«Merci de préférer l'embauche de locaux»

Publié le 31/05/2017 à 11:52

«Merci de préférer l'embauche de locaux»

Publié le 31/05/2017 à 11:52

Un débardeur en Corse. Photo 123rf.

Tandis que l'histoire de Mostafa Annaka, cet immigré hautement qualifié et diplômé en génie diffusée par La Presse a suscité d'importantes réactions au Québec, dont à l'Assemblée nationale, en Corse une charte crée la polémique parce qu'elle propose l'embauche prioritaire d'employés «locaux». De quoi animer les débats autour de l'emploi de travailleurs venus de l'étranger.


À «compétence suffisante», merci de préférer l'embauche d'un Corse: une charte défendue par le nationaliste Jean-Guy Talamoni, président de l'assemblée de Corse, et vivement critiquée par le préfet de région, suscite la polémique.


Le texte prévoit que les entreprises signataires favorisent «le recrutement de ceux qui ont leurs centres d’intérêts moraux et matériels en Corse et dont les compétences sont suffisantes». Sont visés «ceux qui sont nés en Corse, qui y ont suivi leurs études, qui y vivent ou qui y ont habité, mais qui ont été contraints de la quitter (...), ceux qui ont des attaches familiales ou qui sont propriétaires de biens immobiliers». 


Préparée depuis plus d'un an et rédigée par l'Université de Corse, la Charte a été signée le 24 mai par le Syndicat des travailleurs corses (STC), les présidents des chambres de métier, commerce et agriculture, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie(UMIH), et des syndicats étudiants.


Il faut «faire de la langue corse une différence compétitive», stipule par ailleurs le texte, qui prévoit que dans le secteur public, la langue corse soit intégrée «dans toutes les missions de service public».


«Beaucoup d'entreprises nous contactent parce qu'il y a une adhésion à l'idée et pour l'image de l'entreprise, c'est sain», assure à l'AFP Jean-Guy Talamoni.


Discrimination à l'embauche


Du côté du préfet de la Région Bernard Schmeltz, le son de cloche est différent. Dans un courrier daté du 15 mai et transmis aux entreprises locales, et dont l'AFP a obtenu une copie, il dénonce une «discrimination à l'embauche» et rappelle que toute entreprise signataire s'exposerait à des «poursuites civiles et pénales». «La réponse faite par le préfet porte exclusivement sur une analyse juridique et non politique», a-t-on assuré dans son entourage.


«La réponse du préfet est choquante», a vilipendé M. Talamoni, rappelant que la Ville de Paris a elle aussi mis en place une «Charte de développement de l'emploi local et de la responsabilité sociale de l'entreprise».


Cette charte signée entre la capitale et, entre autres, l'Armée de Terre, Sodexo, Adecco, AG2R La Mondiale ou le groupe Casino, a notamment pour vocation de «favoriser l'accès à l'emploi des Parisien(ne)s », comme indiqué sur le site de la mairie de Paris.


«Ce ne serait pas discriminatoire à Paris mais en Corse oui? Comment faire comprendre aux Corses que ça ne peut pas se faire chez eux alors que ça se fait à Paris, où le taux de chômage est moins élevé?», déplore Jean-Guy Talamoni.


Cette charte est «en faveur de l'emploi local» sur une île qui compte plus de 22000 demandeurs d'emploi soit 11% de chômeurs (chiffres officiels publiés en décembre 2016), se défend le nationaliste, estimant que «les Corses doivent pouvoir travailler dans l'île sans avoir à choisir entre le chômage, le renoncement à un meilleur emploi ou l'exil».


«Dans les chartes signées dans les autres régions, il n'y a pas d'éléments sur une différenciation en fonction du lieu des intérêts moraux et sociaux» du demandeur d'emploi, répond au dirigeant nationaliste le cabinet du préfet de Corse.


Un constat partagé par Me Hervé Tourniquet, spécialiste en droit social: «Une personne qui verrait son recrutement refusé au motif qu'elle n'habite pas au bon endroit, qu'elle ne parle pas la bonne langue ou n'a pas les bonnes attaches familiales, serait fondée à agir» en justice.


«Comment fait-on par exemple pour prouver qu'on a été contraint de quitter un territoire? », s'interroge cet expert, convaincu que «ce type de charte ne pourrait pas avoir de valeur contraignante».


Interrogé sur le caractère contraignant de ce texte, Me Tourniquet insiste: «Une entreprise n'est engagée que par la loi ou les accords collectifs, là on a un espèce d'ovni, un document sans valeur particulière». 


 


image

Gestion de l'innovation

Mercredi 19 septembre


image

Objectif Nord

Mardi 25 septembre


image

Gestion du changement

Mercredi 03 octobre


image

Marché du cannabis

Mercredi 10 octobre


image

Expérience client

Mercredi 14 novembre


image

Communication interne

Mardi 27 novembre


image

Gestion de la formation

Mercredi 05 décembre


image

Contrats publics

Mardi 22 janvier


image

ROI Marketing

Mardi 29 janvier


image

Financement PME

Mercredi 30 janvier

Sur le même sujet

À la une

Combien de temps les Québécois demeurent-ils propriétaires?

Mis à jour le 18/09/2018 | Joanie Fontaine

BLOGUE. Environ la moitié des acheteurs d'unifamiliales auront revendu leur propriété d'ici douze ans.

Entrepreneurs, osez vous surpasser!

18/09/2018 | Nicolas Duvernois

BLOGUE INVITÉ. Du haut de ses 90 ans, Philippe de Gaspé Beaubien II peut encore captiver les audiences.

Universitas en rappel

18/09/2018 | Daniel Germain

BLOGUE. Pourquoi pas une dernière chanson sur les REEE et Universitas. Musique!