Compter les moutons en famille

Publié le 25/06/2011 à 00:00, mis à jour le 08/07/2011 à 14:02

Compter les moutons en famille

Publié le 25/06/2011 à 00:00, mis à jour le 08/07/2011 à 14:02

Par Aude Marie Marcoux

Les membres de la famille Lavoie-Brisson exploitent la plus grande ferme d'élevage d'agneaux du Québec. [Photo : Aude Marie Marcoux]

La Ferme Lavoie-Banville sera sans doute l'une des premières fermes d'élevage d'agneaux du Québec à passer à la troisième génération.


Au tournant des années 1990, Bertin Lavoie poussait son père Fernand à lui vendre des parts de sa ferme, la tête pleine de projets et animé par une soif d'expansion. Aujourd'hui, c'est à son tour de s'intéresser à sa succession : deux de ses filles sont intéressées à prendre la relève, mais elles ont certaines appréhensions à l'idée de reprendre la barre de ce qui est devenu la plus grosse entreprise familiale en production ovine du Québec.


Aujourd'hui, le chiffre d'affaires de l'entreprise familiale atteint l,2 million de dollars. Aux 1 660 brebis s'ajoutent 60 vaches à boucherie et un parc d'engraissement de 2 150 porcs. Sans compter le lama, l'âne, les poules, le lapin, les chevaux et les chèvres...


" Quand j'ai voulu prendre des parts de la ferme paternelle, j'étais dans la jeune vingtaine et je trouvais que l'entreprise était trop petite pour mes ambitions... Pour mes filles, c'est l'inverse. Elles arrivent à un moment où l'entreprise est très grosse, et ça leur fait un peu peur ", constate Bertin Lavoie. Marie-Pierre, 23 ans, et Virginie, 21 ans, se sont pourtant préparées. Elles ont complété un diplôme d'études collégiales en gestion et exploitation d'entreprise agricole, à l'Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière.


" Nous sommes nées sur une ferme. Je ne me vois pas faire autre chose. Papa a repris la ferme très jeune, mais pour moi, maintenant, c'est peut-être juste trop tôt. " lance Marie-Pierre, qui travaille à plein temps à la ferme avec sa soeur depuis trois ans. " Plusieurs de mes amis ont maintenant des parts dans l'exploitation familiale, mais ils ont une petite ferme, c'est plus facile. ", ajoute-t-elle.


Les deux autres enfants sont trop jeunes pour être concernés par la relève, mais ils y pensent déjà. Philip-Olivier, 14 ans, est attiré par tout ce qui est travail sur la machinerie et les travaux au garage. " J'aimerais essayer ici, voir comment ça se passe avec mes soeurs. Je pourrais travailler à la ferme le printemps et l'été, et faire autre chose l'hiver et l'automne, comme déneiger ou travailler sur la Côte-Nord sur les grosses machines ", réfléchit-il à haute voix. Anne-Élisabeth, 12 ans, la petite dernière, aimerait peut-être être vétérinaire, ou encore suivre la trace de ses soeurs.


S'adapter pour la relève


Une chose est certaine à la Ferme Bertin-Banville et à la Bergerie du Faubourg : il y a du boulot pour toute la famille. Tellement, que Bertin Lavoie et son épouse, Dominique Brisson, s'affairent à améliorer leurs méthodes de travail et, par conséquent, leurs conditions de travail.


" On veut rendre le travail plus facile. S'il nous arrivait un coup dur, si Bertin décédait subitement, par exemple, et qu'il ne reste que nous, les filles, comment pourrait-on continuer ? Et, premièrement, est-ce qu'on continuerait ? C'est la raison pour laquelle on essaie de s'adapter pour que ce soit plus simple ", dit Mme Brisson, qui a déjà remporté le prix de l'Agricultrice de l'année 2004, décerné par la Fédération des agricultrices du Québec.


Ainsi, un robot d'alimentation des moutons arrivera à la ferme en août. Un bureau plus fonctionnel, avec une salle pour les employés, sera aussi construit cette année. " En s'organisant mieux, en robotisant un peu plus l'exploitation, il y aura un peu moins d'ouvrage physique à faire. C'est un début ", ajoute Bertin Lavoie.


Si ses filles, issues de la génération Y, insistent sur le fait qu'une ferme d'une telle taille exige beaucoup d'ouvrage, entraîne de grandes responsabilités et laisse peu de moments de liberté, " la vocation " dont parle Bertin Lavoie transparaît dans leur discours.


" On fait beaucoup d'heures, mais on se dit que ce champ-là, nous l'avons semé au printemps et nous allons le récolter à l'automne. On fait quelque chose sur le long terme et on en voit le résultat. On travaille pour nous. À la ferme, on voit les saisons changer. Dans les bureaux ce sont les mêmes quatre murs à l'année longue ", note Virginie.


L'aînée, Marie-Pierre, dit envisager d'aller voir ailleurs, question de prendre du recul avant de mieux revenir par la suite, " pour me rendre compte que, dans le fond, je suis bien ici ! Je ne me vois pas travailler toute ma vie pour un autre... Je me vois ici, sur la ferme. "


Petite exploitation deviendra grande


Chez les Lavoie-Banville, tout a commencé en 1956, alors que le père de Fernand Lavoie lui achète une ferme à Saint-Narcisse-de-Rimouski. Vingt ans plus tard, Fernand Lavoie réoriente sa production et devient l'un des pionniers de la production d'agneaux du Bas-Saint-Laurent.


Son fils Bertin, qui travaille à la ferme depuis qu'il a 12 ans, termine ses études en agrotechnique en 1985 et, rapidement, se sent prêt à prendre des parts dans l'entreprise qu'il détient aujourd'hui à 80 %, sa mère, Lise Banville, détenant le reste des parts.

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