Quand mon oncle s'est tassé

Publié le 02/04/2011 à 00:55, mis à jour le 08/04/2011 à 15:16

Quand mon oncle s'est tassé

Publié le 02/04/2011 à 00:55, mis à jour le 08/04/2011 à 15:16

Par Claudine Hébert

[Photo : Ray-Mont Logistiques

Pour sauver la PME dont ils voulaient devenir propriétaires, Charles Raymond et Luke Mireault, alors dans la vingtaine, ont dû montrer la porte à leur oncle, actionnaire à 50 % de l'entreprise familiale.


Depuis que Charles Raymond tient les rênes de Ray-Mont Logistiques, le chiffre d'affaires a bondi de 7 à 60 millions de dollars (M$) en cinq ans. Fondée en 1992, l'entreprise familiale est spécialisée dans le transbordement de marchandises pour les bateaux. En 2006, elle était menacée de faillite. " De mauvaises décisions administratives étaient en voie de faire sombrer le navire. Elle venait même de perdre son plus important client, qui générait 35 % du chiffre d'affaires ", raconte le repreneur, qui occupe le poste de directeur général depuis 2006.


Engagé dans l'entreprise depuis l'âge de 15 ans, il bouillait de la voir péricliter. " Luke et moi, qui étions directeurs de projets, avions beau suggérer des solutions à mon oncle, nous étions les jeunots qui n'avaient pas à se mêler de gestion en raison de notre âge ", raconte le dirigeant, maintenant âgé de 31 ans.


En avril 2006, en apprenant que la Banque de développement du Canada (BDC) et le syndic allaient liquider les actifs sous peu, ils ont proposé un plan d'urgence.


Survivre à crédit


Fraîchement diplômés en ingénierie, les jeunes hommes, alors âgés de 26 ans, ont utilisé pour leur projet toutes les possibilités de crédit que les institutions bancaires offrent aux finissants.


En plus de ce montant de 100 000$, l'équivalent de deux semaines d'exploitation, ils ont déposé un document de 25 pages dressant la liste des principales erreurs commises par l'entreprise au cours des cinq dernières années et leurs solutions.


Dans leur plan, les deux repreneurs posaient une condition : l'oncle devait quitter le navire d'ici deux jours. Devant l'urgence de la situation, il ne s'est pas accroché à son poste.


Ce changement de direction a redonné confiance à la BDC et a incité le Fonds de solidarité FTQ à embarquer dans l'aventure. Le plus important client de l'entreprise est même revenu, paraphant une entente de 10 ans.


Décision déchirante


L'entreprise a dû mettre à pied la moitié de ses 40 employés. Parmi eux, des oncles, des tantes, d'autres membres de la famille ainsi que des amis. " Une décision déchirante qui n'a pas favorisé le climat familial ", avoue M. Raymond.


Mais cela en a valu la peine. Aujourd'hui, Ray-Mont Logistiques compte une centaine d'employés et trois terminaux à Montréal, Toronto et Vancouver. Ce dernier est d'ailleurs en voie de dépasser les activités du port montréalais. L'entreprise, qui gère principalement le transport de céréales et de produits agricoles, a élargi ses activités au transport de bois, de cuivre et d'acier. Ray-Mont vise le cap des 100 M$ de chiffre d'affaires d'ici la fin de 2012.

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