L'industrie de la canneberge a appris de la dernière crise

Publié le 04/04/2009 à 00:00

L'industrie de la canneberge a appris de la dernière crise

Publié le 04/04/2009 à 00:00

Par Marc Gosselin

L'industrie de la canneberge, qui emploie 600 personnes dans le Centre-du-Québec, ne devrait pas trop souffrir de la crise, indiquent plusieurs producteurs interrogés par le journal Les Affaires.


"Nous rivalisons avec les meilleurs producteurs américains en termes de rendement et de coûts d'exploitation. De plus, l'industrie agroalimentaire traverse mieux les crises que bien d'autres secteurs. Les gens doivent continuer à se nourrir et la canneberge n'est pas un produit de luxe", dit Luc Couture, directeur régional, Centre-du-Québec, du ministère des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ).


L'industrie cannebergière a tiré des leçons de la crise qu'elle a traversée au début des années 2000. À cette époque, ce secteur se trouvait en surplus de production, ce qui a entraîné une diminution des prix payés pour le concentré de jus de canneberges, par exemple.


"En 2000, notre production n'était pas assez diversifiée. Nous produisions uniquement du concentré de jus. Aujourd'hui, ce produit représente 60 % de nos ventes. La canneberge séchée et les fruits frais complètent l'offre", indique Normand Bélanger, président de l'Association des producteurs de cannebergesdu Québec et vice-président de Pampev, un producteur de Manseau.


On retrouve notamment la canneberge séchée dans les céréales et les barres tendres, tandis que la canneberge fraîche aboutit souvent dans des muffins.


Jean-François Bieler, vice-président de l'Association des producteurs de canneberges et administrateur de Canneberges Bieler, nuance les propos de MM. Bélanger et Couture. Selon lui, les entreprises ressentent déjà les effets de la crise économique.


"Depuis janvier, nos clients américains étirent leurs paiements. Le délai moyen est passé de 45 à 60 jours. C'est une façon d'utiliser le fournisseur comme marge de crédit. Ils ont tendance à moins commander, à vouloir diminuer leurs stocks", dit-il.


Effet pervers de la hausse du prix


Les producteurs de canneberge ont été privilégiés au cours des dernières années. Le prix payé pour le petit fruit rouge a quasiment doublé depuis quatre ans. Il est passé de 0,35 à 0,65 $ US la livre.


Mais cette augmentation a un effet pervers : les principaux acheteurs diminuent la quantité de concentré de jus de canneberges dans leurs cocktails fruités lorsqu'il est trop coûteux. La proportion de concentré de jus de canneberge passe de 27 à 17 %, explique Luc de Cubber, directeur de l'exploitation de Canneberges Bécancour, un producteur de Saint-Louis-de-Blandford.


"Les géants remplacent le concentré de canneberge par n'importe lequel concentré disponible en autant qu'il soit meilleur marché. Avec les approvisionnements de Chine en concentré de jus de poire et de jus de pomme, il devient facile de remplacer celui de canneberge sans que le consommateur s'en aperçoive. C'est difficile de revenir en arrière lorsque les prix fléchissent", précise-t-il.


Briser les mythes


Pour assurer le développement de leur industrie, les producteurs de canneberges doivent briser plusieurs mythes auprès des élus de leur région, notamment sur l'utilisation de l'eau, qui en effraie plusieurs.


"Les technologies ont évolué. Nous n'avons plus besoin de toute l'eau qu'on utilisait dans les années 1980. À cette époque, l'eau était évacuée des bassins à la suite de la récolte en octobre. Maintenant, elle est drainée et pompée dans des réservoirs. Nous fonctionnons en circuit fermé. En saison, la culture nécessite un apport de deux millimètres d'eau par jour. Les réservoirs et les précipitations suffisent", soutient Normand Bélanger.


"Il faudrait que les élus de la région soient complices du développement de l'industrie de la canneberge, un peu de la même manière qu'ils effectuent la promotion de leurs parcs industriels. Nous devons tout faire pour aller chercher notre part d'investissements", dit Luc Couture, du MAPAQ.


L'année dernière, la région a perdu un important projet de développement de culture de la coopérative Ocean's Spray aux mains du Nouveau-Brunswick. Luc Couture estime que la complexité de la réglementation des municipalités, notamment quant aux certificats d'autorisation pour la construction de réservoirs d'eau, ont nui à l'implantation du projet dans le Centre-du-Québec.


Normand Bélanger tempère les propos de Luc Couture. "Le Nouveau-Brunswick a offert un pont d'or à Ocean Spray", soutient-il.


"Il y a seulement 2 000 hectares de canneberge cultivées dans la région, et ce, sur un potentiel de 100 000 hectares. Les accès routiers aux terres restreignent le développement de notre industrie, tout comme la disponibilité de l'eau pour remplir une première fois les champs. C'est loin d'être le far west dans notre industrie, du développement anarchique. Nos membres ont un souci constant de respecter l'environnement", ajoute-t-il.

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