ses employés, une négation totale de sa responsabilité fiduciaire et éthique.


Stephen jarislowsky est président du conseil de Jarislowsky Fraser 

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