Prix abaissé : la relève mord à l'hameçon

Publié le 27/08/2011 à 00:00, mis à jour le 08/09/2011 à 16:07

Prix abaissé : la relève mord à l'hameçon

Publié le 27/08/2011 à 00:00, mis à jour le 08/09/2011 à 16:07

En achetant la Pisciculture des Alléghanys, André Vaillancourt a réalisé son rêve de devenir entrepreneur. [Photo : Olivier Croteau]

L'élevage de la truite demande des connaissances très spécialisées, un défi supplémentaire lorsque vient le moment de trouver un successeur.


"Quand on passe une trentaine d'années dans une entreprise, on s'est réalisé à travers ce qu'on a construit. Et on ne veut surtout pas prendre le risque de la détruire en la vendant à des gens qui n'y connaissent rien", résume Yves Boulanger, qui a songé à prendre sa retraite en 2005, à l'approche de la soixantaine.


Pisciculture des Alléghanys, la PME d'élevage de truites fondée par ses parents, compte alors deux emplacements, l'un à Saint-Alexis-des-Monts en Mauricie, l'autre à Saint-Damien- de-Buckland dans la région de Bellechasse. Avec ses 220 tonnes de truites par année, soit 15 % de la production québécoise, l'entreprise est alors l'un des deux plus importants producteurs de truites d'élevage de la province.


"Il n'est pas si difficile pour des propriétaires d'entreprise de trouver des acheteurs prêts à prendre la relève. Mais ceux qui connaissent la pisciculture et qui veulent y consacrer du temps et de l'énergie ne courent pas les rues", dit M. Boulanger.


Avec l'accord de son coactionnaire, la compagnie Simdar, devenue partenaire en 1999, il décide alors de vendre les emplacements de production à leurs deux directeurs généraux, qui souhaitent prendre la relève.


L'emplacement de Saint- Damien-de-Buckland est vendu à son gérant, Moïse Cantin. André Vaillancourt, directeur de l'emplacement de Saint-Alexis-des-Monts depuis 2003, en devient propriétaire en juillet 2010, à l'âge de 38 ans. Il le renomme Pisciculture Saint-Alexis-des-Monts.


Le juste prix


Le principal défi de la transaction consistait à trouver le juste prix : suffisamment attrayant pour les vendeurs et assez souple pour permettre à l'acheteur de faire ses paiements, tout en assurant la pérennité de l'entreprise.


En raison de cet élément, "le prix de vente a été de 30 % moins élevé que si la transaction avait été faite avec de parfaits inconnus", estime M. Boulanger, qui est entré dans l'entreprise familiale en 1972 et l'a rachetée en 1978. Un sacrifice nécessaire pour que la relève ait les compétences techniques nécessaires afin d'assurer la pérennité de l'entreprise.


Pour André Vaillancourt, c'est un vieux rêve qui se réalise. Après son baccalauréat en biologie, vers la fin des années 1990, il décroche une attestation de spécialisation professionnelle (ASP) en lancement d'entreprise. Il fait ensuite ses premières armes comme bénévole dans une pisciculture de Sainte-Émélie-de-l'Énergie. Puis il travaille quelques années dans d'autres piscicultures, histoire d'acquérir de l'expérience. "J'ai toujours eu en tête d'avoir ma propre entreprise et d'être le seul maître à bord", avoue-t-il.


Une expertise pointue


La gestion des 65 bassins de l'emplacement de Saint-Alexis-des-Monts exige de solides connaissances techniques. Il n'est pas simple, en effet, d'arriver à maintenir une croissance régulière et un faible taux de mortalité des poissons d'élevage.


Par exemple, les poissons doivent être régulièrement triés afin d'empêcher que les plus grands prennent la nourriture des plus petits. Et, afin de contrôler les coûts d'exploitation, il faut distribuer la moulée d'une façon efficace, sans gaspillage.


Il faut aussi être très présent sur les lieux de manière à pallier toute défaillance des systèmes électriques, de chauffage et de circulation d'eau. "Une panne d'électricité de deux heures, sans système de secours, entraînerait la perte des poissons !" illustre M. Vaillancourt.


Mais son rêve ne s'arrête pas là. D'ici cinq ans, il aimerait mettre sur pied sa propre usine de transformation de truite. "Pour boucler la boucle", dit-il.

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