Panama Papers: ce n'est que la pointe de l'iceberg

Publié le 04/04/2016 à 14:51

Panama Papers: ce n'est que la pointe de l'iceberg

Publié le 04/04/2016 à 14:51

Par François Normand

Alain Deneault, enseignant à l'Université de Montréal et auteur de livres sur les paradis fiscaux.

Les «Panama Papers» ont créé une onde de choc planétaire. Or, il ne s'agit là que la pointe de l'iceberg, car il est difficile d'évaluer avec certitude l'argent délocalisé dans les paradis fiscaux, affirme Alain Deneault, spécialiste de ces enjeux et auteur de Une escroquerie légalisée. Précis sur les «paradis fiscaux», qui paraîtra le 12 avril chez Écosociété.


Ce dimanche, plus de 100 médias dans le monde ont mis à jour des avoirs de responsables politiques, financiers et sportifs dans les paradis fiscaux. Selon Radio-Canada (qui a consulté les documents), la fuite contient «plusieurs centaines» de passeports canadiens, «mais pas de personnalités de premier plan». On y trouve des avocats, des dirigeants de sociétés minières et pétrolières, de même que des entrepreneurs.


Selon Radio-Canada, la Banque Royale du Canada a fait régulièrement appel aux services du cabinet panaméen Mossack Fonseca, d'où origine la fuite des «Panama Papers». «La RBC et ses filiales ont fait créer plus de 370 sociétés-écrans, principalement au Panama et aux îles Vierges britanniques», affirme la société d'État.


En réponse à ces révélations, Radio-Canada rapporte qu'une porte-parole de RBC a indiqué que la banque a mis en place des processus pour détecter l'évasion fiscale et qu'elle effectue une vérification approfondie de l'identité de chacun de ses clients.


Pour en savoir plus: https://panamapapers.icij.org


«Le problème est d'une très grande ampleur», dit au bout du fil Alain Deneault en parlant des paradis fiscaux en général. Selon lui, les données officielles canadiennes publiées à ce sujet par les autorités canadiennes sont à prendre avec des «pincettes», car elles sous-estiment l'ampleur du phénomêne.


Par exemple, Statistique Canada estime que les entreprises canadiennes ont placé à ce jour 199 milliards de dollars canadiens (G$) dans les paradis fiscaux. À eux seuls, les investissements directs étrangers (IDE) du Canada à la Barbade - pays avec lequel le Canada a un accord fiscal - ont totalisé 71,2G$.


Or, pour établir ces données, Statistique Canada s'appuie sur les chiffres que lui transmettent les entreprises canadiennes. «Il est facile pour elles de dissimuler des fonds», affirme Alain Deneault, qui a publié plusieurs essais sur les paradis fiscaux.


De plus, l'agence fédérale n'est pas non plus outillée pour enquêter dans les paradis fiscaux afin de collecter davantage d'information, explique-t-il.


Selon lui, la meilleure estimation pour évaluer l'ampleur du phénomène à l'échelle mondiale est celle de James Henry, un ex-économiste en chef de la firme de consultants McKinsey.


Aujourd'hui membre du Tax Justice Network, une coalition mondiale de chercheurs et d'activistes, James Henry affirme que les paradis fiscaux abriteraient quelque 21 000 G$US. Ce qui représente 13 fois la taille de l'ensemble de l'économie canadienne en 2015.


Une entrevue avec Alain Deneault sera publiée dans la prochaine édition du Journal Les Affaires, publiée ce jeudi.


Avec l'Agence France-Presse


 


 


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